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LETTRE A MONSIEUR SORO

Thierry Caille

En souvenir de Thierry Caille cette vielle lettre qui dit de l'humanité de Thierry.

Thierry Caille
20, quai Silguy
40 000 Mont de Marsan
France

 

              ... Nous ne sommes rien sur terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté.

              Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme où qu’il se trouve. Le nègre n’est pas. Pas plus que le blanc.

Franz Fanon

              Monsieur Soro,

              Nous ne nous connaissons pas, nous nous sommes à peine rencontrés. Vous ne savez pas qui je suis et je ne sais pas qui vous êtes. Mais je vous dirais qui je ne suis pas. Je hais les honneurs, le pouvoir, les fonctions hautes et plus que tout l’argent.

              Je dois être quelque humaniste, fortement inspiré par Aimé Césaire que j’ai connu, Franz Fanon et quelques autres, beaucoup en fait, que j’ai lus. Et si tout homme mérite le respect, il en va de même des peuples. Vient un jour où il faut poser les livres et se mettre au service de l’homme et des peuples. Non pour disserter dans quelques maquis, sans fin, mais pour poser les problèmes, trouver les solutions et agir. Je n’agis au nom de personne, parti ou confession, société secrète où je ne sais quoi. Seule ma conscience me juge et c’est bien assez.

              Il n’y a pas de problème s’il n’y a pas de solution sauf si on complexifie à l’extrême les problèmes pour les rendre insolubles. Mais moi je suis pragmatique. Je connais la raison pure et j’ai été formé aux mathématiques analytiques à haut niveau. L’art de simplifier.

              Je fais le pari que vous êtes un homme d’honneur et que pour la Côte d’Ivoire vous êtes animé des mêmes sentiments que moi, plus fortement sans doute car vous êtes ivoirien. Moi je suis français, je ne renie pas mon pays mais pour diverses raisons je pense que si je sers la Côte d’ivoire, je servirai mon pays. Pourquoi la Côte d’Ivoire ? C’est un hasard de ma vie, c’est tout.

              Je fais le pari que du dialogue car nous parlons la même langue sortira la vérité, l’exigence des uns et des autres, la conduite à tenir et la parole à respecter.

              Je fais le pari que vous êtes capable d’extraire de cabinets ministériels, une dizaine d’hommes ou de femmes, intelligents, résolus, peut-être engagés dans des responsabilités et ce serait même souhaitable, mais réalistes et surtout animés des mêmes intentions qui sont les miennes, servir le peuple ivoirien et lui seul et dans le mépris qui est le mien pour tout ce fatras qui avilit l’homme, l’argent, les honneurs, la soif du pouvoir car tous les grands hommes que j’ai connus, ils sont peu nombreux, étaient d’une humilité déconcertante et d’un humanisme inhumain.

              Je vous propose, car je viens en Côte d’Ivoire le 22 juillet, pour 3 semaines, de réunir ces hommes ou ces femmes, dans un lieu discret. Il me faut 10 mn pour jauger les intentions d’un homme mais un peu plus s’il s’agit d’un africain quoique l’homme reste l’homme où qu’il soit et quelle que soit sa culture.

              Je fais le pari qu’en quelques heures nous définissions les vraies difficultés, qu’elles soient hiérarchisées et que, sans se perdre dans des incantations pieuses ou des procès inutiles et sans se bercer d’illusions non plus, nous arrivions très vite à mettre en place une stratégie d’action commune, aux objectifs simples et peut être modestes au départ. Tout doit se faire sans structure et seulement sur la parole donnée et la parole respectée. Ce qui rend inefficace toute politique, ce sont les structures, les intermédiaires, les émissaires, les sommets, les discours, etc. , surtout quand le peuple a faim, surtout quand le peuple a soif d’autre chose sans le savoir hélas qu’une culture exportée, surtout quand votre peuple est un composition harmonieuse de nationalités, d’ethnies et de confessions, surtout quand votre peuple est, pour qui sait le déceler, un grand peuple, une vieille civilisation vivante.

              Et je ne m’éblouis pas ni ne m’aveugle sur votre pays. Je n’aime pas l’éloge, ni les remerciements.

              Je fais le pari que vous transmettrez à Ahmed, mon homme de confiance, Amado Konda, burkinabé, qui va vous remettre cette lettre, une réponse favorable à ma requête,  par téléphone, il a le vôtre ou autrement. Il vous dira aussi ce qu’il sait de moi.

              Mais cela a-t-il de l’importance ? Cette lettre que je termine m’engage plus que vous ne le pensez.

              Je vous salue fraternellement, Monsieur Soro.

 

Le plus pur trésor que puisse donner l’existence, c’est une réputation sans tache

William Shakespeare

Thierry Caille, le 8 mai 2009

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