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"Le Sari vert" d'Ananda Devi : un terrible monologue

"Le Sari vert" d'Ananda Devi : un terrible monologue

Dans ce huis clos à haute tension, la romancière se tient sur le fil fragile de l'(in)humanité, comme pour mieux révéler les ombres sulfureuses qui nous habitent.

Dès l'incipit, l'avertissement est clair : "... Si vous souhaitez des joyeuseries, passez votre chemin. Si vous pensez sortir d'ici le ventre grouillant de bons sentiments, vous vous êtes trompé de porte. Gens qui criez trop fort sans avoir rien à dire, écoutez-moi si vous le voulez ou vous foutez le camp." Direct, dru, le ton est donc donné. Et le restera - sans répit aucun - tout au long de ce monologue éminemment violent, terrible et surtout dérangeant. Car celui qui tient ce discours n'est autre qu'un vieux médecin agonisant qui a mis sa vie au service des autres... Moins, comme on le découvrira, par charité - mot qui semble échapper à son vocabulaire, comme du reste la bonté - que par soif d'ascension sociale et goût du pouvoir.

Au soir de sa vie, là où d'autres confesseraient leurs fautes, "Dokter Dieu", drapé dans une suffisance sans nom, a choisi de justifier chacun de ses actes, chacune de ses opinions. A cet égard, on savourera les pages consacrées au monstre. Alors que remontent ses souvenirs dans un flot de "bile malsaine", de "fiel mousseux", il déverse sa haine des lâches et des faibles, son mépris des femmes - une engeance bonne à engrosser et à éduquer, à coups de trique si besoin - mais également sa rage contre une époque en décomposition.

Une colère attisée par sa propre déliquescence, qui met cet homme retors et manipulateur à la merci de deux femmes : Kitty, sa fille, élevée dans le désamour, la peur et la soumission à cet ogre paternel, et Malika, sa petite-fille rebelle et provocante dans son amour des femmes. Deux "sorcières" prêtes enfin à en découdre avec ce tyran domestique pour qu'il se confesse, et lève enfin le voile sur la mort tragique de son épouse dont l'ombre soyeuse ne cesse de le hanter.

Dans ce huis clos à haute tension, Ananda Devi se tient sur le fil fragile de l'(in)humanité, comme pour mieux révéler les ombres sulfureuses qui nous habitent.