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La région Guadeloupe face au défi d'un plan de relance de 500 millions d'euros qui n'interroge pas l'avenir !

Jean-Marie Nol
La région Guadeloupe  face au défi d'un plan de relance de 500 millions d'euros qui n'interroge pas l'avenir !

Le président du conseil régional Ary Chalus a présenté ce jeudi un plan de relance de 500 millions d'euros sur deux ans. Objectif : répondre aux attentes des acteurs économiques les plus touchés par la pandémie tout en convainquant les autres des vertus de la solidarité du conseil régional. Dans la morosité pandémique actuelle, il est utile de rappeler le rôle primordial que joue la bonne santé de l’économie dans la prospérité d’une collectivité. On le voit bien aujourd’hui avec les mesures sanitaires liées au Covid-19 qui, pour légitimes qu’elles puissent être, ralentissent voire bloquent des pans entiers de l’activité économique. Les conséquences sont souvent dramatiques pour certains secteurs, comme l’hôtellerie-restauration et l’événementiel.

Ce Plan de relance, il faut le souligner, voté à l'unanimité des élus, représente la feuille de route pour la refondation économique, sociale et écologique du pays Guadeloupe selon Ary Chalus. Qu’en est-il, par comparaison, de la Martinique ? La question nécessite tout d’abord une brève mise au point. 

Cette initiative de relance avec une belle unité à la clé de la classe politique guadeloupéenne tranche singulièrement avec la situation ubuesque de la collectivité territoriale de Martinique empêtrée dans une "Guerre picrocholine" qui, il faut bien l’avouer, n’a rien de bon pour l'avenir économique de la Martinique 

 

Nonobstant les querelles intestines, les élus du conseil régional de Guadeloupe proposent donc des mesures concrètes pour financer de nouvelles infrastructures et à destination de toutes les entreprises notamment du BTP. 

Il s'agit d'un plan d'investissements qui comprend des mesures pour favoriser la compétitivité et l'innovation mais aussi pour soutenir la création d'emplois. Cette enveloppe globale de 500 millions d'euros sur deux ans vise à retrouver un niveau d'activité semblable à la période d'avant crise d'ici à 2022. Par ailleurs, L’Etat a annoncé 135 Millions d’euros pour la Guadeloupe sur la même période de deux ans. C’est donc plus de 630 Millions d’euros qui viendront suralimenter la commande publique. C'est là une gageure, car le choix du plan de relance de la région Guadeloupe peut, en théorie, être considérée comme une stratégie d'investissement, même si dans un premier temps ce surplus de dépense a pour conséquence de dégrader les comptes de la collectivité régionale qui aura forcément recours à l'endettement. Certes, la région dépense de l'argent sous diverses formes pour inciter entreprises et ménages à investir ou consommer, ce qui par ricochet tend à créer de l'activité économique, des emplois... et des recettes fiscales supplémentaires. Mais les problèmes passés n'ont pas disparu pour autant, et ils ne peuvent pas être effacés d'un coup de baguette magique.

La pandémie du Covid 19 a fragilisé l'économie de la Guadeloupe, de même que l'économie mondiale. Selon les chiffres de l'organisation internationale du travail, partout sur la planète, la consommation locale a ralenti. L'activité économique globale a subi un net coup de frein. Les échanges mondiaux ont chuté, provoquant une baisse dans le carnet de commandes de millions d'entreprises industrielles, et une cassure dans les activités relatives aux services et au tourisme. En Guadeloupe, cela devrait se traduire par une baisse de 12,7% du produit intérieur brut (le PIB, la richesse créée en une année par le pays) cette année. A titre de comparaison, la chute qui avait suivi la crise sociale de 2009 n'était de -6,9% en 2009 selon les données de l'INSEE.

 

Ce ralentissement marque la détérioration de l'activité économique avec à la clé des tensions sociales à venir. Or, avec la récession viennent généralement les difficultés et faillites de nombreuses entreprises. Avec pour conséquence la destruction d'emplois et l'augmentation de la précarité. Depuis le début de la pandémie, un nombre croissant de personnes ont perdu leur emploi ou ont été obligées de travailler moins d'heures (que ce soit à domicile ou ailleurs), subissant ainsi une baisse de leurs revenus. En conséquence, la demande de nombreux biens et services non essentiels a chuté. En fait, il faudrait relancer la demande par la mise en place d’une politique Keynésienne. 

