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LETTRE OUVERTE À M. IGNACIO LULA DA SILVA,

PRÉSIDENT DU BRÉSIL

Monsieur Le Président,

Nous sommes des responsables d’organisations syndicales, politiques et populaires haïtiennes. Notre peuple, le peuple haïtien, s’est libéré le premier il y 204 ans de cela des chaines de l’esclavage. «Nous avons osé être libres» déclarait Jean Jacques Dessalines le 1er janvier 1804 quand il proclama la première république noire du monde qui pris alors le nom d’Haïti.

Aujourd’hui notre pays est le plus pauvre du continent américain. L’insécurité alimentaire touche aujourd’hui 3,3 millions de nos concitoyens, un habitant sur trois en est la victime. L’espérance de vie à la naissance est descendue à 51 ans, 60% de la population a moins de 2 dollars par jour pour tenter de survivre. Notre pays où le taux de mortalité des enfants à la naissance est de 80 pour 1000 alors qu’il est de 4 en France et de 7 à Cuba sur l’île voisine.

Mais Monsieur le Président, il n’y a pas eu de malédiction particulière qui se serait abattue sur notre pays. Par contre au cours des 2 siècles qui se sont écoulés depuis que notre peuple a conquis sa souveraineté nationale, les défenseurs et descendants des colons et des exploiteurs capitalistes n’ont eu de cesse de vouloir nous faire payer cette audace d’avoir voulu constituer une nation d’hommes et de femmes libres.

Ces dernières décennies, notre économie, notre agriculture, nos services publics, notre environnement, ont subi les assauts des privatiseurs, des multinationales et des plans d’ajustements structurels sollicités par le FMI et la Banque Mondiale.

Monsieur le Président, vous avez pu constater lors de votre dernier séjour officiel en Haïti en mai dernier les ravages causés par de telles politiques dont les chefs d’orchestres se trouvent hors de nos frontières, ravages encore aggravés il y 2 mois par le passage successifs de 4 ouragans.

Vous le savez, notre peuple comme le peuple Brésilien, a dû payer dans sa chair et par son sang des décennies de régimes militaires et de dictatures qui furent toutes soutenues quand ce n’est mis en place directement par les gouvernements des grandes puissances. Ceux-ci allant même jusqu’à fouler au pied la souveraineté nationale de la nation Haïtienne comme ce fut le cas pour la première fois à travers l’occupation humiliante de 1915 à 1934 organisée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Aucun peuple dans l’histoire n’a accepté sans réagir de voir son pays occupé, ce fut le cas lors de cette première occupation étrangère, comme c’est le cas aujourd’hui avec la présence sur notre sol des régiments de la MINUSTAH. Ces troupes sous commandement brésilien qui, en avril dernier alors que des centaines de milliers de femmes et d’hommes qui n’avaient plus rien à manger étaient descendus dans la rue manifester, ont tiré dans la foule faisant 6 morts et des centaines de blessés.

Comment ces régiments de la MINUSTAH qui sont responsables d’interventions les plus graves comme à Cité soleil se soldant par des dizaines de morts comme en février 2007, reconnus responsables de viols, d’incitation à la prostitution de nos jeunes filles, etc., pourraient-ils se prévaloir d’être sur notre sol pour la stabilisation et la paix ? Mais Haïti n’est en guerre avec aucun autre pays. Qui tend à le déstabiliser si ce n’est ceux qui lui nient le droit à sa souveraineté nationale ?

Monsieur le Président, le peuple haïtien comme tous les peuples de la Caraïbe, du continent et du monde, doit avoir le droit imprescriptible de disposer de lui-même, sans ingérence d’aucune armée, d’aucune puissance, d’aucun gouvernement étranger.

Il doit avoir le droit de prendre lui-même les mesures d’urgence pour sauver le pays de la misère et de la violence, pour commencer à le reconstruire. Il ne pourra le faire que dans l’établissement de la démocratie, libéré de toute occupation, de toute atteinte à sa souveraineté.

Le peuple haïtien n’a pas besoin de militaires étrangers, il n’a besoin que de l’union et de l’aide fraternelle de tous les peuples frères et des organisations ouvrières, populaires et démocratiques de la Caraïbe et du continent américain.

Monsieur le Président, nous vous demandons solennellement de retirer les troupes brésiliennes du sol d’Haïti. Et si, comme nous en sommes convaincus, vous voulez véritablement aider notre peuple à se frayer la voie vers la démocratie et une amélioration de la situation des masses haïtiennes, alors remplacez les 1 200 soldats brésiliens de la MINUSTAH par des médecins, des infirmières, des pompiers, des techniciens et des ouvriers pour reconstruire les routes et toutes les infrastructures détruites par les ouragans.

