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LES SOCIO GÉREURS



«  Soleil, Ange Soleil, Ange frisé du Soleil

pour un bond par-delà la nage verdâtre et

douce des eaux de l'abjection »

Les petits maîtres font dans la suffisance.

Affublés d'un ego surdimensionné ils se veulent, donc se postulent, centre de la ronde, indépassables référents d'un territoire qu'ils auraient borné.

Les petits maîtres font dans l'obsession occupationnelle.

S'échinant et s'acharnant à occuper l'espace médiatique de l'île, sous tous ses aspects, dans tous ses replis, ils auraient sur Tout, toujours quelque chose à dire ; référents incontournables, voire indispensables, se pensent-ils.

Les petits maîtres font dans l'enfouissement.

C'est-à-dire dans la sur activation du nombrilisme et du localisme. Manière sans doute d'assurer la reproduction de leurs privilèges étroitement dépendants de la proximité tissée avec des lieux du pouvoir local.

Alors, lorsqu'une initiative autre laisse trace dans l'espace public, parce que féconde en pistes de travail, ils se dressent, sortent leurs griffes, et la plume trempée dans la lave haineuse, nous sortent un texte qui transpire l'abjection.

« Dean, l'éthique et ses révélations » se veut « sévère » avec « la lettre ouverte à tous les élus de la Martinique » de Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU, car elle serait de la patine de « ces textes sans densité, aussi faibles que prétentieux, qui participent de la dévitalisation de notre existence intellectuelle »

****

De dévitalisation, parlons en justement !

On est d'abord choqué par l'immensité de la malhonnêteté intellectuelle qui guide et structure leur rédaction. Ceci peut se vérifier à deux niveaux d'occultation.

•  occultation de la source initiale.

Nos critiqueurs omettent de dire (or ils le savent) que la piste de l'agriculture biologique proposée dans « Renaître Aprézan » n'est qu'un rappel par rapport à un projet élaboré autour d'Edouard GLISSANT en 1995, et présenté à des élus, à la même période, en particulier au président du Conseil Général et au président du Conseil Régional de l'époque. Occultation qui leur permet de la qualifier de superfétatoire, mieux, de la présenter comme proposition en retard sur l'histoire, au prétexte que « les hommes du pays » depuis 2001 arpentent à travers moult expériences cette voie.

Cet oubli volontaire de la source de la proposition « Martinique pays biologique » est d'autant plus inacceptable quand on sait que toutes les mises en oeuvres évoquées dans leur argumentaire critique, sont justement postérieures à ce projet de 1995.

•  Occultation du projet global.

« Renaître Aprézan » est une invitation faite aux élus martiniquais à un moment précis : au lendemain d'une catastrophe naturelle subie par le pays tout entier ; donc au lendemain d'une crise.

Or nous savons, en matière de dynamique sociale, que les crises sont aussi des moments propices à une réorientation , à une remise à plat, à l'intégration d'alternatives qui ne sont pas facilement reçues lorsqu'une société, fonctionnant dans son quotidien, est d'abord happée par sa logique de reproduction.

Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU, en intitulant leur réflexion « Renaître Aprézan », en prenant soin de la présenter au lendemain de « Dean », s'inscrivent dans cette perspective du renouvellement, de la renaissance, parce qu'ils savent qu'à ces moments de crise, les décideurs peuvent être plus « ouverts », plus « poreux » aux suggestions.

Voilà donc une critique qui escamote volontairement et la source initiale, et l'objectif global du texte mis en cause et ça ose se prétendre défenseurs de la « dévitalisation de notre existence intellectuelle »  !

En vérité, déboussolé par l'accueil de cette analyse, incapables d'y opposer un quelconque contre argumentaire, nos socio géreurs furent d'abord obsédés par la menace qu'ils voient poindre pour leur position sur la place. Nos critiqueurs s'acharnent alors à vilipender cette initiative.

Nous relevons dans cette démarche des relents de petites bassesses, de petites mesquineries sur un fond de misérabilisme intellectuel qui ne peut que produire des niaiseries facondes et des généralités anesthésiantes.

*****

Misérable également, ce féodalisme qui guide leur démarche.

Leur mode de lecture et d'interprétation du réel procède en effet d'une balkanisation. On érige des frontières, on dresse des barbelés, on découpe le territoire pour tenter de sauver sa niche, c'est-à-dire l'espace d'évacuation de sa suffisance. En un mot on dresse des murs.

