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«L’Abkhazie est un endroit perdu sur la carte du monde»

«L’Abkhazie est un endroit perdu sur la carte du monde»

Alors qu'elle est étudiante à l'Université des Sciences Appliquées et des Arts de Hanovre, en Allemagne, Ksenia Kuleshova décide de travailler sur l'Abkhazie. Coincé entre la Russie et la Géorgie, au bord de la mer Noire, ce territoire hérite d'un statut disputé et n'est reconnu que par quelques États. «Les gens y vivent un peu comme dans une bulle parce que leur pays n'est pas reconnu. Ils essayent d'exister dans l'incertitude», raconte la photographe dont le travail Abkhazia est toujours en cours. «L’Abkhazie ne fait pas l’objet d’un traitement médiatique. C'est comme un endroit perdu sur la carte du monde.» Son projet est l'un des huit gagnants du concours Tokyo International Photography et fera l'objet d'une exposition en 2018 à New York, Sydney et Tokyo.

«Je suis russe et je voulais commencer un projet en lien avec mon pays et sa langue. Avant, l'Abkhazie était l'une des régions touristiques les plus appréciées de l'Empire russe et plus tard de l'Union soviétique. Elle figure aussi sur la liste des autres États fantoches russes. C'est un endroit perdu sur la carte du monde. Les gens y vivent un peu comme dans une bulle et essayent d'exister dans l'incertitude, dans un système qui n'a pas d'avenir. J'ai trouvé toutes ces questions politiques et sociales intéressantes et j'ai décidé de démarrer ce projet. Il n'y avait pas eu de grosses chutes de neige à Soukhoumi depuis près de huit ans quand j'ai pris cette image. Tout le monde allait dehors faire des bonhommes de neige, des batailles de boules de neige, ou juste se promener dans la neige.»


Abkhazie, Soukhoumi, le 9 septembre 2015 | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;L&#39;Abkhazie est reconnue par la Russie et quelques autres pays, mais elle fait encore partie officiellement de la G&eacute;orgie. Elle poss&egrave;de un int&eacute;r&ecirc;t strat&eacute;gique pour la Russie en raison de son acc&egrave;s &agrave; la mer Noire. Environ la moiti&eacute; du budget de l&#39;&Eacute;tat abkhaze est financ&eacute;e par l&#39;aide de la Russie. D&#39;ailleurs, la plupart des Abkhazes ont un passeport russe. La Russie maintient aussi une force de 3.500 hommes dont le QG&nbsp;est&nbsp;&agrave; Gudauta, une ancienne base militaire sovi&eacute;tique sur la c&ocirc;te de la mer Noire. Les fronti&egrave;res de la R&eacute;publique d&#39;Abkhazie elles-m&ecirc;mes sont prot&eacute;g&eacute;es par les gardes-fronti&egrave;res russes. Cette photo a &eacute;t&eacute; prise &agrave;&nbsp;&quot;New District&quot; dans&nbsp;Soukhoumi. Ce quartier &eacute;tait sur la ligne de front pendant la guerre, d&#39;o&ugrave; la destruction de nombreux immeubles.&raquo;<br />

Abkhazie, Soukhoumi, le 9 septembre 2015 | Ksenia Kuleshova

 

«L'Abkhazie est reconnue par la Russie et quelques autres pays, mais elle fait encore partie officiellement de la Géorgie. Elle possède un intérêt stratégique pour la Russie en raison de son accès à la mer Noire. Environ la moitié du budget de l'État abkhaze est financée par l'aide de la Russie. D'ailleurs, la plupart des Abkhazes ont un passeport russe. La Russie maintient aussi une force de 3.500 hommes dont le QG est à Gudauta, une ancienne base militaire soviétique sur la côte de la mer Noire. Les frontières de la République d'Abkhazie elles-mêmes sont protégées par les gardes-frontières russes. Cette photo a été prise à "New District" dans Soukhoumi. Ce quartier était sur la ligne de front pendant la guerre, d'où la destruction de nombreux immeubles.»


