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La mort du Pr Berchel, meurtre ou suicide ?

La mort du Pr Berchel, meurtre ou suicide ?

Quinze ans après, la mort du Pr Camille Berchel, alors chef du service de pédiatrie et de néonatalogie du CHU, reste inexpliquée pour sa famille, qui rejette la thèse du suicide et veut la réouverture de l'enquête, ouverte à l'époque contre X pour homicide volontaire.

Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais au moins, on fait quelque chose. » Ce samedi matin, pour le quinzième anniversaire de la mort du professeur Camille Berchel (lire ci-contre), sa famille donne rendez-vous à la population à Port-Louis. « À 8 h 30, devant la mairie » , précise sa fille, Marie-Ève.
« On partira du monument aux morts et on marchera jusqu'au cimetière, près de la plage du Souffleur. » Là où, le 14 novembre 1999, le corps carbonisé de son père a été retrouvé dans sa voiture calcinée. Ensuite, Marie-Ève, ses frères, son oncle Max, « et tous ceux qui voudront bien venir » , déposeront une gerbe sur sa tombe.
UN DOUTE
La fille de Camille Berchel espère que « les personnes viendront nombreuses pour lui rendre hommage. Les enfants qu'il a sauvés, leurs parents, ses anciens collègues... C'était un grand médecin. » Mais cette marche a aussi pour but « de réveiller les consciences » . Celles des gens qui savent des choses sur la mort du professeur.
Très vite après son décès, la thèse du suicide a été avancée. Il se disait que Camille Berchel avait passé beaucoup de temps à l'hôpital, sous-entendu pour mettre ses affaires et ses dossiers en ordre. On le disait aussi très affecté après qu'un nourrisson placé en couveuse a été très grièvement brûlé. À tel point qu'il a dû être amputé des jambes.
Marie-Eve veut bien tout entendre, mais elle veut des preuves. « Comment a-t-on pu affirmer aussi vite qu'il s'agissait d'un suicide ? Et si le suicide était si évident, pourquoi tant d'années d'instruction dans un dossier ouvert contre X pour le chef d'homicide volontaire ? » Pour Marie-Ève, comme pour tous les membres de sa famille, il y a toujours un doute.
APPEL À TÉMOINS
Et tant qu'il ne sera pas levé, Marie-Ève, comme ses proches, s'accroche à son intime conviction. Celle que le Pr Camille Berchel ne s'est pas suicidé (lire ci-dessous).
Quinze ans après sa mort, ils attendent toujours des réponses de la justice. En novembre dernier, ils ont écrit à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, pour savoir quel était l'état de la procédure.
La réponse est venue de la procureur générale, Catherine Champrenault, qui leur a fait savoir par courrier du 7 juillet 2014, que « la procédure d'instruction ouverte contre x du chef d'homicide volontaire a été clôturée le 16 juin 2005 par un arrêt de non-lieu de la chambre de l'instruction » , qui est devenu définitif le 10 janvier 2006.
La procureur générale indiquait qu'au terme de l'instruction, « aucun élément n'était venu corroborer la thèse de l'homicide volontaire » . Et que seul un élément nouveau pourrait rouvrir la procédure.
C'est dans ce but que les proches de Camille Berchel distribueront des tracts dans les rues de Port-Louis, ce samedi, pour inciter d'éventuels témoins à se faire connaître. « Au bout de 15ans, il est temps que les gens qui savent quelque chose parlent. »
MORT DANS SA VOITURE CALCINÉE
Quand Camille Berchel est mort il avait 55 ans. Depuis plus de 20 ans, il était chef du service de pédiatrie et néonatalogie du CHU. Le 14 novembre 1999, son corps, en partie carbonisé, a été retrouvé dans sa voiture calcinée, près du cimetière de Port-Louis et de la plage du Souffleur. Comme chaque 14 novembre, il était venu se recueillir sur la tombe de son ami Guy Mérault, décédé quatre ans plus tôt.
Des zones d'ombre
Si Marie-Ève Berchel veut la réouverture de l'enquête, c'est parce qu'elle estime qu'il y a des zones d'ombre. « Il y a des gens qui sont venus nous voir pour nous dire qu'ils ont vu des individus autour de la voiture. Puis notre père sortir du cimetière, monter dans son véhicule, mettre le contact et la voiture exploser » . Vrai ou faux ?
Ces « gens-là » n'auraient jamais voulu témoigner. Elle ne s'explique pas non plus, si son père s'est effectivement immolé, pourquoi seule la partie supérieure de son corps était brûlée. « Quand on s'immole, on verse de l'essence sur soi... » Elle se demande aussi « pourquoi on n'a jamais retrouvé les clés de son bureau à l'hôpital. » Et aussi par quel hasard le garage où était censé être remisé le véhicule calciné a, lui aussi, été victime d'un incendie. Cela fait quinze ans que Marie-Eve attend des réponses. « Quinze ans que je ne peux pas faire mon deuil. »
La famille ne croit pas au suicide
Quand son père, le Pr Berchel, est mort, Marie-Ève avait 27 ans. D'emblée, elle a rejeté la thèse du suicide. « Papa allait parfaitement bien. S'il a passé beaucoup de temps à l'hôpital les jours et les heures qui ont précédé sa mort, c'est parce qu'il était de garde. » La veille du drame, Marie-Ève l'avait eu au téléphone. « On a parlé football, de l'équipe de France. On a discuté comme d'habitude. Il n'avait pas de problème. » Elle s'étonne d'ailleurs que, dans le cadre de l'enquête, la famille n'ait pas été interrogée pour savoir dans quel état d'esprit son père se trouvait.
Le bébé brûlé et son amputation auraient-ils pu pousser le professeur à commettre l'irréparable ? Marie-Ève est persuadée que non. « Ses patients, c'était comme ses enfants. Et chaque décès le touchait profondément, mais ce n'est pas une raison pour se suicider. Ce n'était pas dans son caractère. »
Elle décrit son père comme quelqu'un de « fort, d'entier, déterminé à défendre ses idées. Et profondément catholique. Le suicide, c'était contre ses convictions religieuses. » Elle ne le voit pas non plus mettre fin à ses jours alors qu'elle-même était sur le point d'accoucher de sa première petite-fille. « Elle est née 18 jours après sa mort. Et il y avait un risque qu'elle naisse prématurée. Il n'aurait jamais pu la laisser. »
Elle ne le voit pas non plus mettre fin à ses jours la veille de l'anniversaire de son plus jeune fils.