Accueil
Aimé CESAIRE
Frantz FANON
Paulette NARDAL
René MENIL
Edouard GLISSANT
Suzanne CESAIRE
Jean BERNABE
Guy CABORT MASSON
Vincent PLACOLY
Derek WALCOTT
Price MARS
Jacques ROUMAIN
Guy TIROLIEN
Jacques-Stephen ALEXIS
Sonny RUPAIRE
Georges GRATIANT
Marie VIEUX-CHAUVET
Léon-Gontran DAMAS
Firmin ANTENOR
Edouard Jacques MAUNICK
Saint-John PERSE
Maximilien LAROCHE
Aude-Emmanuelle HOAREAU
Georges MAUVOIS
Marcel MANVILLE
Daniel HONORE
Alain ANSELIN
Jacques COURSIL

LES APPARATCHIKS

Térèz Léotin

Lorsque pendant longtemps, la langue française était encore une langue vulgaire, et que seul le latin était une langue digne, (la langue des savants comme Descartes), si ceux qui ont voulu qu’elle devienne une langue écrite, pour la sortir ainsi de l'oralité, dans laquelle elle était, s'ils avaient eu la même attitude, que les contradicteurs anti-créole, la même réaction, les mêmes réflexions à se dire qu'il n'y a pas de nécessité de l'écrire, puisqu'on la parle déjà, aujourd'hui, ces inconditionnels de la langue française à tout prix, ne seraient pas là à défendre, cette bonne vieille langue, qui fut elle aussi, si grossière, en son temps.

Ceux qui volent aujourd'hui, au secours de la victoire de la langue française, il est certain qu'ils n'auraient été, ni du même avis, ni du même bord, lorsqu'elle n'était pas une langue reconnue. Les bases étant acquises, ces personnes qui, maintenant, l'idolâtrent, ont de longues routes aplanies devant elles. Elles ne risquent pas d'avoir de problèmes. De vulgaire que cette langue fut, elle est admise et c’est tant mieux pour tout le monde.

Le mot créole qui est inscrit sur nos ouvrages, ce mot sur lequel beaucoup se focalisent les rend aveugle. C’est ainsi que, ou bien nous nous excluons du cercle des bien pensants et de la race des littérairement corrects, ou bien on nous en exclut volontairement, au profit des plumes françaises qui seules semblent valables. La traduction française qui accompagne nos textes, ne compte pas, car nous écrivons aussi … en créole.

« Quand on a une belle plume, on ne s’entête pas à écrire en créole. » Cette phrase insensée veut nous faire penser :

- Que nous gaspillons notre temps et notre plume avec.

- Que seules les autres langues peuvent être écrites pour laisser leur trace.

- Que le créole n’a pas d’avenir, puisqu’on a déjà le français qui nous aide à nous exprimer correctement.

 -Que la langue française nous permet déjà d’avoir du même coup nos entrées dans tous les milieux.

 - Qu’elle ouvre d’autres horizons qui sont moins réducteurs.

Mais tout cela nous amène surtout à nous demander :

- Est-ce qu'il y a des langues qui ont droit à l'écriture et d'autres pas ? Alors pourquoi ?

- Que sommes-nous, si nous ne sommes que le pâle reflet de l’autre ?

Rien.

Du temps de Jésus, il n'avait pas beaucoup d'apôtres autour de lui. Les martyrs de l’époque ont cru en sa cause. Aujourd'hui, la foi s’est tellement banalisée que tout le monde est, chrétien, catholique, évangélique, évangélistes, mormons, témoin de Jéhovah, adventiste, protestant, orthodoxe, bigote, (ravett légliz), adepte du prosélytisme etc…. Tout le monde parle en son nom. Tout le monde croit en lui. Ces personnes si cruellement fanatiques de nos jours, l’auraient-elles été si elles avaient vécu au début de notre ère ? Nous ne le pensons pas, surtout lorsque nous constatons combien ces apparatchiks convaincus savent comment faire pour s'imposer. Il en va de même pour la langue créole, mais nous nous y croyons.

Térèz Léotin

Pages