Proposez que les 40 autres pays qui ont également des troupes dans la MINUSTAH fassent de même, proposez que les 540 millions de dollars US que coute l’entretien annuel de ces régiments (chiffre publié sur le site de la MINUSTAH) soient affectés à la reconstruction, à l’aide alimentaire, à construire des écoles, des hôpitaux, ….

Nous soussignées, organisations syndicales, politiques et populaires haïtiennes, nous vous adressons cette lettre par l’intermédiaire de votre ambassadeur à qui nous allons la remettre.

{{Nous lui demanderons de se faire l’interprète auprès de vous afin que vous, Monsieur le Président, acceptiez de recevoir une délégation de nos organisations pour que nous vous expliquions le sentiment et les exigences de notre peuple qui plus que jamais veut retrouver sa souveraineté et dans un premier lieu demande en préalable le départ des régiments étrangers de la MINUSTAH.}}

Le peuple haïtien, fort de ses traditions et des luttes pour sa souveraineté, est un fervent partisan de l’établissement de rapports d’égalité et de coopération entre les nations. Les rapports de soumission ne font que multiplier les conflits y compris les guerres.

Par la présente lettre, nous vous informons que les 12 et 13 décembre prochains, nous organiserons dans notre pays, à Port-au-Prince, une Rencontre avec des militants et citoyens des pays du continent pour débattre ensemble des voies et des moyens pour recouvrer la souveraineté du pays, incompatible avec le maintien des troupes de la MINUSTAH.

Dans l’attente, recevez Monsieur le Président du Brésil nos respectueuses salutations et soyez sûrs de notre profond attachement à lutter jusqu’au bout pour la souveraineté de notre pays.

Port au Prince, le 1er novembre 2008

{{Les organisations haïtiennes soussignées :}}

{{CATH :}} Centrale autonome des travailleurs haïtiens, Louis Fignolé St Cyr, Secrétaire Général ;

{{POS :}} Parti ouvrier socialiste haïtien, Marc Antoine Poinson, Secrétaire à l’organisation des départements ;

{{FESTREDH :}} Fédération syndicale de l’électricité d’Haïti, Dukens Raphaél, Porte parole ;

{{GIEL :}} Groupe d’Initiative des enseignants de lycées, Léonel Pierre, Secrétaire Général ;

{{ADFEMTRAH :}} Section des femmes de la CATH, Julie Génélus, Secrétaire Générale ;

{{GRAHLIB :}} Grand rassemblement pour une Haïti libre et démocratique, Ludy Lapointe Coordonateur Général ;

{{FOS :}} Fédération des ouvriers syndiqués, Raymond Dalvius, Responsable des relations publiques ;

{{Koreken :}} Coordination Résistance Contre les Ingérences, Jhon Wagner Edol, coordinateur général ;

{{UNAPFEH :}} Union Nationale pour la Protection des Femmes est des Enfants d’Haïti, Itiane DERIVAL, coordinatrice ;

{{ACDIFED :}} Association Chrétienne des Femmes et des Enfants d’Haït, Sherly MICHEL ;

{{FUNA :}} Femme Universitaire pour une Nouvelle Alternative, Yvonne PRINTEMPS, secrétaire générale ;

{{FHVC :}} Femme Handicapée en Voie de Culminance, Kerlange PAULEMA, coordinatrice ;

{{CHASS :}} Centre Haïtien de Service Social, Robinson DESIRE, secrétaire général adjoint ;

{{GROSSOL :}} Groupe Solidarité, Ing. Poto Jean MARRAIS, secrétaire général ;

{{ROFNA :}} Rassembement des Organisations de Femmes pour une Nouvelle Alternative, Nicole D MICHEL, coordnatrice ;

{{FEMHA :}} Femme Haïtienne en Action, Gina DESIRE, coordinatrice ;

{{AFVS :}} Organisation Femme Victime de Solino, Luthana AUGUSTE, coordinatrice ;

{{JM :}} Jeune du Monde, Dukerline DORIVAL, coordinatrice ;

{{RONA :}} Rassemblement des Organisations pour une Nouvelle Alternative, Ing. Georghy DESIRE, coordinateur général ;

{{COADMEDH :}} Coalition des Médecins Haïtiens, Dr Giles Labossière, coordinateur général ;

{{GAPANA :}} Groupe d’appui pour l’Avancement et la Promotion de la production Nationale, Réginal Rebecca FRANCOIS ;

{{MOFERPNH :}} Mouvement des Femmes de Rève pour une Nouvelle Haïti, Josy FAIDOR, coordinatrice.

Document: 

Haiti_lettre_LULA.pdf

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