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Le premier roman de l’écrivain égyptien ALAA EL ASWANY, un bestseller mondial.

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Le premier roman de l’écrivain égyptien  ALAA  EL ASWANY, un bestseller mondial.

Le récit se développe autour de l’évolution sociétale de l’immeuble Yacoubian, construit en 1934, et qui va se transformer au fil de l’histoire contemporaine de l’Egypte.

 

Construit par le millionnaire arménien H.Yacoubian, l’immeuble témoigne à l’époque d’une modernité à l’européenne et d’un luxe affiché. Au départ les habitants sont riches, ils vivent  dans des appartements de grand standing. Sur la terrasse, 50 buanderies en fer exiguës, autant que de logements, certaines servent de celliers.

 

En 1952, avec la Révolution et le renversement du roi Farouk, les aristocrates et millionnaires laissent la place aux gradés de l’armée. Leurs épouses font loger les domestiques dans les cabanes en fer de la terrasse qui jadis servaient à l’occasion de niches à chiens. En 1970, le président Sadate s’attache à mettre un terme au régime socialiste instauré par Nasser. La population de l’immeuble se renouvelle une nouvelle fois. Les cagibis autrefois attribués aux domestiques sont loués à des paysans pauvres échoués en ville. Ils ne sont plus liés aux propriétaires des appartements transformés le plus souvent en bureaux et en cabinets médicaux.

 

Alaa El Aswany se plait alors à nous présenter les habitants de l’immeuble dans leur intimité. Tous vivent une passion ou un drame intérieur. Les riches côtoient les pauvres dans un embrouillamini de relations fondées sur l’argent.

 

Dans la rue Soliman Pacha, sous l’influence de la religion, les nombreux bars se ferment un à un. Ne subsistent que ceux tenus par des patrons souscrivant à l’obligation de pots-de-vin. C’est le cas d’un bar fréquenté par les homosexuels et tenu par Aziz. On y fait la connaissance de Hatem Rachid, un jeune journaliste aisé, élégant, raffiné. Il aime d’amour et entretient Abd Rabo, un soldat des forces de sécurité, marié et père de famille. Rabo vivra alors avec femme et enfants sur la terrasse de l’immeuble Yacoubian.

 

Parmi les autres habitants, l’architecte Zaki Bey, est un vieillard aimable, chaleureux, volontiers grivois. Né dans une famille fortunée, il est aujourd’hui ruiné. Il craint sa sœur Daoulet qui fait tout pour le déposséder du peu qui lui reste. Il souffre de solitude. Sa consolation, la drogue et son obsession, les femmes.

 

Boussaïna Sayyed est une belle femme plantureuse amoureuse au départ d’un jeune homme appelé Taha Chazli, le fils du concierge. Etant dans le besoin, sa mère lui fait comprendre qu’elle doit ramener de l’argent à tout prix. Au départ Boussaïna résiste aux sollicitations de ses patrons avant de se rendre à l’évidence assénée par une voisine : la vie était une chose et ce que l’on voyait dans les films égyptiens, une autre. Elle cède à un patron libidineux, gagne de l’argent, et s’éloigne de Taha qui aime avec candeur, celle qu’elle a cessé d’être.

 

Le hadj Mohamed Azzam, lui, dispose d’un bureau dans l’immeuble. Il est un riche commerçant et aussi un homme politique. Suspecté d’être un trafiquant de stupéfiants, lui-même se drogue. Marié jeune, père de famille, il se propose de prendre en secret une seconde épouse en la personne de Soad, mais il pose ses conditions, elle ne devra pas être enceinte. Soad éprouve de la répulsion physique pour lui mais joue la comédie de la femme amoureuse.

 

Sous la plume du romancier, les habitants sont représentatifs de la société égyptienne, une société dominée à tous les niveaux par une extrême corruption. Y règne la loi du plus fort et du plus malhonnête. Petites combines et grosses crapuleries ont pour corollaire chez les spoliés, franches détestations, humiliations et désirs de revanche. Mais le personnage autour duquel se cristallisent les tares de la société dépeinte est le fils du concierge.

 

 Taha Chazli est un excellent élève, il est rabaissé par les habitants de l’immeuble qui lui imposent des tâches laborieuses dans l’espoir de l’empêcher de faire son travail scolaire. Il se présente devant le jury d’admission à l’école de police, une vocation qui est la sienne depuis l’enfance. En dépit de sa valeur reconnue, on lui préfère des gosses de riches qui peuvent donner des dessous de table. Taha connaît les affres de la frustration et de la révolte. A l’université il fera la connaissance d’islamistes opposants au gouvernement égyptien et à la société laïque qu’ils n’ont aucun mal à stigmatiser. Le jeune homme intègre et doux va devenir l’un des leurs, un musulman intégriste et militant. L’auteur nous donne à voir de l’intérieur son cheminement. Sa métamorphose nous est rendue compréhensible.

 

Dans ce roman nous suivons les péripéties vécues par tous les habitants de l’immeuble Yacoubian, microcosme représentatif de l’Egypte entière. Leurs histoires finissent mal, sauf pour un couple au départ complètement dépareillé. L’éclosion de leur amour sera la seule note de bonheur dans une kyrielle de tragédies. Alaa El Aswany donne avec efficacité des clefs permettant d’appréhender les problèmes de son pays, sans didactisme.

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 Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

 

 

ALAA EL ASWANY : Né en 1957 au Caire, il a étudié  aux Etats Unis et exercé, en Egypte,  la chirurgie dentaire. L’immeuble Yacoubian paru en 2002 connait un grand succès dans le monde arabe et devient un bestseller mondial.  Il est publié en français chez Actes Sud, en 2005. Le roman a été porté à l’écran par le réalisateur égyptien Marwan Hamed.

 

Chez Actes Sud, Alaa El Aswany a aussi publié :

 

Chicago (2006), qui dépeint la vie des étudiants arabes aux États-Unis après les événements du 11 septembre 2001.

J’aurais voulu être égyptien (2009)

Chroniques de la révolution égyptienne (2011)

Extrémisme religieux et dictature (2014).

Automobile Club d’Egypte (2014)

 J’ai couru vers le Nil (2018). Ce roman publié au Liban est interdit de diffusion en Egypte. L’auteur y met en scène un panel de personnages représentatifs de différents points de vue et comportements durant la révolution égyptienne. Les éditeurs, sur la quatrième de couverture, écrivent : « Al-Aswany assemble ici les pièces de l’histoire égyptienne  récente, frappée au coin de la dictature et convoque le souffle d’une révolution qui est aussi la sienne. »

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