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Les livres martiniquais qui ont marqué l'année 2018

Les livres martiniquais qui ont marqué l'année 2018

   Ecrits en français ou en créole, par des auteurs connus internationalement ou localement, par des hommes ou des femmes, par des vieux ou des jeunes, par des personnes de toute appartenance ethnique ou religieuse, par des éditeurs locaux ou hexagonaux ou par autoédition, la sélection d'ouvrages (forcément incomplète) que nous présentons ci-après, a incontestablement marqué l'année littéraire en Martinique.

   D'abord, "FRERES MIGRANTS"  (édit. Le Seuil) de Patrick CHAMOISEAU qui est une ode poético-politique en faveur d'une approche plus fraternelle envers les phénomènes migratoires qui affectent l'ensemble de notre planète et non les seuls pays riches contrairement à ce qu'ils veulent faire accroire. C'est ainsi que Trinidad-et-Tobago accueillent des milliers de Vénézuéliens depuis trois ans déjà, l'Algérie des Sub-Sahariens ou encore l'île de la Réunion des Sri-lankais. C'est l'ensemble de la planète qui s'en trouve affectée et donc seule une solution mondiale pourra affronter ce problème. Avec les armes de la fraternité et du respect de la diversalité, nous dit, mêlant lyrisme et rationalité, Patrick CHAMOISEAU. 

    Ensuite, c'est au tour de Térez LEOTIN de nous proposer un roman bilingue, "UN BONHEUR A CREDIT/AN BONNE ASOU KARNE CREDIT" 'édit. Orphie), que l'on devine écrit d'abord en créole, puis traduit (auto-traduit plutôt) en français. C'est un roman d'amour, d'un grand amour, qui se déroule au Temps de l'Amiral Robert (deuxième guerre mondiale). Une Guadeloupéenne, Vincenne FREMONT suit celui qu'elle aime, OLANIER, dans le pays de ce dernier, la Martinique. Le bougre lui fera subir les pires avanies, ce que décrit T. LEOTN sans concessions, mais Vincenne, à force de courage, parviendra à garder la tête haute. Ce roman est une ode au combat et au courage quotidien dont doit faire preuve la femme antillaise fans un univers largement misogyne.

   Raphaël CONFIANT, quant à lui, poursuit imperturbablement son projet balzacien, non pas de "Comédie humaine" mais de "Comédie créole" avec un roman "L'EPOPEE MEXICAINE DE ROMULUS BONNAVENTURE"(édit. Mercure de France) qui évoque l'Expédition du Mexique (1861-67) et la participation de volontaires martiniquais à cette aventure qui s'est achevée par une déroute militaire. Episode quelque peu oublié de l'histoire de la Martinique, il a tout de même laissé une empreinte, certes floue, dans la conscience collective à travers l'expression "Ou ka sanm an moun ki sòti ladjè Meksik" (Vous ressemblez à quelqu'un qui revient de la guerre du Mexique) autrement dit à un éclopé. Ce livre permet aussi de comprendre pourquoi il y a des familles martiniquaises dotées de noms polonais : Sobesky, Lowensky etc...

   Enseignant au département d'Etudes hispaniques de la Faculté des Lettres de l'Université des Antilles (campus de Schoelcher), Gerald DESERT est aussi un musicien et il nous donne enfin le livre que l'on attendait sur le phénomène zouk qui a enflammé la planète musicale antillaise, puis internationale, à compter des années 80 du siècle dernier : "LE ZOUK. GENESE ET REPRESENTATIONS SOCIALES D'UNE MUSIQUE POPULAIRE"  (édit. ANIBWE). En effet, si tout le monde a déjà entendu du zouk, il n'y avait jamais eu de travail approfondi sur les origines de ce genre musical, sur son histoire et ses différents développements jusqu'à aujourd'hui. L'ouvrage de DESERT vient donc combler un manque et cela avec une plume alerte et des analyses extrêmement pertinentes qui, évidemment, susciteront pas mal de débats.

   Fernand FORTUNE est connu pour ses nouvelles en français. Cette fois, il en publie une qui a été traduite en créole par Dominique VELASQUES, l'un des tout premiers lauréats du CAPES de créole : "TI MANMAY-LA  KI TE RETE KOUS-JOURI SOLEY-LA/L'ENFANT QUI AVAIT ARRETE LA COURSE DU SOLEIL" (autoédition). Conte fantastique, conte satirique, conte moral, conte d'amour, ce beau texte, dans les deux langues soit dit en passant, ce qui n'est pas un mince exploit, met en scène un gamin qui décide s'adresser à l'astre du jour et d lui parler comme s'l s'agissait d'un être humain. Quel sacré toupet il a ce petit bout de chou qui lance un retentissant "Vini isi !" au soleil ! Dans la ligné du "PETIT PRINCE", mais nourri d'imaginaire créole, cet ouvrage nous ouvre des horizons jusque-là inconnus. A lire par les enfants comme les adultes ! 

