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LE GRAND CENTRE PÉNITENTIAIRE ENVISAGÉ

par Térèz Léotin

La ministre de la justice, notre ministre "bòkay", l'amoureuse des tirades et autres mots étalant ses connaissances littéraires, notamment sur Césaire ou Léon-Gontran Damas, a déposé la balance, refusant le deux poids deux mesures, du retrait de nationalité et, choisissant le glaive face au gouvernement de la personne, elle a démissionné. 

Elle a été remplacée depuis, par monsieur Urvoas, qui la semaine dernière a commencé la tournée des ducs, grands ou petits. Aussi, en passant par la Lorraine, un saut par chez nous ne l'a pas pris en défaut. Il en profita pour donner l'impression qu'un regard appuyé et surtout "constructif" serait dirigé sur les prisonniers de Ducos. Comme ceux de Navarre, ils n'ont pas à subir l'exiguïté. Elle génère des comportements délictueux, qui ne doivent surtout pas se  concevoir en prison.

Une journaliste en herbe fraîche, d'une télé privée, ayant pignon sur balisier, en a profité pour l’inviter et interviewer un prisonnier à portable. Vous entendez bien. On n'oublia pas de lui flouter le visage. On espérait sans doute, un échange qui n'a pas eu lieu, lorsque le ministre a montré qu'il y avait grave compromission et qu'il n'était pas du tout garde des sots, et que ce monsieur n'en était pas un, non plus. Il y a et il y a eu malaise.

Le lendemain, le quotidien local, France-Lentilles, non crues, qui pour cette fois ne transmet pas que l'information qu'il veut bien donner, dit, par la voix de Flo, un anonyme du Lamentin, pas de Carpentras* : " Dans notre pays, on ferme les écoles et on construit des prisons. C'est dommage."

L'affaire semble, en effet, très grave et des solutions restent à envisager. Pourquoi ne pas les chercher vraiment ? Ne devraient-elles pas se trouver ailleurs, que dans des constructions, même si pour l'instant c'est nécessaire ?

Construire des prisons et fermer des écoles, au détriment de l'éducation, comme cela s'annonce, il faut que l'on s'en inquiète. À cette allure, si nous ne faisons qu'augmenter les geôles, si nous ne cherchons pas à comprendre les problèmes que rencontre notre société, en nous interrogeant sur nos propres attitudes, si on continue de fermer les lieux indispensables à la transmission du savoir, et à la civilité, pour préférer privilégier l'agrandissement de locaux et pouvoir mener une politique de répression, au lieu d'y remédier, le malaise sera toujours plus coriace que la potion magique. Hélas ! En suivant le chemin qui s’appelle plus tard, nous arriverons assurément sur la place qui s’appelle jamais**.

Sans être pour autant défaitiste, il va de soi que la Martinique est en bonne voie pour devenir, dans quelques années, un grand centre pénitentiaire. La prison est certes une école mais elle ne doit surtout pas être notre école. Il faut construire, mais construire d’abord l’individu, car construire un individu c'est aussi construire un bâtiment, nous semble-t-il.

Térèz Léotin

 

NOTES :

* L'anonyme de Carpentras : nom donné à l'auteur anonyme du manuscrit n° 590 de la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras dans le Vaucluse. Il relate un voyage de flibuste parti de Dieppe en 1618 et qui passa par les îles du Cap-Vert, le Brésil, la Martinique, les Grandes Antilles.

 

** Citation de Sénèque.

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