Abkhazie, Sukhum, le 26 janvier 2016. | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;J&rsquo;ai pris cette photo lors d&rsquo;un cours &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie militaire de Soukhoumi. C&#39;&eacute;tait une exp&eacute;rience tr&egrave;s int&eacute;ressante. D&#39;abord d&rsquo;y avoir acc&egrave;s et ensuite d&rsquo;y travailler. Il &eacute;tait difficile d&#39;&ecirc;tre &ldquo;invisible&rdquo;&nbsp;l&agrave;-bas et il a fallu beaucoup de temps avant que les gar&ccedil;ons cessent de faire attention et que je puisse commencer &agrave; prendre des photos.&raquo;<br />

Abkhazie, Sukhum, le 26 janvier 2016. | Ksenia Kuleshova

 

«J’ai pris cette photo lors d’un cours à l'Académie militaire de Soukhoumi. C'était une expérience très intéressante. D'abord d’y avoir accès et ensuite d’y travailler. Il était difficile d'être “invisible” là-bas et il a fallu beaucoup de temps avant que les garçons cessent de faire attention et que je puisse commencer à prendre des photos.»


Abkhazie, Soukhoumi, le 17 mai 2016. | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;Pour moi, l&#39;Abkhazie est avant tout une &ldquo;terre de l&#39;&acirc;me&rdquo;, pas seulement parce que c&rsquo;est ce qu&rsquo;elle veut dire en langue locale, mais &agrave; cause des gens. Ils sont ouverts, chaleureux et amicaux. J&#39;ai beaucoup appris d&#39;eux. Avec ce projet je souhaite me concentrer sur les c&ocirc;t&eacute;s positifs malgr&eacute; toutes les choses n&eacute;gatives!&nbsp;C&#39;est pour cette raison que j&#39;ai photographi&eacute; l&#39;ensemble National de Danse &ldquo;Caucase&rdquo;&nbsp;qui se pr&eacute;pare avant un spectacle. D&egrave;s mon premier voyage en Abkhazie, j&#39;ai &eacute;t&eacute; fascin&eacute;e par les danses nationales, &eacute;l&eacute;gantes et passionn&eacute;es, et par la musique. En langue locale, Akhazie signifie &ldquo;pays de l&#39;&acirc;me&rdquo;. J&#39;ai trouv&eacute; cette &ldquo;&acirc;me&rdquo;&nbsp;dans les danses et la musique.&raquo;<br />

Abkhazie, Soukhoumi, le 17 mai 2016. | Ksenia Kuleshova

 

«Pour moi, l'Abkhazie est avant tout une “terre de l'âme”, pas seulement parce que c’est ce qu’elle veut dire en langue locale, mais à cause des gens. Ils sont ouverts, chaleureux et amicaux. J'ai beaucoup appris d'eux. Avec ce projet je souhaite me concentrer sur les côtés positifs malgré toutes les choses négatives! C'est pour cette raison que j'ai photographié l'ensemble National de Danse “Caucase” qui se prépare avant un spectacle. Dès mon premier voyage en Abkhazie, j'ai été fascinée par les danses nationales, élégantes et passionnées, et par la musique. En langue locale, Akhazie signifie “pays de l'âme”. J'ai trouvé cette “âme” dans les danses et la musique.»


Abkhazie, village de Kamani, le 19 janvier 2016 |&nbsp;Ksenia Kuleshova</p>
<p>&laquo;Hegumen Ignatiy est rest&eacute; dans l&#39;eau froide plus de vingt minutes pendant que les gens plongeaient dans l&#39;eau b&eacute;nite, selon la tradition chr&eacute;tienne. Les festivit&eacute;s religieuses sont toujours tr&egrave;s myst&eacute;rieuses, notamment parce que les c&eacute;r&eacute;monies ont toujours lieu la nuit.&raquo;<br />

Abkhazie, village de Kamani, le 19 janvier 2016 | Ksenia Kuleshova


«Hegumen Ignatiy est resté dans l'eau froide plus de vingt minutes pendant que les gens plongeaient dans l'eau bénite, selon la tradition chrétienne. Les festivités religieuses sont toujours très mystérieuses, notamment parce que les cérémonies ont toujours lieu la nuit.»