   Les données chiffrées sont trop souvent absentes de nos analyses politiques, c'est pourquoi l'ouvrage d'Olivier Ernest JEAN-MARIE, consultant de son état, vient à point nommé : "LE MEMENTO DES ELECTIONS 2007-2017. MARTINIQUE" (autoédition). On y trouvera les résultats des différents scrutins, les dépenses électorales effectuées par les candidats, le montant des indemnités des élus, le montant des financements publics des partis politiques et la listes des élus. Ouvrage précieux s'il en est ! Vade mecum en tout cas de tout analyste politique un tant soit peu sérieux.

   On croyait tout savoir de notre Joseph ZOBEL national. De "DIAB'LA" au célébrissime "LA RUE CASES-NEGRES", son visage comme sculpté dans de l'obsidienne nous est si familier qu'on sursaute en le découvrant jeune homme sur la couverture de l'ouvrage de Charles SCHEEL, "LA FORGE DE ZOBEL" (édit. SCITEP), ouvrage préfacé par Jenny ZOBEL. En effet, entre le gamin magnifiquement mis en scène dans le film d'Euzhan PALCY, Gary Cadenat du son nom de l'acteur, et l'homme d'âge mûr toujours chapeauté et costumé, il y a eu un Zobel jeune qui, notamment, publiait des récits et des contes dans un journal appelé "LE SPORTIF". Ce dernier affichait fièrement en dessous du titre : "Hebdomadaire sportif, littéraire et d'information". C'est dire qu'il ne se contentait pas de raconter les matches de football et de basket ou les courses à pied.  Comme le montre C. SCHEEL, professeur de littérature américaine sur le campus de Schoelcher, qui a réalisé un minutieux travail de collecte des différentes contributions du jeune ZOBEL, ce journal lui fut une sorte de forge où, en artisan de la plume, il apprit à faire ses premières armes dans lesquelles ont voit déjà les prémisses du style si caractéristique qui sera le sien.

   Le célèbre journaliste André BERTHON (CRI, ATV etc.) s'est reconverti dans le polar, genre littéraire dans lequel il réussit fort bien. Son dernier ouvrage "MEURTRES A TELE-CARAIBES" (Caraibéditions) est un véritable page-tuner comme disent les Américains, ce qui veut dire qu'en le lisant, on ne peut s'arracher à ses pages et le refermer. Une journaliste de télévision enquête sur un gros scandale de détournements de fonds publics à l'université et voici que soudain, agressions armées, enlèvements, tentatives de meurtre et meurtres se succèdent. Qui veut arrêter son enquête ? Qui a intérêt à ce que l'on ne parle plus du scandale ? C'est ce que cherchera à savoir l'autre héros du livre, le Mulâtre, officier du renseignement de son état. Haletant !...

   Final de compte, il faut parler du best-seller de l'année à savoir le roman (à clés) de Corinne MENCE-CASTER, "LE TALISMAN DE LA PRESIDENTE" (édit. ECRITURE) qui, tout comme celui d'André BERTHON, évoque en partie le scandale qui a frappé notre université. En partie seulement car l'essentiel de ce texte au style enlevé, souvent sans concession, est d'évoquer les tribulations d'une femme quand elle arrive à un poste de responsabilité au sein de notre société de machos décomplexés, voire assumés. A lire ce roman, on réalise que ces messieurs ne comprennent toujours pas ce qu'est le "management au féminin", tout le contraire de son alter ego masculin, fait, lui,  de rigidité et d'autoritarisme permanents. Corinne MENCE-CASTER nous donne donc à voir les tourments d'une femme déterminée à ne pas céder face au pouvoir masculin et surtout à combattre par tous les moyens la corruption. Le public a plébiscité son livre qui est resté huit mois durant en numéro 1 des meilleures ventes aux Antilles. Un exploit qui n'avait été réalisé auparavant qu'en...1981 lorsqu'Hermann PERONNETTE avait publié "LE CAS BEAUREGARD" aux éditions DESORMEAUX. Chapeau donc Mme MENCE-CASTER !

 

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   L'année 2018 est certes achevée, mais il n'y a pas de date de péremption pour les livres comme chacun sait. L'intemporalité est même l'une de leurs qualités premières et surtout leur durabilité. Car s'il existe des Bibles de 500 ans, disquettes et DVD, par exemple, n'ont vécu qu'une petite vingtaine d'années. C'est dire qu'en 2019, vous pourrez trouver en librairie (ou en bibliothèque) tous les livres que nous venons d'évoquer brièvement...

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