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L’ANCIENNE MAIRIE DE SAINT-BARTHÉLEMY : UN « CENTRE CULTUREL » SUÉDOIS ?



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Ainsi donc, dans les deux mois prochains, procédera t-on à la démolition de l'ancienne mairie, qui il n'y a pas si longtemps figurait encore sur la «  Visite de Gustavia  » proposée par l'office du tourisme, comme l'un de ses «  édifices à vous faire battre le cœur  »... Gare tout de même aux palpitations ! Et M. Simmonet a sans doute frôlé l'arrêt cardiaque lorsque, dans son allocution du 24 août dernier, M. Bruno Magras nous annonça fièrement que sa construction remontait à 1854 !!! Le problème, quand il nous sort comme ça des dates de son chapeau, c'est qu'on se prendrait presque à douter du reste de ses propos. Mais qui, par exemple, ici, oserait remettre en cause que Mr Magras, de longue date, «  souscrit bien évidemment aux énergies renouvelables  » ? Il suffit pour s'en convaincre de se référer au mirifique projet de Mr Balaize pour la réalisation d'une ferme de production photovoltaïque avec son bassin de pisciculture en arrière de la dune de Saline, auquel le Conseil Territorial donnera sous peu et à n'en pas douter un avis favorable sur le principe, par 4 voix pour, 3 voix contre et 11 abstentions... Qui, par exemple, oserait douter de son émoi pour nos zones naturelles ? 7000 m² de culture maïs OGM pour nourrir au grain fin 40 tourterelles ! Non, assurément : la bécassine n'est pas prête de perdre pied... et l'association « St Barth Environnement » peut désormais coller ses éoliennes au derrière des vaches, nuisibles s'il en est à l'effet de serre.

 

Mais revenons à nos cabris :

 

En appui des plans de Gustavia établis par Samuel Fahlberg, où la maison apparaît entre 1796 et 1799, la plus ancienne mention connue de ce « bâtiment historique » remonterait à 1802, et nous est rapportée à la toute dernière page du «  Who Was Who in St. Bartholomew during the Swedish epoch », au nom «  Östrom  » ; le « Ö » figurant manifestement parmi les dernières lettres de l'alphabet suédois, ce que nous aurons bientôt tout loisir d'apprendre au « centre culturel » du même nom, où parait-il on devrait également dispenser des cours de russe. Sans qu'il ne sache qu'il est là question de l'ancienne mairie, M. Per Tingbrand nous rapporte en effet que le 21 septembre 1802, un dénommé Daniel Öström, commerçant, écrivit à la « Cours de Justice » pour se plaindre, qu'étant malade, il était dérangé journellement par des assemblées de Nègres qui avaient installé un marché au bas de sa maison, sur Kungsgattan [rue du Roi Oscar II] «  where every now and then quarrels, scuffles, rows of all kinds, dancing, singing, drumming etc take place daily  »... Et trois ans plus tard, sa veuve, Esther Öström, passa l'annonce suivante dans le journal local «  The Report of St. Bartholomew  » [n° 51 du 11 mai 1805] : «  The undersigned, intending shortly for Europe, offers for sale or in the mean time for Rent, that commodious house, the property and heretofore Residence of her late Husband Mr. Daniel Öström deceased, situated within this Town in the street called Kungs Gatan, (Kings Street) Counting a large Hall, six Chambers, two Galleries, a large and convenient store with Compting-Room, shelves & Counter, also three small pleasant Chambers in the Yard, a large Cistern, Negroe-Rooms, Kitchen, Cellar, Pantry, the said Yard being well inclosed and paved and all in compleat order and good repair. Any person inclinable to purchase or rent may know the terms and further particulars by applying to ESTHER ÖSTRÖM . »

