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LE TOMBEAU D'AIMÉ CÉSAIRE

Par Thierry Caille


Adieu !

Quand la terre acagnardée scalpera le soleil

dans la mer violette vous trouverez mon œil fumant

comme un tison.

Fournaise, rude tendresse

salut !




A. Césaire

Bubale noir d'Afrique à l'amble hiératique,

noir pelage luisant, exilé, équarri,

des herbes-Guinée bleues des hauts plateaux Zambiques,

au bord du Luangwa sous les charivaris



des négriers nantais et sous les coups de trique,

tu jetais arrogant sur les cerveaux pourris

de ton peuple alangui, nègres de Martinique,

la harangue sublime du roi d'Haïti.



Tu as saisi le fer du pur destin tragique,

négritude gemmée de pierres héraldiques,

des antiques tribus du lac de Malawi.



Et tu passes, immense, rebelle emphatique,

comme un souffle puissant, un héraut cyclonique,

les Zambèze gonflés des cantiques mossis.









Toi, blanche algazelle des dunes sahéliques,

ailée par un passé noir de flammes et de cris,

tu as empli de mots les vierges amériques,

vibrants comme des lances sur le calme des nuits.



Et les chiens se taisaient sous le rhum des tropiques,

atavisme servile d'un peuple abâtardi

par le sang des marins aux bordées alcooliques

et les lymphes malignes des douces stégomyies.



Pour exhorter tes nègres, grands pêcheurs de lambis,

quimboiseurs des cannes, des mornes volcaniques,

il te restait le verbe, oliphant démiurgique.



Toi, laminaire des herbiers de thalassies,

il te reste toujours sous ce voile halieutique,

la mémoire sacrée des dieux du Mozambique.











Thierry CAILLE



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