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LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR LUC HALLADE

SEDA, Artiste plasticien Comorien

Artiste et formateur dans le domaine des Arts Plastiques, j’enseignais à l’École Française Henri Matisse. Mais j’ai appris ce lundi 06 avril 2009 que mes interventions dans cette école allaient être suspendues jusqu’à nouvel ordre, suite à ma participation à Moroni au « gungu » du vendredi 13 mars 2009, une manifestation dénonçant l’organisation par la France du référendum pour la départementalisation de l’île comorienne de Mayotte, référendum déjà condamné par l’Etat Comorien, l’Union Africaine et les Nations Unies. L’ordre de suspendre mes cours viendrait de vous, m’a-t-on signifié. Je ne vous cache pas mon étonnement et mon indignation face à pareille décision, prise par un ambassadeur de France, représentant d’un pays de droits, une démocratie, où la libre expression des citoyens est permise et souhaitée. Je trouve contradictoire qu’un représentant de l’Etat français veuille me faire taire ou m’imposer son opinion politique, en jouant mon poste d’enseignant à l’école française aux dés. Ce geste n’honore pas la France, terre revendiquée des droits de l’homme. Mais qu’ai-je commis comme crimes ? J’ai exprimé mon opinion sur un problème colonial non résolu entre la France et l’Union des Comores, mon pays ? Je me suis prononcé sur la question de Mayotte, et plus particulièrement contre le processus de départementalisation enclenché par la France ? Dois-je vous rappeler, Excellence, le contenu de la résolution N° 31/4 du 21/10/1976 à l’ONU ? Je ne vous ferais pas l’offense d’un cours d’histoire. Mais je demande le droit d’avoir une position claire et concise sur l’avenir de mon pays, en ma qualité de citoyen d’un Etat souverain, bien que fragilisé. Je me demande à quoi servirait mon travail de créateur s’il ne reflétait pas le vécu comorien. Peut-on créer aux Comores sans avoir son mot à dire sur la réalité environnante ? En prenant position sur la question de l’intégrité territoriale des Comores, je n’ai fait qu’exercer mon devoir de citoyen libre. Ce que vous pouvez comprendre et respecter. Vous avez certainement une opinion sur ce qui se passe dans votre pays. Devrait-on vous suspendre de vos fonctions ou bien est-ce à dire que vous n’avez jamais d’opinion, en tant que citoyen sur le devenir de la France ? Je sais que la décision de suspendre mon cours n’est pas venue que de vous. On m’a bien fait comprendre que l’opinion de certains parents d’élèves comoriens de nationalité française a beaucoup pesé dans cette décision. Jusqu’à preuve du contraire, aucun collègue ou parent d’élève français, dit « de souche », ne s’est plaint ouvertement de ma position, ni ne m’a jugé. Seuls les Comoriens m’ont parlé de représailles (« tu n’aura jamais de visa si tu continues ainsi ») possibles, et je les comprends, dans la mesure où il n’est pas facile d’aimer son pays dans le contexte de crise où nous nous trouvons actuellement. Mais est-ce le rôle d’un artiste que de tendre la main et de se taire ? Au-delà, le citoyen n’a-t-il pas le droit d‘exiger sa « part de dignité dans ce monde » ? Monsieur l’ambassadeur, j’estime avoir agi en accord avec ma conscience. Je n’ai rien contre les Français (comme si on pouvait mettre tout le monde dans une même boîte), mais je suis contre une situation d’occupation, contribuant à déstabiliser mon pays. Je connais aussi d’autres français qui me donneraient raison. Ce qui ne fait pas d’eux des anti-Français. Je vous demande donc de respecter ma position sans aller à l’encontre des valeurs que vous incarnez à nos yeux. Mayotte est comorienne, de terre, de langue, de culture, de religion et de sang. N’est-il pas normal pour moi qui suis citoyen comorien de le rappeler ? Je le répéterais autant de fois que cela m’est possible. Il y va de ma propre intégrité intellectuelle. Ce pays a le droit d’avoir des enfants qui l’aiment. Avoir une opinion contraire à celle-là serait une manière de me renier moi-même jusqu’à l’os. Ce que je ne me vois pas du tout faire. {{SEDA}} Artiste plasticien comorien. {{L’école française doit réintégrer Seda}} L’école française Henry Matisse a suspendu notre Seda national des cours d’Art plastiques qu’il dispensait aux motifs politiques qu’il a pris part en sa qualité d’artiste au ‘’Guougou’’ organisé contre la France. La décision est illégale, honteuse, pace que Seda exprimait ses opinions en dehors de l’école et sur un sujet d’intérêt national. Le suspendre et l’exclure de l’établissement pour ses raisons là est révoltant. Parce que l’école est par excellence le lieu du savoir, de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, des mathématiques mais aussi de la civilité, de la démocratie de la liberté d’expression. Et si l’école est française de surcroît, tenus par des responsables français, qui épousent et croient jusqu’à là aux vertus de la république et aux principes qui la fondent, une telle décision ne peut que susciter indignation et émoi. Seda n’est pas n’importe qui. Artiste peintre, il la pratique comme discipline, comme activité de loisir, mais aussi comme métier. Artiste de talent, il est de ceux qui donnent vie à l’alliance franco-comorienne, par ses nombreuses expositions de ses chefs d’œuvre. A l’extérieur, il porte haut le drapeau de son pays à coté des Modali, Napalo, Chakri… Décider de l’exclure de l’école uniquement pour des raisons politiques, est une violation flagrante du code du travail, en vigueur aux Comores et en France. Henri Matisse n’ignore pas que les prémices de la législation en la matière obligent la justification de la rupture du contrat de travail par l’employeur. Dans le code de travail français, on met fin à un service pour motif personnel, inhérent à la personne du salarié, ou pour motif économique. Ces deux cas ne sont pas évoqué ici pour l’artiste remercié. Il faillait que cette rupture obéisse à des motifs réels et sérieux qui par ailleurs sont clairement indiqué ou exprimé de façon précise. Le cas de Seda est révoltant. Parce que il s’est engagé à dénoncer le référendum organisé à Mayotte, à s’opposer à la partition de son pays par une puissance coloniale. Et si en plus des parents d’élèves franco-comoriens s’associent sans rechigner à cette mesure, ou dans les pires des cas l’inspirent, ils commettent là un acte grave contre leur nation qui fera date. Seda défend ni plus ni moins que la nation comorienne. Il défend la constitution de son pays qui lui enseigne que les Comores sont composées de 4 îles, admis aux Nations Unies dans ses frontières coloniales. Un tel acte abusif ne pouvait être commis dans un pays respecté. Parce que c’est l’école qui risquerait d’être fermé. La rédaction Journal Al watan du jeudi 16 avril 2009

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