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LA PRODUCTION MONDIALE DE BANANES MENACEE PAR UN CHAMPIGNON

Par Clémentine Maligorne

La FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, demande 98 millions de dollars pour éviter la progression de la jaunisse fusarienne. Une maladie qui a déjà décimé près de 100.000 hectares de bananes, principalement en Asie.

Si rien n'est fait, le fruit frais le plus exporté au monde, la banane, pourrait bien finir par disparaître de nos étals. Plus précisément, la Cavendish (Grande Naine), cette banane à la couleur jaune vif, qui est la plus consommée en France. Cette variété, qui représente près de la moitié des bananes cultivées dans le monde, et 95% de toutes les bananes vendues à l'export vers les pays développés, est menacée par un champignon, une nouvelle souche du Tropical Race 4 (TR4), responsable de la jaunisse fusarienne, également connue comme «maladie de Panama».

Pour la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture, il y a désormais urgence. Cette maladie «risque de décimer l'ensemble de la production mondiale de bananes, ce qui entraînerait d'importantes pertes commerciales et aurait des répercussions sur les moyens d'existence de 400 millions de personnes qui dépendent du fruit le plus exporté au monde pour se nourrir ou en tirer leurs revenus», alerte l'agence onusienne.

Détectée pour la première fois au début des années 1990 à Taïwan, en Malaisie et en Indonésie, la jaunisse fusarienne a déjà infecté des plantations en Australie, Afrique du Sud et Asie. «La maladie a été identifiée sur 19 sites dans 10 pays» précise la FAO. En 20 ans, déjà 100.000 hectares de bananes ont été ravagés par ce champignon, selon les scientifiques. À cette allure, un sixième de la production mondiale de Cavendish est menacée d'ici 2040, alerte la FAO.

98 millions de dollars

L'agence onusienne avait tiré la sonnette d'alarme une première fois en 2014 en créant un programme mondial pour lutter contre cette maladie. Aujourd'hui la FAO demande 98 millions de dollars pour lutter contre ce champignon nocif qui «risque de décimer l'ensemble de la production mondiale de bananes». Ce programme «cible initialement 67 pays et a pour objectif d'éviter la progression» de ce champignon qui «peut facilement se propager et rester viable dans le sol pendant plusieurs décennies» détaille la FAO. Objectifs: surveiller les zones où la maladie n'est pas présente mais pourrait se déclarer et financer des recherches sur des variétés résistantes au champignon. La menace est prise très au sérieux. Elle sera d'ailleurs l'objet d'un forum mondial de la banane, organisé du 7 au 10 novembre prochain à Genève, en Suisse.

Principales zones d'exportation de bananes, les plantations des Caraïbes et d'Amérique latine sont encore épargnées. Mais ce n'est qu'une question de temps avant que le champignon ne les attaque, estiment les scientifiques. Et l'histoire pourrait bien se répéter. Dans les années 60, le Race 4 a déjà mené l'industrie mondiale de la banane d'exportation au bord de la faillite, décimant la variété «Gros Michel», remplacée alors par la Cavendish, variété plus résistante, à son tour menacée.

Faut-il craindre une pénurie prochaine de bananes en France? Non. Pas tout de suite, même si durant quelques mois les bananes en provenances des Antilles vont déserter nos étals. Mais la cause est tout autre: elle s'appelle «Maria», l'ouragan qui a détruit 100% des bananeraies en Guadeloupe et 70% en Martinique, selon les professionnels du secteur. L'Europe, et a fortiori l'Hexagone, a plusieurs «fournisseurs» de bananes qui ne sont pas (encore) contaminés. D'après un rapport de France Agrimer, en 2016, 30% de l'approvisionnement provenait des Antilles ; 50% des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et un peu plus de 13% d'Amérique latine.

Post-scriptum: 
La banane est le fruit frais le plus exporté au monde. DESIREE MARTIN/AFP