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Karima Dirèche « Il y a dans ces manifestations comme un sursaut de dignité du peuple algérien »

Karima Dirèche « Il y a dans ces manifestations comme un sursaut de dignité du peuple algérien »

L’historienne Karima Dirèche, observatrice attentive des secousses qui refaçonnent l’Afrique du Nord, décrypte les ressorts de la mobilisation politique inédite en cours dans toute l’Algérie.

Quel est le profil des manifestants qui descendent dans la rue en Algérie ?

Karima Dirèche. Même les observateurs les plus avertis n’avaient pas vu venir cette mobilisation massive, intergénérationnelle. On voit dans les défilés des jeunes, des vieux, des femmes. Du point de vue de sa composition sociologique, ce mouvement est très hétérogène, avec des étudiants, des chômeurs, des travailleurs. Cela s’explique par le caractère horizontal de la mobilisation, initiée par des appels sur les réseaux sociaux, et non par des mots d’ordre venus de partis, de syndicats ou d’organisations de la société civile. Les répliques des manifestations du 22 février ont encouragé, par la suite, des rassemblements plus corporatistes, plus organisés : avocats, journalistes, étudiants avec l’occupation, le 26 février, de la majorité des campus algériens. Les universitaires, les intellectuels ont pris le relais avec un appel parti de la faculté des Sciences politiques d’Alger.

En quoi cet élan populaire diffère-t-il du soulèvement d’octobre 1988, qui avait débouché sur une transition démocratique avortée ?

Karima Dirèche. Les évènements de 1988 signalaient la fin d’un régime post-indépendance épuisé par lui-même, encore marqué par le monopartisme instauré dès 1962 et par l’orientation socialiste des années 70. Un nouveau cycle s’est ouvert en octobre 1988. Le régime s’est alors engagé sur la voie du néolibéralisme, encourageant l’émergence de milieux d’affaires, optant pour un déguisement « démocratique ». À l’époque, la mobilisation était circonscrite à Alger et à quelques grandes agglomérations, avec des manifestants très jeunes. Là, c’est différent. Les motifs sociaux n’occupent pas le premier plan, même si les Algériens dénoncent les injustices sociales, les inégalités. En fait, c’est surtout une grande lassitude qui s’exprime. Il y a dans ces manifestations comme un sursaut de dignité. Les dirigeants politiques ont usé la patience du peuple algérien. Depuis 1999, ils répètent que tout mouvement populaire précipiterait immanquablement le pays dans le chaos. Sûrs de l’impunité dont ils jouissent depuis longtemps, ils étaient convaincus que cette mascarade du cinquième mandat passerait sans accrocs.

Les Algériens observaient jusqu’ici avec défiance les processus initiés chez leurs voisins dans le sillage des « printemps arabes ». Cette parenthèse est-elle refermée ?

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