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LA DERISOIRE POLEMIQUE AUTOUR DU TERME "CREOLE"

LA DERISOIRE POLEMIQUE AUTOUR DU TERME "CREOLE"

   Pays INDEPENDANTS, la Dominique et les Seychelles préparent, comme chaque année depuis deux décennies, deux événements majeurs visant à célébrer la culture créole et sa langue.

   A la Dominique, le "WORLD CREOLE MUSIC FESTIVAL", qui se déroule entre le 25 et le 27 octobre, rassemble de grands noms de la musique caribéenne et internationale et est devenu un formidable atout touristique pour cette île. Rappelons que c'est à l'initiative de la Dominique que fut créée, en 1981 la désormais célèbre "JOURNEE INTERNATIONALE DU CREOLE", fêtée depuis lors non seulement dans tous les pays créolophones des Caraïbes et de l'Océan indien, mais aussi par leurs diasporas en Europe et en Amérique du Nord.

   Quant aux Seychelles où la langue créole est co-officielle avec l'anglais et le français, elles consacrent carrément un mois entier, octobre, à la célébration de la langue, de la musique, de l'art de l'artisanat et de la cuisine créoles au cours de son, lui aussi devenu internationalement connu et reconnu, FESTIVAL KREOL. Sainte-Lucie et Haïti ne sont pas en reste où de nombreuses manifestations sont également organisées, dans le premier pays par le FOLK RESEARCH CENTER et dans le deuxième par une foultitude d'associations. Rappelons que c'est Haïti qui a créé la première Académie de la Langue Créole.

 

 

   Pendant ce temps, dans nos pays NON-INDEPENDANTS, derniers confettis de l'Empire français, colonies dont même BOLSONARO se moque, un quarteron de pseudo-intellectuels s'emploie depuis des années à discréditer le terme "créole" au motif qu'il signifierait "Béké", ce qui est faux pour au moins quatre raisons :

 

   . "créole" vient du latin "creare" qui signifie "créer" et désigne les nouvelles cultures__"créoles" donc__ qui ont réussi à émerger, difficultueusement, de l'effroyable tragédie esclavagiste. Cultures principalement (mais pas totalement) créées par les Nègres. Le mot latin qui veut dire "blanc" est "albus".

 

   . "créole" a très longtemps désigné les personnes nées en Amériques de parents soit européens (les Blancs créoles) soit africains (les Noirs créoles) par opposition aux personnes nées en Europe et en Afrique. L'expression "Noirs créoles" est ainsi couramment utilisée du début de la colonisation à l'abolition de l'esclavage en 1848 et on la trouve, par exemple, chez le Père LABAT ou chez Victor SCHOELCHER.

 

   . qui peut croire un seul instant que c'est la femme békée qui a inventé la cuisine créole ? qui peut croire que c'est l'homme béké qui a inventé le jardin créole ? qui peut croire que ce sont de jeunes Békés qui ont créé la musique créole ? etc...

 

    . en Guyane, à Maurice, à La Réunion, en Louisiane, "créole" signifie "noir" ou "mulâtre" et au Brésil, "criolho" signifie même..."sale Nègre" dans la bouche des racistes !!!

 

   Que s'est-il passé en Martinique et en Guadeloupe ? Ceci : à compter de l'abolition de l'esclavage s'est posée la question de l'autochtonie, c'est-à-dire de qui EST LEGITIME, qui est l'AUTHENTIQUE HABITANT des iles puisque le vrai, l'Amérindien, avait été exterminé depuis deux siècles et demi. Les Békés ont dit : c'est NOUS ! Nous sommes les seuls Créoles, ces îles nous appartiennent et les Noirs n'ont qu'à retourner en Afrique d'où sont venus leurs ancêtres. Aux Etats-Unis, les Blancs avaient d'ailleurs tenté la même chose en créant deux états artificiels, le Libéria et le Sierra-Leone, pour y "rapatrier" (sic) des esclaves noirs américains fraîchement libérés de leurs chaînes.

   En s'appropriant du terme "Créole" après l'abolition, les Békés ont donc procédé à un véritable rapt sémantique qui a, les dictionnaires français tombant dans le panneau, abouti à la situation tragi-comique suivante : la Négresse crée la cuisine créole, la pâtisserie créole, le vêtement et la "tet-maré" créoles ; le Nègre crée le conte créole, la musique créole, la joaillerie créole et le jardin créole, mais ni elle ni lui n'ont désormais le droit de se dire...créoles !!! C'est cette aberration qu'a voulu tout simplement effacer l'Eloge de la Créolité (1988) de Jean BERNABE, Patrick CHAMOISEAU et Raphaël CONFIANT.

