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LE CANAL DE PANAMA. Une des voies qui ont changé nos vies

Térez LEOTIN
LE CANAL DE PANAMA. Une des voies qui ont changé nos vies

   Un jeune berger, surnommé Bénezet, descendit en 1177 des montagnes de l’Ardèche, pour rejoindre Avignon. Aidé en cela par les puissances divines, le jeune âgé de douze ans va charger une pierre énorme sur ses épaules et la jeter dans le fleuve. L’édification d’un pont sur le Rhône dont on connait assez le tempérament fougueux sera un défi.

   C’est ainsi que naitra la légende de Saint Bénezet qui est passée dans la mémoire collective. Et, l’on chante encore : « Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse ». 

   Beaucoup d’eau a coulé depuis, et l’on ne danse plus ni sous, ni sur ce pont d’Avignon sauf dans la ritournelle connue de nous tous. « Ce pont, poste-frontière à l’époque entre l’État pontifical et le territoire de France, était l’un des seuls pour traverser le Rhône sur des kilomètres en amont et en aval, » 

   Nous le savons. Nous connaissons la chanson. Nous connaissons toutes ces chansons d’ailleurs. Ce qui ne nous laisse guère le temps de connaitre les nôtres. Celles que nous devons à la force du courage de nos ancêtres. Soit parce que nous les ignorons, ou parce qu’on nous a appris à les ignorer, ou encore parce qu’aucun livre ne nous a donné à fréquenter leurs airs, jugés peut-être trop déviants.  

   Nous parlerons ici non pas d’un pont mais d’un canal qui a changé les habitudes maritimes : le Canal du Panama. Un canal, qui - si l’on s’était contenté des propos de ce jésuite intégriste qui « condamne publiquement le projet comme étant démoniaque et sacrilège, » parce que « l’on ne doit pas modifier l’œuvre du Créateur qui a érigé les montagnes pour protéger les terres des océans en furies » - n’aurait jamais vu le jour. Cet homme d’Église eut été un des premiers hommes sur terre,  on n’eut jamais fabriqué le beurre, ni  inventé la roue qui fut une des premières révolutions. 

   C’était une bande de terre. Elle se trouvait entre la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique. On y percera un canal maritime, qui va la traverser, reliant ainsi l’océan Pacifique et l’océan Atlantique. Sa construction a été une entreprise gigantesque. « Les navires  n’ont alors plus besoin de descendre à la pointe de l’Amérique du Sud en passant par le Cap Horn. Le parcours de New York à San Francisco n’est plus que de 9 500 kilomètres, soit la moitié des 22 500 kilomètres du voyage par le cap Horn ». Son influence sur le trafic maritime est incroyable. » Le canal de Panama a été construit longtemps après le passage du Génois à l’origine de génocides.  

   Joseph Jos avait déjà fait paraitre un ouvrage : « Guadeloupéens et Martiniquais, au canal de Panama Histoire d’une émigration » aux Éditions l’Harmattan en 2004 

   Ce qui fait l’originalité de l’ouvrage d’André Exbrayat, ardéchois comme saint Bénézet, mais martiniquais d’adoption, c’est qu’en nous remémorant, à son tour, ce pan de notre passé, il s’aide de cartes postales issues de la collection privée d’André Stella, collectionneur de cartes postales anciennes. Ils vont ainsi avec ces trésors, rappeler à la mémoire de ceux qui en ont de lointains souvenirs ou à ceux qui n’en savent rien, notre histoire. Celle qui nous a forgés. Exbrayat nous parle dans son ouvrage intitulé : Ces  Martiniquais & Guadeloupéens qui ont creusé le canal de Panama, de l’édification de l’isthme de Panama et décrit comment ce canal doit sa construction à la force de bras martiniquais, et guadeloupéens, entre autres. De tous ceux qui partaient pour la ville de Colòn, dont j’ai entendu parler dans mon enfance, en confondant bien malgré moi, dans ma grande ignorance, Colon (le colon), Cristobal Colòn, ce grand « découvreur » de pays qui étaient pourtant habités, et surtout Colòn, nom qui sera donné à la ville de Aspinwall, où étaient partis notamment des Spiritains que j’ai pu connaitre à leur retour. Yo té sôti Kolon, disait-on au pays. (Ils arrivaient de Colon.) « L’idée d’un canal à Panama qui va permettre de traverser cette portion de terre est un rêve séculaire porté  par les plus grandes nations et  remonte au début du XVIe siècle. La construction des 77 kilomètres du canal a été parsemée d’embuches de toute sorte, de maladies tropicales, d’épidémies telles que le paludisme, la fièvre jaune. Le nombre de travailleurs qui périrent durant la construction a été évalué à plusieurs dizaines de milliers. »

   Depuis son ouverture, le canal a remporté un énorme succès et continue d’être un point de passage stratégique pour région et la navigation. 

   Avant et après l’éruption de la montagne Pelée, nous y avons laissé notre sueur sous ce travail harassant, perdu notre sang lors des éboulements aussi fréquents que soudain, et partagé notre soif d’aider à construire le monde. Il le fallait sans doute, car Le Créateur nous a mis à disposition de l’intelligence, pour nous en servir. IL nous a donné du bois, pour qu’on en fasse aussi du feu, pas seulement pour qu’on l’admire, dans une attitude oisive, béate et stérile.

   Je vous recommande l’ouvrage absolument. C’est un beau livre tant au niveau esthétique que par son intérêt historique. Un livre à offrir et à s’offrir.

                                                                                                                                                                         Térèz LEOTIN 

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