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Lettre de Raphaël Confiant au ministre français de l'éducation nationale

_ Raphaël CONFIANT
_ Maître de conférences en Langues et Cultures Régionales (créole)
_ Faculté des Lettres et Sciences Humaines
_ Université des Antilles et de la Guyane
_ Campus de Schoelcher
_ 97-233 SCHOELCHER (MARTINIQUE)

à

_ Monsieur le Ministre de l’Education Nationale
_ Rue de Grenelle,
_ PARIS

S/C de

_ Monsieur le Recteur de l’Académie de la Martinique
_ Rectorat de la Martinique
_ Hauts de Terreville
_ 97-233 SCHOELCHER (MARTINIQUE)

Le 5 janvier 2003

Objet: composition du jury du CAPES de créole – Session 2003
Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,

J’ai l’honneur de m’adresser à vous afin d’attirer votre attention sur une grave anomalie qui pèse sur la composition du jury du tout nouveau CAPES de créole et cela depuis l’an dernier, date de sa création. En effet, à la session 2002, ce jury n’était composé d’aucun enseignant relevant de la 73è; section c’est-à-dire de la section «Langues et cultures régionales». On y trouvait uniquement des enseignants relevant de la 7è section (Sciences du Langage), de la 20è section (anthropologie), de la 21è section (histoire) et de la 9è section (Lettres Modernes). Or, il existe 4 enseignants de 73è section spécialisés en créole qui sont :

- Jean Bernabé (professeur).
- Robert Damoiseau (professeur)
- Bernadette Cervinka (MCF)
- Raphaël Confiant (MCF)

Aucune de ces personnes, qui enseignent à l’Université des Antilles et de la Guyane, n’a participé au jury de la session 2002. Peut-on imaginer un jury de CAPES de philosophie ne comportant aucun enseignant de 17è section? Un jury de CAPES de géographie ne comportant aucun enseignant de 2 3è section ? Un jury de CAPES de mathématiques ne comportant aucun enseignant de 25è section ? Cela paraît hautement improbable. La question que l’on est donc en droit de se poser est de savoir s’il existe deux poids deux mesures et si, s’agissant de la langue et la culture créoles, n’importe qui, quelle que soit sa spécialité, est autorisé à siéger dans un jury visant à recruter les professeurs de créole du secondaire.

Je tiens à vous rappeler que le créole avec 2 millions de locuteurs réels est la langue régionale française la plus parlée et la plus vivace. Que cette langue possède 10 millions de locuteurs à travers le monde et qu’elle est étudiée et enseignée dans de prestigieuses universités d’Allemagne, des Etats-Unis et du Canada. Que depuis trente ans une littérature de qualité se développe en créole lequel investit également les médias électroniques, en particulier l’Internet où plus d’une cinquantaine de sites sont recensés. Il est donc fort difficile de comprendre et d’admettre qu’elle soit traitée par-dessus la jambe au niveau d’un concours aussi important que le CAPES et cela en violation de toutes les règles administratives et déontologiques.

S’il est vrai que l’anomalie que je vous signale présentement n’est pas le fait de votre administration mais de celle qui l’a précédée, il me semble urgent, pour la crédibilité même de ce concours, que les personnes compétentes en fassent majoritairement partie. Savez-vous par exemple que les membres de l’actuel jury n’ont jamais pratiqué les deux matières principales de l’écrit à savoir:

- la dissertation en créole.
- la traduction créole/français.

Historiens, anthropologues, géographes ou spécialistes de Lettres Modernes, comment, où et quand, en effet, auraient-ils pu se former à la pratique de tels exercices? Exercices qu’ils seront amenés, pour la deuxième année consécutive, à corriger ! ! !

Dans l’attente d’une réaction de votre part et en vous en remerciant par avance, je vous prie, monsieur le Ministre, d’accepter mes salutations perplexes.

_ RAPHAEL CONFIANT
_ Maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane (73è section)
_ Docteur «honoris causa» de l’Université Autonome de Santo-Domingo (1998)
_ Docteur «honoris causa» de l’Université de Middlebury, USA (2002)

P.S. Copie de la présente lettre à

- Mrs les Recteurs des Académies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.
- Mrs les Sénateurs et Députés de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.
- Mme la Ministre des DOM-TOM