Tous les "travaux" publiés jusqu'ici ont toujours affirmé, se recopiant l'un l'autre, que l'ancienne mairie était au départ la « maison des douanes », et ce dès l'époque de la Swedish West Indian Company , cette compagnie à laquelle on avait accordé jusqu'en 1805 les privilèges du commerce à Saint-Barthélemy, dont le droit à la traite des Nègres sur les côtes d'Afrique ;  il n'en est rien : ce bâtiment est au départ une maison particulière et c'est en 1814 qu'elle refait surface dans les archives conservées en Suède, des archives manifestement insuffisamment exploitées... en tous cas par M. Magras. Mais qu'il soit rassuré : après la bénédiction du presbytère avec "salle d'archives dans les soubassements", il serait désormais question de 375 m² de "Stockage Collectivité" sur les plans du sous-sol de l'EHPAD : de quoi couler une retraite bienheureuse et d'ores et déjà si méritée.

 

Revenons donc à notre vieille dame ; puisqu'on va la mettre à terre il est urgent de lui rendre toute sa jeunesse : en mars 1817 donc, l'un des prédécesseurs de M. Magras, M. Robert Stackelberg, se retrouve à Stockholm à devoir se défendre de sa mauvaise gestion des finances de St Barthélemy (tout le contraire de M. Magras donc, pour qui aura bien retenu la leçon), et est tenu entre autre de s'expliquer sur «  une somme de 1000 P. en loyer qu'il s'est attribué du mois de Juillet 1815 à juillet 1816, pour la maison dite d'Öström acheté du c. d. Justicier Ollongren, pour servir de bureau de douane pour une Somme de 4900 P.  », et c'est par cette seule mention de «  maison dite d'Öström  » qu'on comprend maintenant de quelle maison il s'agit; Maison qui n'est devenue "officiellement" « maison des douanes » qu'à la date de la transaction portée au 11 Sept. 1816, lot n°34, quartier « Svearne », sur le cadastre suédois toujours conservé à Gustavia, Saint-Barthélemy. L'achat de cette maison par Stackelberg, vers le 30 Novembre 1814, pour son compte, est relaté dans son «  Très Humble Rapport  » du 15 Juin 1815 : «  Parmi les mesures prises ici qui ne conviennent guères aux intérêts de Votre Majesté et de la Couronne, on peut compter avec raison l'usage reçu de louer une maison pour servir de bureau de douane. Dès mon arrivée ici on a dépensé annuellement une somme de 1000 Piastres pour cet objet, laquelle pourrait être epargnée dans peu d'années en achetant une maison convenable . (...)   j'ai acheté du Senechal Ollongren une maison avec Magazin, citerne et bâtimens de basse-cour necessaires y compris divers vieux meubles, le tout pour une Somme de 4900 Piastres  » ; le gouverneur Stackelberg proposant alors à Sa Majesté de la lui racheter pour servir de bureau de douane «  à quoi elle est propre à tous égards  », en lui forçant quelque peu la main : «  en attendant la haute décision de Votre Majesté sur cet objet, je me suis proposé de faire transporter dans cette maison le bureau de la douane, le 1 er Juillet prochain, à charge du loyer auparavant  »... Stackelberg empochant ainsi directement le loyer ! Si c'était pas un malin celui-là : pas vrai M. Magras ?

