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LES GREVISTES DE LA FAIM PALESTINIENS DANS UN ETAT «CRITIQUE»

Nissim Behar Correspondant à Tel-Aviv
LES GREVISTES DE LA FAIM PALESTINIENS DANS UN ETAT «CRITIQUE»

Les centaines de détenus qui jeûnent depuis trente-neuf jours dans les prisons israéliennes entrent dans une phase «critique», a averti jeudi le Comité international de la Croix-Rouge. Et leurs proches manifestent.

La grève de la faim entamée à la mi-avril par 1 200 «détenus de sécurité» palestiniens condamnés à de lourdes peines en Israël en est à son quarantième jour. Si quelques dizaines d’entre eux l’ont abandonnée, 225 l’ont rejointe durant la récente visite de Donald Trump dans la région.

Pour l’occasion, leurs familles ont d’ailleurs manifesté à Bethléem pendant que le chef de l’Exécutif américain se trouvait dans la ville afin d’y rencontrer Mahmoud Abbas, lequel a soulevé le sujet devant lui. Quant aux organisations palestiniennes de Cisjordanie, elles ont déclenché une grève générale le 22 mai, ainsi qu’une «journée de la colère» le lendemain en solidarité.

Le mouvement de grève a été lancé à l’appel de Marwan Barghouti, l’ex-leader du Fatah de Cisjordanie, qui purge cinq peines de perpétuité pour avoir commandité des attentats meurtriers pendant la deuxième intifada. Depuis lors, une cinquantaine de ceux qui le suivent ont été hospitalisés d’urgence. Mais dans des établissements israéliens différents pour empêcher tout contact entre eux.

Selon l’Autorité palestinienne (AP), la vie de certains d’entre eux serait en danger. Les médecins du CICR qui ont été autorisés à leur rendre visite au début de la semaine expliquent eux que leur état de santé est «entré dans une phase critique» et que la poursuite de la grève «pourrait avoir des conséquences irréversibles». «Les médecins du CICR ont rendu visite à tous les détenus en grève de la faim et surveillent de près leur situation», a déclaré le chef du département de la santé du CICR en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, Gabriel Salazar.

Le CICR est l’unique organisation internationale admise auprès des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Dans son communiqué, cette organisation appelle «les autorités et toutes les parties concernées à trouver une solution qui évitera toute perte de vie ou des dommages irréversibles à la santé des détenus». Elle dit par ailleurs avoir augmenté le nombre de ses employés qui rendent visite aux détenus en grève de la faim et avoir «renforcé son dialogue confidentiel avec les autorités pénitentiaires».

«Culottés»

Mais la situation ne semble pas émouvoir l’administration pénitentiaire israélienne. Ni le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan (Likoud), lequel refuse d’examiner la liste des revendications présentées par les détenus. Celles-ci visent à obtenir des conditions de détention décentes : des visites familiales plus longues, plus régulières et plus fréquentes ; des soins médicaux du même niveau que ceux dispensés aux Israéliens, ainsi que le droit de mener des études supérieures par correspondance. Entre autres.

«Ces gens-là sont culottés !», a rétorqué Erdan. «Ils ont le sang de civils innocents sur les mains et ils veulent vivre dans un cinq étoiles ? Qu’ils paient pour ce qu’ils ont fait et qu’ils se taisent.» A l’en croire, la grève de la faim aurait été «artificiellement montée en sauce» par Barghouti qui voudrait, selon lui, «redorer son image déclinante au sein de la population palestinienne et asseoir sa position au sein du Fatah dans la perspective de la succession de Mahmoud Abbas».

Un appel à la souplesse

Au nom de l’Association palestinienne des prisonniers, Issa Karaqeh promet en tout cas de «ne pas abandonner ce combat parce que ces hommes et ces femmes que les Israéliens baptisent “terroristes” sont considérés comme des combattants de la liberté qui nous sont chers».

Outre les organisations palestiniennes, plusieurs ONG internationales présentes dans les territoires palestiniens appellent les dirigeants israéliens à faire preuve de plus souplesse. Du moins, à écouter ce que les grévistes et leurs représentants ont à dire. Mais elles ne se font pas d’illusion. Pas plus que l’AP puisque Mahmoud Abbas a demandé à Jason Greenblatt, l’émissaire américain pour la paix au Proche-Orient qu’il recevait jeudi à Ramallah, d’intervenir directement auprès de Benyamin Nétanyahou.

 

Nissim Behar Correspondant à Tel-Aviv

Post-scriptum: 
Manifestation de femmes et de mères de détenus palestiniens, le 25 mai 2017 à Jérusalem. Photo Ahmad Gharabli. AFP

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