Abkhaziae, village de Duripsch, le 9 mai 2016 |&nbsp;Ksenia Kuleshova</p>
<p>&laquo;Etluhov Islam (38 ans) c&eacute;l&egrave;bre sa victoire lors d&#39;une course &eacute;questre. Des courses hippiques importantes et des comp&eacute;titions nationales de horse-football par exemple ont lieu deux fois par an en Abkhazie: le 9 mai (jour de la victoire en URSS qui c&eacute;l&egrave;bre la fin de la Seconde Guerre mondiale) et le 30 septembre (guerre entre la G&eacute;orgie et l&#39;Abkhazie).&raquo;<br />

Abkhaziae, village de Duripsch, le 9 mai 2016 | Ksenia Kuleshova


«Etluhov Islam (38 ans) célèbre sa victoire lors d'une course équestre. Des courses hippiques importantes et des compétitions nationales de horse-football par exemple ont lieu deux fois par an en Abkhazie: le 9 mai (jour de la victoire en URSS qui célèbre la fin de la Seconde Guerre mondiale) et le 30 septembre (guerre entre la Géorgie et l'Abkhazie).»


Abkhazie, Soukhoumi, le 11 mai 2016 | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;Aditsa Tsikytania, mondaine, blogueuse de mode, pose dans son salon.&nbsp;Comme je l&#39;ai d&eacute;j&agrave; mentionn&eacute;, les gens vivent comme dans une bulle, parce que leur pays n&#39;est pas reconnu. En travaillant sur le projet &ldquo;Abkhazia&rdquo;, j&#39;ai d&eacute;couvert que les gens profitaient de chaque&nbsp;moment, appr&eacute;ciaient le bonheur et la joie de la vie quotidienne, et ce malgr&eacute; un conflit en cours, une situation &eacute;conomique difficile et un isolement politique.&raquo;<br />

Abkhazie, Soukhoumi, le 11 mai 2016 | Ksenia Kuleshova

 

«Aditsa Tsikytania, mondaine, blogueuse de mode, pose dans son salon. Comme je l'ai déjà mentionné, les gens vivent comme dans une bulle, parce que leur pays n'est pas reconnu. En travaillant sur le projet “Abkhazia”, j'ai découvert que les gens profitaient de chaque moment, appréciaient le bonheur et la joie de la vie quotidienne, et ce malgré un conflit en cours, une situation économique difficile et un isolement politique.»


Abkhazie, village de Bzyb, le 14 mai 2016 |&nbsp;Ksenia Kuleshova</p>
<p>&laquo;En route vers le lac Ritsa, j&#39;ai travers&eacute; le village de Bzyb et j&#39;ai remarqu&eacute; le panneau &ldquo;Zoo &agrave; la maison&rdquo;. Il y avait un lion non attach&eacute; qui se l&eacute;chait les babines et une femme avec un enfant &ndash;c&#39;est ce que j&#39;ai vu quand j&#39;ai ouvert la porte. &ldquo;Ne t&#39;inqui&egrave;te pas, le lion vient de manger!&rdquo;&nbsp;m&#39;a dit l&#39;homme, le propri&eacute;taire de ce zoo. En payant un petit droit d&#39;entr&eacute;e pour les animaux, vous pouvez &eacute;galement voir d&#39;autres animaux et oiseaux.&raquo;<br />

Abkhazie, village de Bzyb, le 14 mai 2016 | Ksenia Kuleshova


«En route vers le lac Ritsa, j'ai traversé le village de Bzyb et j'ai remarqué le panneau “Zoo à la maison”. Il y avait un lion non attaché qui se léchait les babines et une femme avec un enfant –c'est ce que j'ai vu quand j'ai ouvert la porte. “Ne t'inquiète pas, le lion vient de manger!” m'a dit l'homme, le propriétaire de ce zoo. En payant un petit droit d'entrée pour les animaux, vous pouvez également voir d'autres animaux et oiseaux.»


