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LE GOUVERNEUR DE LA COLONIE A REJOINT SA METROPOLE

Il est parti comme il est arrivé, sans que nous soyons consultés, élus ou citoyens. Il a laissé les « écuries du roi », pour reprendre le mot de notre camarade Marcel Manville, pour les lambris dorés du ministère des colonies.
Jean-Laurent Alcide [[http://www.montraykreyol.org/spip.php?article425]] nous a dit le souvenir impérissable qu’il nous laisse. Celui d’un sportif qui a tenu son rang à côtés de nos vaillants yoleurs et autres spécialistes des gommiers. Gageons qu’il saura faire son jogging avec son président, grand sportif après l’Eternel ! Ils sont de la même veine, quelque peu hyperactifs. Donc il laisse ces « sousè » à leur tristesse et dans une grande détresse. Pourtant ils devraient être habitués, un gouverneur ne reste jamais très longtemps dans une même colonie.

Mais surtout, il laisse le souvenir d’un gouverneur qui, fidèle à son devoir et, comme ses prédécesseurs, a toujours pris soin de protéger les intérêts de sa métropole et de ses alliés locaux, la caste béké. Celle-là même qui payait le siège du RPR, il n’y a pas si longtemps à Paris. Depuis la loi française interdit de faire cela directement. Parions que cette caste a depuis trouvé une pirouette pour faire cela en toute discrétion.

Il laisse un tel vide qu’une semaine après son départ, personne n’a encore songé à le remplacer. En fait, ça n’empêchera pas la machine bien huilée de tourner.

Pour envoyer ses troupes contre les manifestants comme lors de la visite d’un ministre au Conseil Régional, d’autres ont su le faire, d’autres sauront le faire. D’ailleurs, nous n’avons pas entendu le moindre éclat de voix de nos brillants gestionnaires indépendantistes.

Pour animer les tables rondes du dialogue dit social, le prochain gouverneur pourra compter sur « nos » syndicats pour ne pas lui faire de difficultés. Quelques strapontins où quelques petits voyages pour apprendre le bon dialogue leur feront entendre raison. On a pu licencier 1200 ouvriers et ouvrières dans la banane sans qu’il n’y ait la moindre grève ni protestation. Et puis, on attend leurs réactions sur la question du chlordécone. Il est vrai qu’utiliser ses militants pour soutenir des candidats aux élections coloniales est chose plus importante. On ne peut pas être au four et au moulin. Le drame c’est qu’ici, il y a des élections tous les 6 mois.

Pour fuir ses responsabilités et accuser sournoisement les autres, la République française est forte. D’autant qu’ici, la parole rebelle est détestée par une partie de nos intellectuels. Ce ne sont pas ces psychologues, sociologues et politologues bénis oui-oui qui oseront dire le contraire. Rassurons le prochain missionnaire de la république française, nos spécialistes du chloroforme, hypnotiseurs modernes, se garderont bien de le gêner. Ils ne s’engagent dans rien d’ailleurs sauf celui de venir pavoiser devant les caméras et « colloquer » entre eux. Et puis la « Région Martinique » a déjà trouvé de quoi les occuper avec son {« Schéma Martiniquais de Développement Economique (SMDE) qui se veut être un schéma prospectif à l'horizon 2025, où politiques, chefs d'entreprises, universitaires, sociologues…seront sollicités pour apporter leur compétence dans le domaine de l'économie, de l'éducation, de la science, de la technologie… ».} Vous avez bien lu : {{à l’horizon 2025}} !!!! Jolie prouesse en perspective. On n’a peur de rien… surtout quand on n’a aucun pouvoir si ce n’est celui d’utiliser une partie de nos impôts pour faire croire qu’on agit.

Que le petit prince de France prenne son temps pour nommer le successeur de Dassonville. Il n’y a pas le feu dans la colonie ! En « pays dominé » il y aura toujours ces « batraciens et ses macaques » comme aimait à le dire cet homme vertical, notre vieux camarade Marcel Manville qui nous manque tellement. Il pourra toujours compter sur eux, eux qui confondent, par strabisme politique verticalité et horizontalité.

Ceci dit, que le prochain gouverneur sache quand même, que ce peuple n’est pas mort. Il a des fils et de filles qui, loin de toutes compromissions, refusent le fait du prince.

Monsieur ou Madame le prochain gouverneur, ne comptez pas sur nous pour vous souhaiter la bienvenue. Il est bien loin le temps où un Georges Gratiant pouvait accueillir Pierre Trouillé (préfet de 1947 à 1950), par ces mots de « bienvenue Monsieur le Préfet ». Ne croyez surtout pas que nous ayons déserté le combat pour notre souveraineté.

Soyez sûr que nous saurons nous rassembler pour, sur la question des pesticides, exiger que vous et l’état qui vous a nommé, preniez enfin vos responsabilités :

- pour que nous sachions la vérité,
- pour que les coupables de ce crime contre le peuple martiniquais soient châtiés,
- pour obtenir que l’Etat français répare ses crimes et dépollue notre pays avec un contrôle international.

Vous nous trouverez debout pour exiger que les Martiniquais et les Martiniquaises aient accès à tout leur littoral.

Vous nous trouverez debout aux côtés de nos jeunes, sacrifiés sur l’autel du profit.

Vous nous trouverez debout aux côtés de nos frères caribéens toujours maltraités par les services préfectoraux.

Vous nous trouverez debout pour empêcher que notre peuple soit génocidé et caldochisé.

Vous nous trouverez debout pour exiger la reconnaissance du droit inaliénable du peuple martiniquais à l’autodétermination et donc à l’indépendance.

Vous nous trouvez debout pour dire notre solidarité avec les peuples du monde notamment avec le peuple martyrisé de la Palestine.

Bref, {{vous nous trouverez dans tous les combats pour notre devenir. Ne vous en déplaise, nous sommes ces hommes et ces femmes qui avons choisi de rester résolument du côté des plus pauvres. La-dessus, nous n’avons aucun doute !}}

Pierre PAPAYA
_ Militant du PKLS

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