LA LANGUE BASQUE : BOUCLIER DE L’E.T.A.

L’Euskara ou langue basque est l’une des plus anciennes langues du monde. Bien que parlée des deux côtés des Pyrénées-ouest, en territoire aujourd’hui français et espagnol, aucun linguiste n’est encore parvenu à comprendre ce que fait là, à cet endroit précis, la seule langue non indo-européenne du Vieux Continent (avec le finnois). Les anthropologues s’interrogent d’ailleurs sur l’origine du peuple basque lui-même chez qui les groupes sanguins prédominants sont très différents de ceux des autres Européens. Longtemps isolés, à cause du caractère montagneux d’une bonne partie de leur territoire, les Basques ont su conserver leur langue et leur culture, même si celles-ci sont moins vivaces, jacobinisme oblige, du côté français que du côté espagnol.

Depuis plus de trente ans, un mouvement nationaliste basque très puissant s’est développé, surtout du côté espagnol, avec une face officielle, le parti Herri Batasuna et une face clandestine, l’E.T.A. dont les actions armées, parfois très violentes, sont abondamment traitées dans les médias. Ces nationalistes, modérés ou extrémistes, ne désirent que deux choses : l’indépendance des régions basques de l’Espagne et de la France d’une part ; la réunification du pays basque par fusion de ces deux régions de l’autre. Ce rêve se heurte aux pouvoirs madrilène et parisien à tel point que leurs prisons sont remplies de militants basques.

Ce que l’on sait moins, par contre, c’est que la langue basque, à cause de sa difficulté extraordinaire (par exemple, elle comporte 88 conjugaisons !), sert de bouclier à la résistance armée. Le magazine français L’EXPRESS écrit à ce propos :

« {…la clef USB saisie sur deux clandestins arrêtés dans la nuit du 28 au 29 mars, près de Périgueux (Dordogne), n’a pas livré ses secrets. La plupart des documents informatiques de l’organisation sont protégés par un procédé de cryptage des données. Un système toujours inviolé. Le « code ETA » : depuis plus de dix ans, les policiers tentent de résoudre cette formidable énigme mathématique.} »

Utilisant un système de cryptographie (protection de données) très sophistiqué, le PGP (Pretty Good Privacy), mis au point en 1991 par un petit génie de l’informatique, Philip Zimmermann, les combattants nationalistes basques utilisent des extraits de textes en basque. Selon L’EXPRESS :

« {La DGSE ferait actuellement travailler ses plus gros ordinateurs pour casser le code et retrouver les mots clefs. « Pour avoir une chance de réussir, il faudrait pouvoir disposer, comme base de référence, d’un corpus de textes en basque, langue extrêmement complexe, allant des recettes de cuisine aux romans, en passant par des ouvrages linguistiques », reconnaît un spécialiste du dossier. De fait, lorsque les experts allument les ordinateurs saisis, ils n’ont pour l’instant accès qu’à une simple luminescence. Quand les données ne s’autodétruisent pas.} »

Ainsi, ajoute le journal, un ordinateur récupéré dans la ferme occupée par le chef de l’appareil politique d’ETA, à Salies-de-Béarn (Pyrénées –Atlantiques), en octobre 2004, était équipé d’un logiciel digne de Mission impossible : il effaçait les données du disque dur en cas de mauvaise manipulation.

Les nationalistes basques doivent donc une fière chandelle à leur vieille langue, sans doute plurimillénaire, langue et culture basques que l’état français et son alter ego espagnol veulent étouffer à tout prix, tant leur haine de la diversité est grande.