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"Kill or Capture" :

LA FACE CACHEE D’OBAMA

Le prix Nobel de la Paix est-il l'homme de dialogue ouvert au monde arabe du début de mandat ou un implacable commandant en chef des armées ?

Qui est réellement Barack Obama ? Cet homme de dialogue qui a multiplié les gestes d’ouverture vis à vis du monde arabe, ou au contraire cet implacable commandant en chef des armées, qui n’a rien à envier aux faucons de George W. Bush ? Daniel Klaidman, journaliste réputé à "Newsweek" spécialiste des questions de défense, et de la lutte contre le terrorisme, s’est plongé dans les coulisses de la politique étrangère de la Maison Blanche et de la CIA depuis l’élection du président Américain. (*) Il a mené plus de 200 interviews avec des membres passés et présents de l’administration Obama.

Résultat : un livre qui révèle la face cachée du prix Nobel de la Paix 2009, prend toutes les idées reçues à contre pied, et ruine l'argumentation des républicains qui ne cessent de taxer Obama de laxisme sur les questions de sécurité intérieure. Le président débarque sans aucune expérience en matière de lutte anti-terroriste. Il a fait campagne contre la torture, la guerre en Irak, promettant de combattre le terrorisme avec les seules valeurs américaines, avec honnêteté et transparence. Mais quand Richard Clarke, le principal conseiller anti-terroriste de George Bush lui a dit, alors qu’il venait d’arriver à la Maison Blanche, qu’en tant que président des Etats-Unis, il serait amené à tuer, il lui aurait répondu, sans ciller, ni trahir la moindre émotion : "Je le sais".

{{{Sans état d'âme}}}

Quand il a dû prendre la décision d’éliminer Anwar al-Awlaki, tué par un drone Américain au Yémen en septembre dernier, il n’a eu aucun état d’âme. Ce citoyen américain, islamiste radical, était paraît-il devenu l’obsession d’Obama, après la mort d’Oussama Ben Laden. "Je le veux, ne le laissez pas s’échapper", aurait dit le président, acceptant tacitement le principe de dommages collatéraux.

Aurait-il eu la même attitude tout au début de son mandat ? Pas sûr. Le président américain a évolué durant ces quatre années à la Maison Blanche, inaugurées par une terrible bavure : quelques semaines après son arrivée à la Maison Blanche, la CIA cible un commando de talibans installés au Pakistan, à la frontière de l’Afghanistan. Le patron de la CIA l’avertit qu’un drone va être envoyé vers un groupe terroriste lié à Al-Qaïda. Mais c’est une erreur. Il va en fait tomber sur une maison où sont réfugiés des proches du gouvernement allié, tuant quatre personnes, dont deux enfants.

{{{La CIA, machine à broyer}}}

Consterné, le président américain qui vient de promettre au monde arabe un partenariat basé sur un respect mutuel et des intérêts partagés, aurait alors pris conscience de la machine à broyer qu’était la CIA et la "West Wing". Il a compris qu’en matière de terrorisme, l’expression "recherché mort ou vif" est souvent façon de parler. Il va aussi découvrir que cette guerre contre un ennemi invisible et omniprésent n’est pas une science. Qu’elle est faite de décisions humaines, d’intuitions, d’erreurs. Il va s’initier à la realpolitik, avec ce qu’elle comporte de cynisme et de renoncements.

Exemple, ces attaques de drone qui ciblent des individus identifiés comme terroristes potentiels, mais dont les identités restent inconnues. Ce sont des cibles anonymes, avec la marge d’erreur et d’approximation que cela implique. On tue, on vérifie après. Obama n’a jamais été favorable à ces attaques sauvages qui tombent quasiment "à l’aveugle". Mais il a fini par les accepter. En 2009, alors qu’il venait de recevoir le Prix Nobel de la Paix, ces attaques de drones ont été beaucoup plus nombreuses que durant l’ensemble de la période George Bush.

Oui, Obama s’est engagé à fermer Guantanamo. Oui, il s’est battu pour que les prisonniers puissent bénéficier d’un jugement au civil, et non être jugés par des commissions militaires. Mais il n’a pas tenu ses promesses.

{{{Exécutions}}}

Et à la troisième année de son mandat, il avait donné son imprimatur à l’exécution de deux fois plus de suspects terroristes qu’il n’y a jamais eu de prisonniers à Guantanamo.

Le livre nous plonge dans la grande Histoire de la lutte contre le terrorisme, mais aussi dans les petites histoires de la Maison Blanche. On y découvre une administration divisée, où règne une atmosphère de cour, et quelquefois aussi de cour de récréation, comme dans cette scène épique, opposant David Axelrod, conseiller en chef d’Obama, et le procureur général Eric Holder sur le point d'en venir aux mains, après que Holder a accusé Obama de vouloir interférer dans les affaires judiciaires. "Ne me redis jamais, jamais ça.", aurait hurlé Axelrod. Valérie Jarrett, responsable des affaires intergouvernementales dans l’administration Obama et proche conseillère, avait du physiquement les séparer.

En vérité, d’après Daniel Klaidman, la proximité qui s’est instaurée entre le président et Eric Holder a exacerbé toutes les tensions. “Sur les 12 membres du cabinet, pourquoi Eric est-il le préféré ?” s’agace ainsi un proche du président. La cour, toujours.

(*)“Kill or Capture: The War on Terror and the Soul of the Obama Presidency”, sorti aux Etats-Unis ce 4 juin.

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