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La situation des planteurs de canne à sucre à La Réunion ne cesse de se dégrader

Axel Hoarau, planteur de cannes à Bérive, Tampon
La situation des planteurs de canne à sucre à La Réunion ne cesse de se dégrader

Deuxième jour de coupe hier dans le Sud et de l’Ouest. Depuis la veille, l’usine du Gol est ouverte et tous les planteurs de La Réunion sont à pied d’œuvre pour livrer sur les différentes plate-formes de l’île. Agriculteur depuis 30 ans, Axel Hoarau constate que la situation ne cesse de se dégrader.

La campagne sucrière s’est ouverte le 17 juillet dans le Sud et l’Ouest. Au deuxième jour de la coupe, Axel Hoarau était hier à pied d’œuvre. Cela fait 30 ans qu’il est agriculteur. Il constate qu’au fil des années, la situation ne cesse de se dégrader. L’incertitude entretenue ces dernières semaines par le gouvernement au sujet du versement de l’aide compensatoire de 28 millions d’euros à la filière a encore accentué l’inquiétude de tous les planteurs.

Engrais : de 300 à 500 euros la tonne

Sur son exploitation, Axel Hoarau cultive un peu plus de 3 hectares de cannes. S’y ajoute un peu de maraîchage qui apporte un complément de revenu bien précieux, notamment entre les campagnes sucrières ce qui lui fait dire que « cela fait longtemps que nous avons fait la diversification ». Mais tous ses efforts ne permettent plus de dégager un revenu suffisant malgré le fait qu’il coupe seul ses cannes. S’il n’y avait pas le salaire de sa conjointe, il ne pourrait plus tenir.
Cette situation difficile est liée à la stagnation du prix de la canne, alors que dans le même temps, tout augmente.
« Le versement de la recette bagasse de 13 euros par tonne nous a donné une bouffée d’oxygène », souligne-t-il. Mais ce gain a été mangé progressivement par la hausse du coût de production. Ainsi, le prix de l’engrais est passé de 300 euros à 500 voire 600 euros la tonne. Celui du désherbant a connu une hausse de 100 %. Dans ces conditions, il n’est pas possible d’embaucher un ouvrier pendant la coupe.
Si auparavant, Axel Hoarau disposait d’une trésorerie suffisante pour acheter son engrais, ce n’est plus le cas depuis 3 ans. C’est donc Tereos qui lui avance la somme nécessaire, et l’industriel est remboursé par un prélèvement de 7 euros par tonne de cannes.

« Toujours optimiste »

Axel Hoarau ne ménage pas sa peine pour arriver à un rendement d’environ 75 tonnes par hectare en moyenne sans irrigation. Il aurait pu faire mieux, mais des pluies trop nombreuses et un manque d’ensoleillement ont entraîné des pertes estimées à 50 tonnes. L’eau pourrait arriver en 2022. Cela nécessitera des investissements supplémentaires pour planter une variété plus adaptée à l’irrigation et installer du matériel, des conditions nécessaires pour que l’irrigation puisse améliorer le rendement.
Bien entendu, tout cela sera possible qu’à condition que la filière canne puisse avoir une meilleure visibilité pour l’avenir qu’en ce moment. Replanter suppose en effet un investissement dans le temps. D’ailleurs, les aides à la replantation obligent à maintenir la canne pendant 5 ans sur la parcelle concernée. 5 ans, cela renvoie à 2024 alors que la Convention canne qui fixe les revenus des planteurs se terminera en 2021.
Dans le contexte actuel, Axel Hoarau pense que les négociations de la prochaine Convention canne seront très difficiles. Mais malgré les difficultés, il estime que « dans la canne, il faut être toujours optimiste. Et d’ailleurs, par quoi remplacer la canne ? »

M.M.

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