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« LA FRANCE AUX FRANÇAIS….

Depuis des décennies, à chaque élection on semble redécouvrir le front national comme étant un monstre mystérieux qui régulièrement vient hanter l’esprit des français de l’hexagone et d’outre-mer.

La gravité de notre époque et la complexité du vivre ensemble invitent chaque citoyen à éviter les erreurs d’interprétation et la banalisation.
Le front national totalise en Polynésie française près de 6% de voix. Phénomène paradoxal dans une région réputée pacifique et tolérante.

Cette anomalie ne semble pas préoccuper outre mesure, les intellectuels, les journalistes, encore moins les hommes politiques.
Rectificatif, un élu local, furtivement, fait un clin d’œil, déclare dans le quotidien « les nouvelles » « Le taux de Le Pen m’interpelle ».

Dans l’hexagone, pour ne citer qu’Eva Joly : « Nous sommes chez nous, nous les français, métèques venus des quatre coins du monde…pour faire la France, nous les métis et les métisses, nous les immigrés qui travaillons sur les chantiers et nous cassons le dos pour ériger des bâtiments.

Nous sommes chez nous, nous les Bretons, les Corses, les Occitans, nous les Polack, les Portos, les Ritals, et les Espingouins, nous les Youpins, les Nègres, les Bougnoules, nous les Norvégiennes ménopausées, nous l’Europe, nous le monde, nous la planète, parce que nous sommes la liberté d’aimer, l’égalité devant la loi, et la fraternité dans la République. Nous sommes chez nous ».
Sur le plan national les thèses du front national ne cessent d’étendre leur toile d’araignée. La Polynésie française traditionnellement accueillante et indulgente, sans problème d’immigration particulière, n’est pas épargnée.

Devant cette réalité, peut-on esquisser la sociologie du vote front national en Polynésie française et camoufler les interrogations essentielles des polynésiens authentiques?

En dépit des discours autocentrés peut-on se dispenser d’expliquer à la population les tenant et aboutissant de l’idéologie du front national ?

Est-il intellectuellement honnête de faire l’amalgame entre le vécu hexagonal et celui des ultramarins, en l’occurrence, la Polynésie française, alors que sa voix peine à franchir le seuil du Pacifique? Et pourtant…

Un examen rapide mais nécessaire des résultats de ce premier tour d’élection présidentielle peut aider à déceler certains non-dits et donner du sens à l’expression qui veut « qu’un homme averti en vaut deux ».

Une enquête Ipsos montre que les Français sont majoritairement convaincus que le FN est un “parti d’extrême droite” (72%) et qu’il est “dangereux pour la démocratie” (57%) mais 54% d’entre eux considèrent simultanément que c’est un “parti utile”.

Pour la Polynésie française comme pour les autres « outre-mer », ce n’est certes pas parce que la formation lepéniste apparaît comme un parti exprimant un message de mécontentement, contenant des questions sociales, que l’esprit républicain et démocratique soit compatible.

Habilement, des gens bien intentionnés distillent discours, conjuguent difficultés socio-économiques et rejet de l’autre dans un même élan de persuasion, auprès de compatriotes qui ne saisissent pas toujours l’entier contour de certaines idéologies ou ambitions.

En France métropolitaine, le front national additionne trois types d’électeurs. D’abord, un électorat frontiste ancien, pur et dur, prônant l’inégalité des races, la xénophobie, qui stigmatise certaines catégories de la population. Ensuite un électorat populaire provenant de régions qui souffrent fortement de la désindustrialisation. Enfin, grâce à son nouveau discours socio-économique, aux accents contestataires, le front national élargit son influence dans des populations traditionnellement éloignées des idées d’exclusion ou xénophobe.

Il semble urgent de chercher à identifier sans idées préconçues, ceux qui en toute « bonne foi », sollicitent l’adhésion des polynésiens et de cibler leurs motivations profondes. Effectivement, en période de crise, les dérives, les solutions approximatives sont acceptables quand, face à des personnes fragilisées, se dressent des idéologies populistes ou populaires.

Ce qui va témoigner de la bonne santé de nos sociétés, ce ne sera pas seulement la capacité d’en débattre, mais la manière d’aborder les sujets contemporains et la qualité des solutions que l’on voudra bien y apporter.

Marcel Luccin.

Président du CEREC (25 avril 2012)