Le risque est que le plan de relance de la région qui s'appuie pour l'essentiel sur une politique de l'offre coûte plus cher aux finances de la collectivité que ce qu'il va rapporter en termes de croissance. Par ailleurs, la crainte sous-jacente étant que certaines entreprises que l'on qualifie de zombies profitent de ces aides pour maintenir une existence factice, sans pour autant éviter le licenciement ultérieur de leurs salariés puisqu'elles n'y sont pas contraintes. De plus, le plan de relance, risque de faire la part belle aux déductions des entreprises notamment du BTP aux dépens des communes qui mériteraient d'être aidées par le biais d'un plan de désendettement massif. Quel que soit le choix politique en présence pour un plan de relance aussi classique et qualifié à tort d'ambitieux, les élus du conseil régional ne pourront pas faire l’économie de la question essentielle de la mutation en cours de la société et qui nécessite l'instauration d'un nouveau modèle de développement économique et social. En France hexagonale, Emmanuel Macron a profité de cette crise pour remettre au goût du jour la planification. Et voilà que l'on ressuscite en France un commissariat au Plan, avec pour objectif d'inscrire l'important soutien de court terme à l'économie qu'appelle la crise actuelle dans une visée de transformation économique, écologique et sociale de plus long terme.

Or cette projection sur l'avenir est totalement occultée dans la mise en œuvre de ce plan de relance de la région Guadeloupe qui pêche par manque d'analyse prospective. Il convient donc pour ce faire de réinventer », la politique économique de la Guadeloupe à savoir dessiner un nouvel acte fondateur de décentralisation sous la contrainte d'une double crise sanitaire et économique sans précédent. Il doit s'agir d'une rupture avec de fortes ambitions - écologie, souveraineté économique locale, justice sociale. 

C’est pour cette raison que la refonte du modèle politique et socio-économique est fondamentale et prioritaire pour la Guadeloupe comme l’a souligné à juste titre l’économiste Nicolas Bouzou qui dit que : « Le modèle économique des DOM n’a d’autre choix que de se remettre en cause »

 

C’est dans ce contexte de crise que nous proposons une refonte du plan de relance actuel qui devrait s’articuler sur le mode d’emploi suivant :

 

– Création de 2 grands pôles d’activité et de bassins d’emplois nécessitant une révision administrative du périmètre des communes de la Guadeloupe, de manière à éponger au plus vite la dette et les déficits avant que l’augmentation massive des impôts locaux ne devienne insupportable aux contribuables. Pour ce faire, nous plaidons pour la ponction de 10% de la sur-rémunération des fonctionnaires pour créer un fonds d’investissement qui financerait l’érection d’une vaste zone artisanale à vocation d’activité agro-alimentaire dans la région de la Basse-Terre , ainsi que le financement d’un grand musée de l’histoire du sel à vocation touristique dans la zone de la grande terre. 

 

Par ailleurs, nous préconisons la suppression de l’octroi de mer qui serait remplacé par une TVA régionale afin de financer la restructuration indispensable de certaines productions locales en sursis comme la canne ou la banane.

 

En fait, nous considérons que la superstructure sociétale ne peut bouger dans un sens positif que si bougent les infrastructures économiques. Dans le cas contraire, on ne fera que s’enfoncer dans la mauvaise voie et on s’embourbera jusqu’à ne plus pouvoir maitriser le processus du changement institutionnel ou statutaire. La possibilité d’une solidarité passe par la réduction des inégalités, donc par l’économie. Il faut voir dans cette crise à venir une rupture avec un modèle sociétal que certains économistes pensent à tort ou à raison archaïque et entrevoir l’inauguration d’une nouvelle ère fondée non seulement sur la solidarité nationale mais également et surtout sur la responsabilité de gestion que l’on soit ménage, collectivité locale ou entreprise. Mais la prochaine décennie devrait également connaître des changements sur le plan social en Guadeloupe. D’ores et déjà, nous préconisons la création d’un revenu universel de base de 1000 euros pour tous les bénéficiaires actuels des minima sociaux en Guadeloupe.

 

Ces quelques propositions succinctement formulées renvoient en écho les difficultés financières qui guettent les ménages et collectivités de Guadeloupe, si l’on ajoute à cela le danger qui se profile à l’horizon avec la mutation « mutatis-mutandis « du secteur bancaire aux Antilles et le risque très réel d’une crise financière au niveau des collectivités locales de Guadeloupe. Comment la Guadeloupe peut-elle s’inscrire aisément dans la relance de l'économie, quand ses élites, et notamment celles chargées de la diffusion de la connaissance, ne comprennent rien à l'analyse économique qui explique le monde d’aujourd’hui et prépare le monde de demain ?

 

"Chyen ni kat pat, sé an sèl chimen i ka fè." (Un chien a quatre pattes, mais il ne prend qu’un seul chemin.) Signifie que l’on ne peut pas faire plusieurs choses à la fois.

 

Jean marie Nol (économiste)

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