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L’Afrique est devenue le dépotoir des véhicules dont l’Europe et le Japon ne veulent plus

Par Laurence Caramel
L’Afrique est devenue le dépotoir des véhicules dont l’Europe et le Japon ne veulent plus

Un rapport onusien rappelle que l’importation, souvent non règlementée, de véhicules vieux et dangereux génère une pollution massive dans les villes du continent.

Quel passager d’un taxi de Dakar ou de Cotonou n’a pas suffoqué dans une Mercedes ou une Peugeot sans âge ? Les voitures d’occasion que l’Europe ou le Japon déversent dans les pays africains sont à l’origine d’une pollution massive dans les villes du continent.

Périmés au regard des standards environnementaux ou de sécurité en vigueur dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), ces véhicules trouvent un dernier débouché dans les pays les plus pauvres, où seule une minorité de privilégiés peut accéder à la voiture neuve et où la réglementation des importations est peu exigeante sinon inexistante.

L’Afrique a acheté plus de 40 % des 14 millions de véhicules d’occasion exportés dans le monde entre 2015 et 2018. Et la majorité sont entrés sur le continent par les ports du Nigeria, de Libye, de Tanzanie, de Guinée ou du Ghana.

Face à un problème sanitaire croissant, la régulation de ce commerce est devenue un enjeu dont la responsabilité incombe autant aux gouvernements locaux qu’aux pays exportateurs. Le travail mené sur 146 pays en développement par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et publié lundi 26 octobre permet pour la première fois de mieux cerner les contours de ces réseaux commerciaux.

En Afrique, il apparaît ainsi que seuls quelques pays ont pris des mesures fortes pour contrôler ce marché en pleine expansion. L’Afrique du Sud, l’Egypte et le Soudan ont adopté la politique la plus stricte en interdisant l’importation de véhicules d’occasion. Le Maroc autorise uniquement les véhicules de moins de cinq ans. Comme le Tchad, la Côte d’Ivoire ou le Gabon. L’île Maurice a fixé cette limite à trois ans. Mais dans trente pays, il n’existe encore aucune disposition pour recaler les véhicules les plus vieux. Si bien qu’en Gambie par exemple, leur âge moyen est de 19 ans.

Un enjeu sanitaire et climatique

L’absence de contrôle est plus répandue encore en matière d’émissions polluantes puisque seuls quatre pays – Maroc, Rwanda, Ghana et Nigeria – exigent le respect de l’une des normes européennes EURO. « Les pays qui ont les réglementations les plus faibles sont aussi ceux où le taux d’accidents mortels sur les routes est le plus élevé », pointe le rapport en citant pour exemple le Burundi, le Zimbabwe ou le Malawi. Dans ce dernier, 97 % de l’accroissement du parc automobile est satisfait par des importations de véhicules d’occasion.

« Les pays développés doivent cesser d’exporter des véhicules qui ne sont plus autorisés à rouler dans leurs propres pays et les pays en développement doivent fixer des normes », exhorte Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE, pour mettre fin au déversement de « véhicules vieux, dangereux et polluants ». L’organisation onusienne va lancer un programme pour aider les pays à introduire des normes minimales sur le marché de l’occasion. L’Afrique est la première visée.

Les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont déjà pris l’initiative d’interdire à partir de janvier 2021 les véhicules qui ne respecteraient pas les normes de pollution européennes EURO 4.

A côté de la question sanitaire, l’enjeu est aussi climatique. Le secteur des transports contribue de manière importante aux émissions de gaz à effet de serre, près d’un quart des émissions mondiales liées à l’énergie. Le parc automobile mondial va doubler sinon tripler au cours des 30 prochaines années. 90 % de cette croissance se produira dans les pays en développement.

Laurence Caramel

 

Post-scriptum: 
En Ethiopie, la 404 Peugeot continue de circuler. PNUE-Duncan Moore

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