Accueil

LE BRUIT DES BOTTES RÉSONNE

Térèz Léotin

Le  ton est donné ! Il n'y a pas place pour la contradiction. "Lè ou lé, la ou lé" ! (Où tu veux, quand tu veux). "Sé pa ansel manman ka fè yich méchan." (Il n'y a pas qu'une mère à enfanter des brigands), ainsi parla, non pas Zarathoustra qui introduisit dans la société perse des prescriptions morales rigoureuses, non, cherchez l'intrus, en suivant sa méthode :

Les divergences tu réprimeras.

Les opposants tu humilieras.

De partisans dévoués farouchement à ta cause tu t'entoureras

L'adversaire tu terroriseras

Aux citoyens tu mentiras

Et vers ta dictature ainsi tu avanceras.

Tu  avanceras en te dirigeant vers le totalitarisme de Pinochet,... vers le  macoutisme de Duvalier. En avant "mach"

"Lè ou lé, la ou lé"

"Lè ou lé, la ou lé"

On avance.

Nous sommes où là ? En Martinique.  Celle qui avance bizarrement sur une route répugnante.

Celle qui avance en méprisant les autres, et  voici l'homme qui se montre en tête de cette marche.

Au pays de Fanon, on traite Bilé, d'origine africaine, de Goebbels, parce qu'il se fait réticent, parce qu'il ne fait pas allégeance, parce qu'il informe honnêtement, parce qu'il dit la vérité. On traite aussi certains élus "de chiens qui se seraient vêtus en homme." On pratique le harcèlement. On traite telle honnête femme de vermine à karchériser parce qu’elle veut assainir son institution. On soutient les malhonnêtes de tous bords.Par des pratiques  très proches de l'arnaque, on veut transbahuter les deniers de l'État sur les planches d'une vedette, pas pour celles du showbiz, mais celles d'un business douteux. Ailleurs on crée des soutiens fictifs.

Voilà le bilan non exhaustif.

Peut-on rester muet ? Rester muet c'est approuver. Il faut le savoir.

Le grand Césaire que d’aucuns veulent transformer coûte que coûte en marionnette, n'a été ni un dévoyé, ni une fripouille, ni un gangster. S'il fut hors-la-loi, dans le temps où il était renié par tous ceux qui l'idolâtrent aujourd'hui, ce fut pour la bonne cause, celle où il fut la bouche de ceux qui n'avaient pas de voix, lorsqu'il défendait la lutte des opprimés, combattait le racisme, désapprouvait la négrophobie, reconnaissait la négritude, soutenait Mandéla, admirait le mahatma Gandhi, applaudissait la lutte de Martin Luther King jr, et saluait fièrement l'humaniste et anticolonialiste Jean-Paul Sartre.

Nous ne le voyons pas, lui le leader Césaire, l'homme fondamental, brandir le doigt d'honneur dans l'hémicycle, en guise de drapeau. Nous savons qu'il ne traiterait personne de "chiens habillés en homme" comme le fit la Dame, qu'il aurait semble-t-il fait sauter sur ses genoux, jadis, lorsqu'elle était enfant. Nous ne pensons pas du tout qu'il traiterait son prochain de "vermine" et encore moins une Présidente d'Université. Nous ne l'entendons pas apostropher un opposant à sa cause en lui lançant : "Lè ou lé, la ou lé" ! Il savait prendre de la hauteur. Lui. Vraiment.

Le régime de la terreur est en marche, ô peuple entends le bruit des bottes des macoutes, nervis et alliés. Il résonne. Entends-le. Entends-le, donc. Il est encore temps.... Il est encore temps.

Térèz Léotin

Pages