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Lettre ouverte de Manuel Castells sur la gravité de la situation au Brésil

Manuel Castells
Lettre ouverte de Manuel Castells sur la gravité de la situation au Brésil

   Manuel Castels est professeur de sociologie et de planification urbaine et régionale depuis 1979 à l’université de Californie à Berkeley, lauréat du prix Holberg en 2012 et du prix Balzan en 2013.

  Amis intellectuels engagés pour la démocratie, 

  Le Brésil est en danger.

 Et avec le Brésil, c’est le monde qui est en danger parce qu’après l'élection de Trump, après la prise du pouvoir par un gouvernement néofasciste en Italie et la montée du néonazisme en Europe, le Brésil peut choisir pour président un fasciste, défenseur de la dictature militaire, misogyne, sexiste, raciste et xénophobe, qui a obtenu 46% de voix au premier tour des élections présidentielles.

   Peu importe qui est son opposant. Fernando Haddad, la seule alternative possible, est un universitaire respectable et modéré, candidat du Parti des travailleurs (PT), un parti qui a aujourd'hui perdu son prestige du fait de son implication dans des actes de corruption. Dans une situation pareille, aucun intellectuel, aucun démocrate, personne qui se sente responsable face au monde dans lequel nous vivons, ne peut rester indifférent à l'égard du système politique du Brésil.

   La question n'est pas le PT, mais la présidence d'un Bolsonaro qui est capable de dire à une députée, en public, qu'elle « ne mérite pas d'être violée par lui ». Ou que le problème n’est pas qu’on ait torturé sous la dictature, mais qu’on ait torturé au lieu de tuer. Je ne représente personne, sinon moi. Je ne soutiens aucun parti. Je crois simplement qu’il y va de la défense de l'humanité parce que si le Brésil, pays décisif en Amérique latine, tombe entre les mains de cet abominable et dangereux personnage et des pouvoirs qui l’appuient de fait, entre autres les frères Koch, nous tomberons encore plus bas dans la désintégration de l'ordre moral et social de la planète, à laquelle nous assistons.

   C'est pourquoi je vous écris, à vous que je connais et à vous que j'aimerais connaître. Non pour que vous souscriviez à cette lettre comme s'il s'agissait d'un manifeste dicté par des hommes politiques, mais pour vous exhorter à appeler publiquement et individuellement, avec des arguments liés à vos convictions personnelles, à une participation active, le 28 octobre, au deuxième tour des élections présidentielles, et à un vote contre Bolsonaro, en utilisant vos réseaux personnels et sociaux, les médias, des contacts politiques ou toute autre forme permettant la diffusion de notre protestation contre l’élection du fascisme au Brésil. Nous sommes nombreux à avoir au Brésil des contacts ou des contacts de contacts. Un message sur Whatsapp suffit, ou un appel téléphonique personnel. Nous n'avons pas besoin de hashtag.

   Nous sommes potentiellement des milliers de personnes s'adressant à des millions de personnes dans le monde et au Brésil parce que nous avons tout au long de notre vie acquis par notre lutte et notre intégrité une certaine autorité. Faisons-en usage avant qu'il ne soit trop tard.

   Je vais pour ma part le faire, je suis en train de le faire. Je prie simplement chacune et chacun de faire ce qu’elle, ce qu’il pourra. 

                                                     Manuel Castells