   Nos ancêtres ont arrosé de leur sang et de leur sueur nos pays pendant des siècles et il est HORS DE QUESTION d'en laisser la légitime propriété à ceux qui les ont réduits en esclavage. C'est ce qu'avait voulu dire Jean-Jacques DESSALINES lorsqu'au terme d'une guerre féroce de 12 ans contre les Blancs créoles de Saint-Domingue et les troupes de Napoléon BONAPARTE, il décida de renommer l'île, non pas Nouveau-Dahomey ou Nouveau-Congo, mais bien de l'ancien nom amérindien (taino) de l'île : Haïti ou Pays de hautes montagnes.  A l'inverse donc des Blancs qui, tout en se voulant soi-disant "Américains" n'avaient eu de cesse de leur infliger des noms européens : Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Espagne, Nouvelle-France (le Québec d'aujourd'hui) ou encore Nouvelle-Grenade. DESSALINES a ainsi voulu signifier que les Nègres d'Haïti étaient les nouveaux autochtones de cette terre qu'ils avaient arrosé de leur sueur et de leur sang.

   Que des noiristes cherchent aujourd'hui, dans des pays QUI NE SONT MEME PAS INDEPENDANTS, à diaboliser le terme "créole", soit par ignorance soit par mauvaise foi, est à la fois dérisoire et grotesque. Dérisoire car le colonialisme français s'est accommodé de la revendication raciale et de la Négritude. Il a même voulu enterrer Aimé CESAIRE au Panthéon, en plein Paris ! Grotesque parce que la question de l'heure, l'urgence du moment, pour la Martinique et la Guadeloupe, est d'accéder à la pleine et entière souveraineté, pas de rêver que ses habitants se réinstallent en Afrique. Accepter l'offre du président du Ghana n'est qu'une fuite lequel ferait mieux d'accueillir les dizaines de milliers de migrants qui se noient chaque année en Méditerranée. L'urgence du moment est de devenir comme la Dominique, comme  Saint-Lucie, comme les Seychelles, pays où le terme "créole" est non pas diabolisé, mais tout au contraire valorisé.

   Car "créole" au fond signifie "néo-autochtone".

   Ayant plus d'un tour dans leur sac, les Békés martiniquais, d'abord sonnés par l'impact du Mouvement de la Créolité, ont entrepris dernièrement de l'accaparer en le détournant (c'est une habitude chez eux apparemment !) de sa véritable signification et ont lancé l'Association "TOUS CREOLES". Donc si on comprend bien, après l'abolition, les Noirs n'étaient plus des Créoles mais des Africains potentiellement rapatriables et aujourd'hui, un siècle et demi plus tard, comme par un coup de baguette magique, voici que nos Békés déclarent tout le monde "Créole". Allez vous faire voir ailleurs, les gars !

   Ce nouveau détournement fut évidemment du pain béni pour nos noiristes qui, là encore, soit par ignorance soit par mauvaise foi, ne savent pas que tout mouvement d'idée, toute idéologie, est vouée, à un moment ou un autre, à être dévoyée. Ainsi François DUVALIER se réclamait de la Négritude et STALINE du marxisme. "TOUS CREOLES" n'est qu'un détournement, peu subtil, de la Créolité. Rien d'autre. Une tentative d'imposer une "Réconciliation" sans "Vérité" alors qu'en Afrique du Sud, par exemple, MANDELA avait proclamé : "D'abord la Vérité, toute la Vérité, et, dans un second temps seulement, la Réconciliation".

   Le Mouvement de la Créolité n'est pas hostile aux Békés en tant que tels. Il promeut une culture créole riche d'apports amérindiens, africains, européens, indiens, chinois et syro-libanais, étant entendu que l'apport africain est sans conteste dominant et qu'il doit être prioritairement valorisé. Ce qui ne signifie aucunement abandonner la terre que nos ancêtres ont douloureusement arrosé de leur sueur et de leur sang pour pouvoir nous réfugier ou nous enfuir dans un prétendu éden africain.

   Notre éden est ici, aux Caraïbes, en Amérique, et nulle part ailleurs.

   Seule l'accession à notre pleine et entière souveraineté nous permettra d'y accéder. Comme Sainte-Lucie. Comme la Dominique. Comme Haïti...

   (Et si après l'indépendance, le terme "créole" continue quand même à indisposer certains, aucun problème : nous rebaptiserons la Martinique de son ancien nom amérindien "Wanakaéra" ou "l'île aux iguanes" et la langue créole deviendra la wanakaérien.)

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