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LE CONSEILLER REGIONAL LOUIS BOUTRIN OPPOSÉ A LA DEROGATION SUR L’INTERDICTION DE L’EPANDAGE AERIEN

M. le Président,

Chers (es) Collègues (es)

Mesdames et Messieurs,

Je n’avais pas l’intention d’intervenir dans ce débat qui n’était pas à l’ordre du jour de cette plénière et ceci pour deux raisons essentielles :

•• Ce que j’ai à dire sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture martiniquaise, je l’ai déjà dit dans mon livre « Chronique d’un empoisonnement annoncé » (co-écrit avec Raphaël Confiant) où j’ai dénoncé en 2007, le scandale du Chlordécone.

•• Ce que j’ai à dire sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture martiniquaise, je l’ai déjà dit au juge du Pôle Santé du Tribunal de Grande Instance de Paris, puisque j’ai porté plainte pour administration de substance dangereuse et mise en danger de la vie d’autrui et que ma plainte a été délocalisée à Paris.

Mais, j’interviens malgré tout car,

•• Je n’accepte pas que l’on vienne ici me traiter d’assassin quand je refuse de succomber au diktat et au chantage tel que cela vient d’être fait ce matin

•• Je n’accepte pas que l’on vienne ici me traiter d’irresponsable quand, justement, je refuse de me substituer à la responsabilité de l’autorité préfectorale, car c’est à lui et non pas à nous autres élus de prendre cette dérogation. Une directive européenne a été transposée dans le droit interne français depuis 2009 pour interdire l’épandage aérien. Sous l’influence du lobby de la banane, des dérogations ont été prévues par la loi française. Il appartient au Préfet d’examiner la situation et de décider d’accorder ou non cette dérogation. La loi n’a pas prévu de consultation ni d’avis des élus locaux !

Alors, arrêtez donc ce diktat et votre chantage aujourd’hui, ici même dans l’hémicycle du Conseil Régional : « …sé pa ba Préfet nou ka voté, sé ba zot nou ka voté ! »

Et, dans un esprit d’ouverture, car j’ai bien entendu le cri des agriculteurs qui se sont exprimés, je ne suis pas sourd, puisqu’il s’agit d’un véritable cri de désespoir, il nous faut trouver des solutions alternatives et le Collègue l’a rappelé, il en existe !

Je rappelle aux agriculteurs qui sont intervenus ici qu’il ne faut pas qu’ils se trompent de cibles car, personnellement, j’ai toujours été à leur côté, y compris quand il fallait demander audience au Préfet Mancini pour revendiquer des dispositifs d’indemnisation et un suivi médical pour ceux qui ont été au contact du Chlordécone.

Je ne suis donc pas sourd, mais comment peut-on raisonnablement accorder une dérogation de 2 ans (même de 3 ans comme vient de le dire M. Berthome, le Pt de la Chambre d’Agriculture) sans avoir une garantie que les pratiques culturales changeront et qu’à l’issue de ces 2 années, on ne nous demandera pas une nouvelle dérogation et là, on tombe dans la spirale des dérogations à répétition. D’ailleurs, c’est à l’issue d’une triple dérogation, accordée par trois Ministres de la République successifs, que l’on a débouché sur ce scandale du Chlordécone.

Je suis opposé à la dérogation sur l’épandage aérien car :

A ce jour, pratiquement 20 ans après la Loi sur l’eau de 1992, il n’y a toujours pas les périmètres de protection des points de captation de l’eau potable, captation qui se fait au cœur du triangle de la banane, dans le Nord, et qui alimente les usines d’eau potable distribuée à l’ensemble des martiniquais,

A ce jour, 33 % de notre littoral, les fonds de Baie du Robert, du François, de Trinité et de Fort de France, sont interdits à la pêche après un arrêté préfectoral du 7 octobre 2010. (Voici la carte qui a été remise aux marins-pêcheurs suite à l’interdiction de la pêche dans les zones impactées par le Chlordécone).

Et, tout en étant solidaires des agriculteurs, nous devons êtes solidaires AUSSI des marins-pêcheurs,
•• Parce que les marins-pêcheurs eux, ils n’ont pas de lobby à Bruxelles pour défendre leur cause
•• Parce que les marins-pêcheurs eux, ils n’ont pas de cameras qui se déplacent en grand nombre quand ils poussent leur cri.
•• Parce que les marins-pêcheurs eux, ils n’ont pas les moyens de se payer la campagne médiatique orchestrée actuellement par les latifundistes de la banane

Une profession est en train de mourir sans avoir droit, AUSSI, à la solidarité.

Alors, de grâce, ni diktat, ni chantage dans cet hémicycle régional.

Donnez-nous d’abord un signal fort de votre changement d’attitude car des solutions alternatives existent.

Je vous remercie

Louis BOUTRIN

Conseiller Régional

Groupe de Patriotes Martiniquais et Sympathisants

Intervention lors de la Plénière du 1er décembre 2011