Salon de beaut&eacute; New Fantasy,&nbsp;Abkhazie, Soukhoumi, le 10 mai 2016 | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;L&rsquo;Abkhazie ne fait pas l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement m&eacute;diatique. C&#39;est comme un endroit perdu sur la carte du monde. La plupart des Europ&eacute;ens ne savent m&ecirc;me pas que l&#39;Abkhazie existe et ne savent rien de ce conflit. Quand j&#39;ai essay&eacute; de publier mon travail, on m&rsquo;a souvent r&eacute;pondu que le pays &eacute;tait trop loin et qu&rsquo;il n&rsquo;int&eacute;ressait personne. Ou alors on me disait &ldquo;il n&#39;y a pas de terroristes l&agrave;-bas, ce n&#39;est pas si int&eacute;ressant&rdquo;. Je ne suis pas d&#39;accord avec cette opinion. Le fait que beaucoup d&#39;Europ&eacute;ens ne le connaissent pas du tout rend l&#39;histoire encore plus int&eacute;ressante!&raquo;<br />

Salon de beauté New Fantasy, Abkhazie, Soukhoumi, le 10 mai 2016 | Ksenia Kuleshova

 

«L’Abkhazie ne fait pas l’objet d’un traitement médiatique. C'est comme un endroit perdu sur la carte du monde. La plupart des Européens ne savent même pas que l'Abkhazie existe et ne savent rien de ce conflit. Quand j'ai essayé de publier mon travail, on m’a souvent répondu que le pays était trop loin et qu’il n’intéressait personne. Ou alors on me disait “il n'y a pas de terroristes là-bas, ce n'est pas si intéressant”. Je ne suis pas d'accord avec cette opinion. Le fait que beaucoup d'Européens ne le connaissent pas du tout rend l'histoire encore plus intéressante!»


Abkhazie, Pskhu, le 5 septembre 2015 | Ksenia Kuleshova</p>
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<p>&laquo;Cette route m&egrave;ne au village de Pskhu. Au cours de l&#39;&eacute;t&eacute; 1942, la Wehrmacht a occup&eacute; ce village qui se trouve dans la vall&eacute;e &eacute;ponyme entre les cha&icirc;nes du Grand Caucase et Bzyb. Il est difficile de l&#39;atteindre, et rares sont les Abkhazes qui y sont d&eacute;j&agrave; all&eacute;s. J&#39;ai eu beaucoup de chance de pouvoir y passer deux jours.&nbsp;J&#39;ai commenc&eacute; ce travail sur l&#39;Abkhazie en 2015 alors que j&rsquo;&eacute;tais &eacute;tudiante&nbsp;en premier cycle &agrave; l&#39;Universit&eacute; des Sciences Appliqu&eacute;es et des Arts de Hanovre, en Allemagne. Je suis depuis revenue trois fois et je compte y retourner d&eacute;but 2018.&raquo;<br />

Abkhazie, Pskhu, le 5 septembre 2015 | Ksenia Kuleshova

 

«Cette route mène au village de Pskhu. Au cours de l'été 1942, la Wehrmacht a occupé ce village qui se trouve dans la vallée éponyme entre les chaînes du Grand Caucase et Bzyb. Il est difficile de l'atteindre, et rares sont les Abkhazes qui y sont déjà allés. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir y passer deux jours. J'ai commencé ce travail sur l'Abkhazie en 2015 alors que j’étais étudiante en premier cycle à l'Université des Sciences Appliquées et des Arts de Hanovre, en Allemagne. Je suis depuis revenue trois fois et je compte y retourner début 2018.»

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