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La Negrada : le premier film mexicain avec une distribution noire voit enfin le jour

Par Pablo Michelot
La Negrada : le premier film mexicain avec une distribution noire voit enfin le jour

Le réalisateur Jorge Pérez Solano marque l’histoire du Cinéma latino-américain avec le film La Negrada, considéré comme le premier film mexicain avec une distribution complètement noire. Peut-être est-ce encore l’effet Black Panther puisque longtemps, les communautés afro-latinos furent négligées et discriminées par les gouvernements et les sociétés d’Amérique latine, aujourd’hui, en 2018, elles ne font que commencer à habiter les écrans de cinéma.

Au Mexique, les communautés afros ne représentent que 1% de la population totale (1.4 M). Ils n'ont jamais été reconnus comme un groupe ethnique, une nation ou une culture, subissant une discrimination en tant que groupe exclu. LA NEGRADA est le premier film de fiction mexicain entièrement tourné dans l'une de ces communautés noires, avec des populations locales, sans acteurs professionnels. Un effort pour leur donner la parole et les rendre visibles.

 Au Mexique, les communautés afros ne représentent que 1% de la population totale (1.4 M). Ils n’ont jamais été reconnus comme un groupe ethnique, une nation ou une culture, subissant une discrimination en tant que groupe exclu. LA NEGRADA est le premier film de fiction mexicain entièrement tourné dans l’une de ces communautés noires, avec des populations locales, sans acteurs professionnels. Un effort pour leur donner la parole et les rendre visibles.

Entièrement tourné dans des poches de concentrations de populations afro-mexicaines, dans les petites villes d’Oaxaca, dont est natif le réalisateur sans être afro-mexicain lui-même, et de Costa Chica, La Negrada a employé des acteurs et actrices non professionnels locaux pour raconter l’histoire d’un triangle amoureux entre deux femmes, Juana et Magdalena et un homme Neri.

Au Mexique, les Afro-Mexicains représentent un pour cent de la population totale, mais ils ne sont pas reconnus comme groupe ethnique officiel.  En raison de ce manque de reconnaissance officielle, elles continuent d’être exclues des programmes subventionnés par le gouvernement pour les groupes minoritaires marginalisés, malgré la dure réalité de leur situation actuelle.

Dans une interview offert à OkayAfrica Jorge Pérez Solano s’exprime: « Mon père était autochtone et j’ai des traits indigènes prononcés. J’ai vécu beaucoup de racisme et de préjugés en tant que natif d’Oaxaca vivant dans la pauvreté et une apparence ouvertement autochtone. Mon expérience de vie et mes sentiments marginalisés dans mon propre pays sont la raison pour laquelle je sensibilise sur les exclus de notre société, je rends ces communautés visibles dans mes films. Mon intention était de faire un film pour sensibiliser à la détresse des Afro-Mexicains afin d’accroître leur visibilité et d’entamer un dialogue sur notre identité nationale.»

La bande-annonce officielle du film La Negrada commence par une démonstration d’un profilage raciale qui laisse sans mot l’une des protagonistes de l’histoire.  « Vous n’êtes pas mexicaine, vrai? D’où viens-tu, négra? » invective un douanier mexicain.  Puis, s’en suit de ces mots sur l’écran, blanc sur un fond noir: « Il y a des Mexicains que personne ne voit. » Ces mots confirment l’intention du cinéaste qu’il divulgue aussi dans une interview télé : « Faire prendre conscience du sort des Afro-Mexicains qui sont en grande partie oubliés. »

Sur le plan sonore, la bande-annonce ajoute, un bonus thématique avec la chanson « El Zanate » de Bertín y Su Condesa. Son titre fait référence au quiscale mexicain, un oiseau à plumes noires. Les paroles annoncent un oiseau détesté à cause de la couleur de son plumage. Un tel morceau en dit long sur l’aliénation sous-jacente que ressentent les Afro-Mexicains dans leur propre pays.

Les Afro-Mexicains sont pour la plupart des descendants d’esclaves, dont le plus célèbre d’entre eux, Gaspard Yanga, issu d’une famille royale du Gabon, est devenu le premier esclave libéré à la fin du 16e siècle. Il a fondé le village de Yanga à Veracruz. Des traces de cette présence africaine peuvent être trouvées à ce jour.  Bien que l’esclavage ait été officiellement aboli au début du 19e siècle par une nation nouvellement indépendante, l’héritage de la déshumanisation d’un peuple persiste.

La sortie du film au Mexique n’a pas été sans controverse. Plusieurs organisations – telles que Mexico Negro, Huella Negra et Afrodescendencias en Mexique — ont publié une déclaration dénonçant l’utilisation par le réalisateur du mot « sauvage » dans une interview accordée à un journal national pour décrire les Afro-Mexicains. Ils soutiennent également que le drame colporte des stéréotypes sur les Noirs.  « La Negrada reproduit de nombreuses idées pitoyables et des stéréotypes sur le peuple afro-mexicain, en plus de contenir des erreurs qui dénaturent les coutumes des populations afro-descendantes de Costa Chica. » émet l’organisme Afrodescendencias sur Twitter, un groupe qui souhaite contribuer à la construction d’une société plus juste, équitable et sans racisme au Mexique.

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