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Le système carcéral aux USA, une volonté des Blancs de contrôler les populations noires.

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Le système carcéral aux USA, une volonté des Blancs de contrôler les populations noires.

Dans un entretien mené par l’universitaire Eduardo Mendieta, intitulé  Les goulags de la démocratie, Angela Davis s’attache, en 2005, à  mettre en évidence le rôle joué par la prison dans son pays, non seulement dans la répression politique mais aussi dans l’expression du racisme.

 

Il manque à cet ouvrage des éclaircissements hors texte concernant le fonctionnement de l’administration, de la société  et de la justice américaine ainsi que certains faits d’actualité. En effet, l’interviewée et l’intervieweur étant tous les deux américains, certaines données sont pour eux implicites.

 

Angela Davis, élève du philosophe marxiste Herbert Marcuse qui, dit-elle, lui a beaucoup appris en ce qui concerne le rapport entre la philosophie et la critique idéologique, inscrit son travail dans celui de penseurs l’ayant précédée, notamment Du Bois, qui le premier a montré le lien existant entre l’oppression esclavagiste, les lynchages, l’émergence du Ku Klux Klan, les lois ségrégatives, l’apparition des ghettos raciaux dans les grandes villes et le système pénitentiaire des Etats Unis.

 

Angela DAVIS analyse le système carcéral (peines de prison indéfiniment reconductibles, répression outrancière, discriminations, violences, peine de mort) et démontre qu’il correspond à une permanente volonté des Blancs de contrôler les populations noires, même si du même coup certains blancs doivent en pâtir. Elle développe, par ailleurs, l’idée qu’il existe un rapport étroit entre le complexe carcéro-industriel, (aux Etats-Unis, les détenus constituent une main d’œuvre bon marché), et le complexe militaro-industriel. Pour elle, la politique d’emprisonnement à tout va, remplace par ailleurs celle d’une politique sociale qui lutterait contre l’exclusion, le manque d’éducation et d’emplois.

 

L’entretien se tenant au lendemain de la parution dans la presse des photos terribles prises dans la prison d’Abou Ghraïb, Angela Davis livre ses réflexions sur l’usage de la torture, sur le fait que des noirs et que des femmes puissent participer à cette abjection, (pas de problème d’égalité des chances quand il s’agit de perpétrer la domination masculine et le racisme). Elle stigmatise le mépris et l’ignorance des Etats-Unis à l’égard des autres peuples, la mondialisation de la « guerre contre la terreur », la construction de centres de détention comme celui de Guantanamo échappant aux lois internationales et  « l’avilissement du discours politique sous l’administration Bush ». 

 

Elle se prononce pour ce que Du Bois a appelé en son temps une « démocratie abolitionniste ». Après l’abolition de l’esclavage puis des lois ségrégatives, Angela Davis  demande l’abolition des prisons et la création de nouvelles institutions sociales, politiques, éducatives, qui les rendraient désuètes. Elle croit possible de « défaire le capitalisme ». Par ailleurs, pour Angela Davis, le racisme ne disparaît pas avec l’entrée de plus en plus de noirs au sein des institutions, puisque ces dernières demeurent des rouages du racisme. Pour elle, « le défi du XXI è siècle ne consiste pas à exiger l’égalité des occasions de participation aux rouages de l’oppression. Il consiste plutôt à identifier et à démanteler les structures où le racisme est encore incrusté. »

 

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

 

 Angela Davis a rencontré la Guadeloupéenne Gerty Archimède

 

En 1969, après un séjour à Cuba, Angela et des amis portoricains chargés de livres cubains, font escale à Basse-Terre (Guadeloupe) avant de rentrer aux Etats-Unis. A la douane, ils sont mal reçus. On les accuse en tant que communistes de vouloir pervertir « le monde libre français » de la Guadeloupe. Les passeports sont confisqués. De bonnes âmes les mettent en contact avec celle qui saura les tirer de ce mauvais pas. Dans son autobiographie (1974) Angéla Davis, évoque sa rencontre avec Gerty Archimède (1909-1980), avocate et femme politique guadeloupéenne.

«  Maître Archimède était une grande femme à la peau sombre, aux yeux vifs et au courage indomptable. Je n’oublierai jamais notre première rencontre. Je sentis que j’étais en présence d’une très grande dame. Pas un instant je ne doutai qu’elle allait nous sortir de notre mauvaise posture. Mais j’étais tellement impressionnée par sa personnalité, le respect qu’elle attirait à elle en tant que communiste, même de la part des colonialistes, que, pendant un certain temps, notre problème me parut secondaire. Si je n’avais écouté que mes désirs, je serais restée sur l’île pour tout apprendre de cette femme. »           

 

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