Il y aurait ainsi :

- Ceux qui ont subi Dean / Ceux qui ne l'ont pas subi ;

- Un discours local émergeant d'un vécu pénible / Un discours émis de l'ailleurs (péremptoire et acrimonieux) ;

- Des martiniquais de l'ici/ Des martiniquais de l'ailleurs ;

- Ceux qui sont dans un kantékant avec le peuple et ses élus / Ceux qui sont en distance (en l'autre bord).

Ceux-ci et ceux la n'auraient pas tout à fait le même droit à des prises de positions publiques, aux yeux de ces dresseurs de frontières.

Les uns légitimes, car enfant du dedans, auraient droit à une forme de prééminence ; les autres, moins légitimes, car enfant du dehors, auraient certes des droits, mais en pointillé.

Deux remarques à ces propos honteux et misérables:

•  La société martiniquaise ne s'est réalisée, voire constituée que sur la base d'un bouleversement de toutes les tentatives de mise en clôture. Notre entrée dans le monde est le fruit d'une montée éruptive qui a bouleversé les murs et les prétendues fixités universelles soit disant.  - « Tourbillon partenaire » écrit Aimé CESAIRE.

•  Cette érection des murs est historiquement, la logique des maîtres et des prétendus. Ce fut leur éternelle réponse face à la montée éruptive de la mise en relation.

Alors nous disons, que si certains, et c'est leur droit, habitent dans leur démarche la posture du maître et de ses prétendus, pour proposer et suggérer ; souffrez messieurs que d'autres s'approprient la démarche alternative : celle de la mise en relation qui émerge des dynamiques de résistance et de création, pour à leur tour proposer et suggérer !

Car, « …il existe un côté dynamique de l'identité et qui est celui de la relation. Là où le côté mur de la relation renferme, le côté relation ouvre tout autant.

« Le mur identitaire ne sait plus rien du monde. Il ne protège plus, n'ouvre à rien sinon à l'involution des régressions, à l'asphyxie insidieuse de l'esprit et à la perte de soi. » Edouard GLISSANT et Patrick CHAMOISEAU.

*****

C'est un état d'esprit qu'il s'agit ici de combattre, non pas des hommes, que d'ailleurs nous côtoyons.

Il s'agit de se dresser contre cette propension que nous avons à cultiver des guerres intestines, à nourrir les embûches à l'émergence d'un Nous, parce que nos égotismes ici sont suractivés.

La violence qui au quotidien explose de manière sourde dans notre pays, devrait nous contraindre pourtant à prendre la mesure des responsabilités que nous encourons en activant dans le domaine de l'esprit ces guerres intestines. Le pays en effet est et sera à l'image de la géographie de notre monde intérieur.

Le parti pris de l'ego ou celui de la mise en commun ; le parti pris de la surenchère activée par des ego surdimensionnés ou le cheminement pour la mise en œuvre d'un « en commun » : telle est l'alternative à laquelle nous sommes tous aujourd'hui confrontés.

Dans ce difficile combat la critique et le débat ont tout leur sens, dans la mesure où ils constituent «  les plus sûrs renforts de la pensée ». La critique, le débat, la disputatio, oui ! Mais pas l'abjection, l'indécence, l'insulte.

MONCHOACHI dans des textes d'une extraordinaire pertinence (Lakouzémi- « Eloge de la servilité ») nous donne l'exemple de la posture à tenir. Il porte en effet des critiques frontales et de fond à l'encontre de réflexions affichées, dont certaines de Glissant et de Chamoiseau, sans pour autant « lâcher prise aux abominations ».

Jacques COURCIL aussi nous donne l'exemple de la posture à tenir. Du tréfonds de son ventre et de son cerveau, il habite le son de sa trompette d'un langage qui sert de berceau à des textes immémoriaux ou appelés à le devenir.

********

Nous héritons d'une société coloniale où la posture du maître constitue sourdement un référentiel dont nous parvenons difficilement à nous départir. Il nous faudra pourtant apprendre à surmonter cette impasse car :

« Si nous entendons consigner nos dérives ou nos futurs, il nous faudra bien à la ronde accepter de partager la tâche : car nos paroles valent d'autant qu'elles se relaient » (Edouard GLISSANT in « Mahagony »).

Aux petits maîtres qui font dans la suffisance, dans l'obsession occupationnelle et dans l'enfouissement, nous voulons redire cette parole qui a traversé les siècles et les frontières  : « Quand petit nègre respecte grand nègre, nous sommes en marche pour construire le pays  ».

Le 25 septembre 2007

Serge DOMI (sociologue) Hector ELISABETH (sociologue)


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