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La Culture Essentielle face à la Culture Nécessaire

Nady NELZY-ODRY
La Culture Essentielle face à  la Culture Nécessaire

Pour son quarante sixième Festival de Fort de France, intitulé « La Culture Essentielle », la ville et le Sermac, techniciens, producteurs et créateurs,  nous ont  donné à voir et à entendre. Du swing et du groove avec le groupe Fall-Fret, toujours fringant,  des voix, un art de la gestuelle, des expositions, de la danse, quelques cénacles pour la  belle parole. Placé en son mitan, le festival a proposé  un théâtre  truculent, généreux, critique, libre et démesuré.

Il n'en fallait pas plus pour le public martiniquais, toujours passionné et qui ne veut pas voir mourir l'expression artistique de la culture caribéenne au profit d'un silence lourd de reniement et des valeurs inédites issues de nouvelles mœurs de la Mondialisation. Le souvenir de Césaire, planait sur les jardins du Parc Floral  « cette aire fraternelle de tous les souffles du monde »

Je n'ai pas tout vu, et  sans vouloir passer en revue tous les artistes qui ont bien voulu offrir du rêve et des moments de grâce, je viens saluer  et citer au moins deux  spectacles de très bonnes factures :

Une sonorité et  une diction magnifique, un timbre superbe de mezzo,  des voix féminines, masculines, brillamment accompagnées, pour l'interprétation de  Carmen de Bizet, l'opéra comique le plus populaire du théâtre lyrique,  Carïb'Opéra, dans un concept original, m’a fait rêver. Un collectif  de voix colorées, sous la direction musicale  d'Olivier Holt, un maître en la matière. .

Ce soir-là fut pour moi l'une des plus réussies. Carib'Opéra a proposé ce supplément d’âme, nécessaire à tout un chacun, et bien sûr a remporté un indiscutable succès

Un autre moment remarquable avec La troupe « l'île Aimé  » dans son répertoire théâtral martiniquais a entraîné le public dans un autre espace  « 1848 Romyo et Julie  »,  du metteur en scène  martiniquais Hervé Deluge.  L'adaptation du texte de Shakespeare où  sur un fond socio-historique, l'amour est resté le plus grand commandement et n'a pas dévié sa trajectoire.

En dépit d'une soirée pluvieuse, qui a menacé parfois de détruire ce vrai moment de grâce, on peut dire que l'installation de la scène, dans les jardins du parc Floral a contribué à la réussite de cette œuvre de qualité. Une mise en scène osée et efficace, construite dans ses effets théâtraux, au meilleur sens du terme. Chaque averse consacrait le verbe et le geste de l'art dramatique et de la vie, laissant le  public dans une émotion intense.

J'ai eu plaisir à revoir Rudy Sylaire, Suzy Singa, artistes remarquables que l'on voit trop rarement. J'ai aimé la voix et le jeu de la chanteuse Sarah-Corinne Emmanuel, pour l'interprétation des  ritournelles de Saint Pierre au lendemain de 1848, Saint  Pierre, prête à se battre pour et  contre toutes les forces  de désagrégation comme d'aliénation.

 Et c'est  bien dans ces moments que l'on peut regretter que la tutelle de la Culture en Martinique n'ait  pas un empressement du partage. Comme vous auriez été heureux, vous de Saint Pierre, Carbet, Fonds Saint Denis, Prêcheur et Grand Rivière, d'écouter sur la place Bertin ou pourquoi pas, dans les ruines du Théâtre, ces airs d'opéra .Comme vous auriez été fiers et émus de découvrir cette troupe de l'île Aimé et son  jeu ô combien remarquable.  Des artistes de la Martinique au service de l’œuvre d'Hervé Deluge, l'ovation du public debout  pour ces spectacles, où cet autre : le Beyila Foyal cho,  a créé en moi un espoir pour le monde artistique où la nécessité de création est là pour nous aider à retrouver  la force  de regarder demain.

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