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LE GRAND CRI NÈGRE S’EST TU

En cet avril où le carême et l’hivernage semblent jouer à cache-cache, une voix vient de s’éteindre. Plus qu’une voix : un cri ! Aimé Césaire fut, en effet, celui, qui dans les années 30 du siècle dernier, poussa « le grand cri nègre qui ébranlera les assises du monde ». Né en 1913, sur l’Habitation Eyma, à Basse-Pointe, d’un père contremaître, puis fonctionnaire, et d’une mère au foyer, le jeune Aimé se distingua très vite à l’école par son goût de l’étude, chose qui se confirma au lycée Schoelcher de Fort-de-France où, rappelons-le, à l’époque, seule une infime minorité de Nègres pouvait accéder. Rappelons aussi que cette société post-esclavagiste était encore fortement marquée par le clivage « Békés-Mulâtres-Nègres » et que ces derniers faisaient figure d’exclus, subissant une exclusion à la fois raciale, mais aussi socio-économique et culturelle.

C’est contre un tel système que le jeune Césaire, étudiant à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, se révolta et, comme il l’a souvent répété lui-même, sa rencontre avec le Sénégalais Leopold Sédar Senghor fut décisive dans cette prise de conscience. Césaire découvrira la civilisation africaine, sa force, sa grandeur, tout ce que l’on avait jusque là caché aux Antillais. Quelques années plus tard, il rentrera en Martinique en tant que professeur de français au lycée Schoelcher et c’est en 1939, au moment même où éclate la Deuxième Guerre Mondiale, qu’il publiera le texte qui révolutionnera non seulement les lettres et la pensée antillaises, mais, sans exagération aucune, celles du monde entier. Ce texte est le fameux « Cahier d’un retour au pays natal » paru dans la revue « Volontés » aux Etats-Unis et publié discrètement dans une petite revue martiniquaise, « TROPIQUES », revue que Césaire dirigeait avec Réné Ménil et d’autres intellectuels martiniquais. On sait comment André Breton, le pape du Surréalisme, sur son chemin d’exil vers New-York, fuyant l’avancée nazie, découvrira par pur hasard cette revue et le texte de Césaire qui le bouleversera. Au point que Breton n’hésitera pas à écrire que Césaire est le plus grand poète français de ce temps et qu’il écrit le français comme aucun Blanc ne peutt le faire aujourd’hui.

Après guerre, poète consacré, Césaire, membre du parti communiste martiniquais, deviendra maire de Fort-de-France, puis député, n’abandonnant jamais sa carrière littéraire puisqu’il publiera d’abord des essais puissants que le « Discours sur le colonialisme », avant de s’essayer avec succès au théâtre avec des pièces comme « La tragédie du Roi Christophe » notamment. Toutefois, en 1956, suite aux événements de Budapest, en Hongrie, il se séparera avec fracas du PC pour fonder le PPM lequel demeurera à la tête de l’édilité foyalaise jusqu’à ce jour, c’est-à-dire depuis plus de 50 ans. Grand défenseur de l’idée d’autonomie pour la Nation martiniquaise, il luttera toute sa vie pour que notre pays acquière davantage de pouvoirs. Humaniste, homme ouvert à toutes les souffrances du monde, homme universel, Césaire ne supportera jamais les déviations meurtrières de certaines idéologies et s’efforcera de penser une nouvelle conception à la fois de la société et de l’humanité.

La Négritude, le mouvement de pensée qu’il fonda dans les années 30, restera le courant de pensée dominant à la Martinique jusqu’à la fin des années 60, moment où de jeunes nationalistes tels que Frantz Fanon et Edouard Glissant la critiqueront, lui reprochant son essentialisme d’une part et son manque de combativité face au colonialisme français perdurant selon eux en Martinique. C’est qu’en 1946, Césaire fut, en effet, le rapporteur de la loi qui transforma les 4 vieilles colonies de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion en Départements d’Outre-Mer. Si cette loi, voulue dès la fin du 19è siècle par les élites antillaises, apporta une indéniable amélioration des conditions de vie de la majorité des Martiniquais, elle eut dans le même temps, des effets profondément néfastes sur son économie et sur sa culture. Dans « Le Discours antillais », publié en 1981, Edouard Glissant dénoncera cet état de fait, proposant une nouvelle théorie, l’Antillanité, afin de sortir de cette impasse. Vers la fin de la décennie 80, une nouvelle génération d’auteurs martiniquais, Patrick Chamoiseau, Jean Bernabé et Raphaël Confiant, approfondira dans l’Eloge de la Créolité (1989) la critique glissantienne, réclamant tout à la fois une plus grande prise en compte de la langue et la culture créoles et une plus grande compréhension de l’impact de la mondialisation sur ces dernières. Il est à noter que Raphaël Confiant est l’auteur du seul et unique ouvrage, parmi les milliers qui ont été écrits sur Aimé Césaire, à avoir tenté, à travers son « Aimé Césaire—Une Traversée paradoxale du siècle », une critique en règle de l’action politique césairienne tout en respectant l’homme et son génie littéraire.

On mesure donc à quel point Aimé Césaire fut donc fondateur pour la pensée martiniquaise et plus largement antillaise, et même négro-africaine. Son œuvre, incontournable, irrigue celle-ci à tous les niveaux, littéraire, politique, social etc. et maintenant que l’homme a disparu, que sa voix physique s’est tue, on mesurera désormais à quel point son œuvre nous a éclairé sur le difficile chemin qu’il nous a désigné.

Le chemin qui, un jour, nous permettra « de sortir hors des jours étrangers ».

{{La Rédaction de Montray Kréyol}}

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