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Le jazz antillais va-t-il enfin exploser ?

Eric Delhaye
Le jazz antillais va-t-il enfin exploser ?

De Mario Canonge à Tony Chasseur, le jazz gagne à s’enrichir au contact du zouk et de la biguine : les Français de métropole peinent à l’entendre.

Alors que les jeunes artistes d’origine caribéenne font le succès actuel du jazz anglais, les musiciens antillais souffrent toujours d’un manque de considération en France. Au point que le trompettiste Franck Nicolas mena une grève de la faim en avril dernier. « Depuis, nous avons la sensation que les choses n’ont pas bougé », déplore le chanteur Tony Chasseur. Avec le pianiste Thierry Vaton, il anime pourtant un brillant orchestre, Mizikopéyi, dont le dernier album (Creole Big Band) adapte biguines, zouks et mazurkas à la manière des big bands de La Nouvelle-Orléans.

Parmi les dix-sept musiciens, beaucoup, dont le jeune batteur Arnaud Dolmen, écument les clubs parisiens. « Ils sont très demandés en sidemen, bien moins dans leur démarche créative personnelle, relativise Tony Chasseur. Pour autant, l’apport “créole” dans leur jeu, même en dehors de leurs propres projets, enrichit sans conteste cette musique. » Pilier de cette scène, le pianiste Mario Canonge présente Zouk out qui dénoue, au moyen du jazz, le canevas harmonique du zouk traditionnel, à l’opposé des « représentations doudouistes », qu’il dénonce : « La culture sur le territoire français est riche et nous en apprécions l’importance. Mais cela doit aller dans les deux sens, avec respect, pour une plus belle élévation de tous. » La vigueur du débat et la qualité de tels projets laissent espérer que le jazz antillais va bientôt exploser.

Post-scriptum: 
Mario Canonge et Tony Chasseur, deux figures du jazz antillais. © Patrick Sorrente / Judas Companion