Ainsi cette histoire ne tient qu'à trois mots, «  maison dite d'Öström  », mais restait toutefois à les retrouver : collection « Pommerska expeditionen och kolonialdepartementet 1810-1878  », registre «  B.II.2. Koncept i kolonialärenden (1815-1817)  », parce qu'il est bon de citer ses sources... Ils ne doivent pas être nombreux ceux qui sont allés chercher là dedans, et ce n'est pas M. Magras qui me contredira : grand adepte du langage de la vérité, mais qui nous sort comme ça un « 1854 » de son beau chapeau bien pendu ; allons bon ! Et ce n'est pas tout, car voilà le projet : «  démolir l'ancienne mairie mais pour la rénover la reconstruire dans des conditions fonctionnelles et dans des conditions autres que ce qu'elle était  » (RSB 11/07/2009) et toujours, sans décodeur, le 24 août : «  le bâtiment qui abritait l'ancienne Mairie et qui aujourd'hui, menace ruine, sera démoli et totalement reconstruit, afin de répondre aux normes en vigueur et aux besoins de fonctionnalité qui n'existaient pas en 1854 lors de sa construction. Pour autant, tout sera entrepris pour sauvegarder son aspect historique  »... et ben bon dieu ! Si avec ça on n'est pas dans « Surprise Surprise » !!! Mais qu'est-ce que vous allez y mettre là dedans M. Magras ? C'est ça qui nous intéresse ! Attendez, laissez-moi deviner, toutes les fonctionnalités qui n'existaient pas en 1854 : cuisine, sdb, toilettes, etc... ? C'est pour un appartement de fonction pour notre Président ? pour notre Sénateur voire notre improbable futur Député ? comme au bon vieux temps de nos derniers gouverneurs suédois...

 

Non, pour qui aura bien suivi le feuilleton, une étudiante suédoise s'est amourachée du bâtiment à l'époque de son diplôme d'école d'architecture soutenue à Götheborg en 2002 : «  Le terrain suédois - Cultural centre in Saint-Barthélemy French West Indies, Göteborg, Chalmers tekniska högskola, Institutionen för modern arkitektur, Diploma work, Theme Modern Architecture. Jenny Berghede », et nous soutient depuis mordicus que l'ancienne mairie «  sera certainement restaurée et deviendra une "maison culturelle suédoise"  » [ 2008. Jenny Stening : Gustavia Saint-Barthélemy : promenade architecturale historique - architectural historic walk - arkitekturhistorisk promenad, Göteborg, Berghede arkitektur och design ]... mais "restaurer", ce n'est pas "démolir" et "reconstruire", n'est-ce pas ? et «  démolir pour rénover  » (B.M. RSB 11/07/2009), ça... je n'ai jamais encore vu faire : une première mondiale ! Mais ma foi, si ça vous va... après tout, moi, je suis comme vous tous : je m'en moque pas mal ; et puis de toute façon, on l'a déjà vu à l'œuvre le «  tout sera entrepris pour sauvegarder son aspect historique  » où on a bien pris soin d'éviter l'écueil du «  tout sera reconstruit à l'identique  » : 100 mètres plus loin, le « Major de la Place » s'en retourne encore dans sa tombe. Non monsieur Magras, si vous souhaitez vraiment rénover - restaurer : visez donc plutôt les Archives... et fissa ; ça vous fera le plus grand bien. Juste avant de la mettre par terre, il était quand même grand temps de lui rendre ses premières années à notre fameuse maison des douanes de la Swedish West Indian Company de 1854...

 

RDV à la prochaine date M. Magras

le 11 septembre ? pour la réception des offres pour procéder à la démolition de l'ancienne marie  ?

Sainte Mairie, priez pour lui

 

BEN LEDEE


{{ {Élévation par Gustave Ekerman, "Ingénieur du Gouvernement" (30 mars 1846), dans le cadre de son inspection des bâtiments de Sa Majesté et de la Couronne suédoise; la valeur du lot n°34 y compris tous les bâtiments qui s'y trouvent, dont la "Custom House", est portée à $ 800 Spanish dollars [SBS 15 -Riksarkivet - Stockholm]. Quinze jours plus tard, le 15 juin 1846, Gustave Ekerman, désigné président du Comité d'émancipation graduelle et d'évaluation des esclaves, enregistrera la toute première évaluation, Henrietta Louisa, 15 ans : $ 120 Spanish dollars...} }}

{{ {Ancienne mairie de Saint-Barthélemy ("Maison d'Öström" puis "Custom House" puis...), en souffrance.} }}

{ {{Un clonage architectural mal négocié : la « Paierie Territoriale », originellement : Maison du « Major de la Place ».}} }

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