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L'IMPUDEUR

par l'écrivain André Lucrèce

Un pseudo-philosophe guadeloupéen, dont il est inutile de rappeler le nom vu qu'il n'a jamais publié aucun livre de toute sa vie, recommence ses attaques contre Raphaël Confiant en le traitant d'antisémite. Pourquoi ? Parce qu'en 2006, l'auteur du "Nègre et l'Amiral" avait publié un article sur Dieudonné, non pas pour prendre sa défense, mais pour dire que c'est l'état d'oppression dans laquelle vive les populations immigrées dans l'Hexagone qui produit des Dieudonné. A l'époque, le sociologue André Lucrèce avait recadré le pseudo-philosophe. Nous republions son article...

Je suis comme Raphaël CONFIANT. Je n’aime pas qu’on s’en prenne à mon peuple. Nourri à l’humanisme de mon grand-père, l’historien Jules LUCRECE, et aux valeurs morales transmises par mon père, toute injustice, contre une personne ou contre quelque peuple que ce soit, blesse ma conscience et me projette comme frère de cette personne ou de ce peuple.

Or, disons-le tout net, le lynchage médiatique que subit depuis quelques temps l’écrivain Raphaël CONFIANT est injuste et inacceptable. Et cette lapidation fait, pour moi, de lui un frère.

Les diatribes injustes et caricaturales qui le visent, bien entendu, n’abordent pas non plus les problèmes de fond. Elles sont d’ailleurs le reflet de petits intégrismes, qui ont bien compris comment fonctionne le système médiatique de ce pays et qui en font un usage immodéré et impudique.

La crise de la conscience occidentale aujourd’hui.

Le problème qui se manifeste, en toile de fond de cette polémique, est bien la crise de la conscience occidentale, et singulièrement européenne, aujourd’hui.

Cette crise, faite tout à la fois d’immobilisme, de grande tolérance et de complicité avec un racisme et un antisémitisme, qui s’engraissent de jour en jour en occident, est flagrante.

On peut en effet distinguer :

·        un racisme populaire qui se manifeste par des cris de singes sur les terrains d’Europe, par la structuration mentale et spatiale, par exemple, d’un stade comme le Parc des princes à Paris ou du Stade de Rome, qui depuis longtemps fertilisent un antisémitisme et un racisme contre lequel on n’a quasiment rien fait

·        un racisme ordinaire avec des obstacles dressés contre nègres et maghrébins s’agissant de l’accès à l’emploi, de l’accès au logement ou de l’accès aux boites de nuit

·        un racisme médiatique, certes plus sournois, mais indiscutable, il suffit pour s’en convaincre de lire la presse ou de regarder la télévision française, l’accès à ces media, même pour l’expression de nos points de vue ou de nos créations, étant quasiment fermé

·        un racisme institutionnel qui s’est traduit par la tentative d’instaurer en France la fameuse loi vantant les bienfaits de la colonisation

·        un racisme intellectualo-mondain dont FINKIELKRAUT n’est que le portefaix et le faquin, lui qui exerce son mépris envers les Antillais et les jeunes de banlieue dont la révolte est selon lui « une révolte à caractère ethnico-religieux.  ». Et on aurait tord de croire que FINKIELKRAUT est un cas isolé quand on voit les justifications et les soutiens portés par BRUCKNER et FERRY (oui ! l’ancien ministre de l’éducation nationale !) à FINKIELKRAUT.

Donc, au lieu de voir le XXIe siècle s’ouvrir en Occident sur une pensée résolument « décoloniale », on voit resurgir au contraire les concepts de race et de choc des cultures qui trahissent la volonté de l’Occident d’imposer au monde son idéologie, sa façon de vivre et de penser.

Je plains en particulier cette Europe - qui pourtant dans ses discours a laissé percevoir de grands espoirs - si elle doit se construire sur une telle inconscience de son ethnocentrisme, car elle risque de pousser des communautés au repli sur soi et aux extrêmes.

Je lui rappelle le prémonitoire point de vue de SARTRE : « Nous voilà finis, nos victoires, le ventre en l’air, laissent voir leurs entrailles, notre défaite secrète. » (…) « Nous ne pouvons plus compter sur le privilège de notre couleur, de notre race, de nos techniques… »

La conscience occidentale ne s’est malheureusement pas imprégnée de la conscience sartrienne.

L’impudeur des donneurs de leçons

Des questions d’abord.

Qui, parmi les donneurs de leçons de circonstance, a pris sa plume pour répondre à FINKIELKRAUT ? Qui, parmi les grands névrosés de la morale, a mobilisé les sommités philosophiques pour rappeler à FINKIELKRAUT  quelques valeurs enseignées par la philosophie ? Qui, parmi les grands spécialistes des Hauts comités, des Comités de réflexions, des Comités pour la mémoire, les grands spécialistes des missions, lesquels montrés par la télévision s’esbaudissaient pitoyablement à l’Elysée et à Matignon, a élevé des protestations contre les propos de FINKIELKRAUT ?

Tous muets et infructueux.

Or, ce que disait FINKIELKRAUT n’était pas rien.

1.     Les Antillais sont des assistés.

2.     Les Antilles filent un mauvais coton idéologique.

3.     « …on nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est "black blanc beur", en fait aujourd’hui elle est "black black black" ce qui fait ricaner toute l’Europe. »

Il y a surtout le fait que FINKIELKRAUT oppose les souffrances et les hiérarchise : « …je n’ai rien à redire, dit-il, à l’enseignement de l’esclavage et de la colonisation. Mais cela n’a rien à voir avec l’extermination des Juifs par les nazis. C’est tout autre chose. » (Propos tenus le 6 mars 2005, entre 18h30 et 19h30, sur Radio Shalom).

Et même quand, devant les protestations, FINKIELKRAUT cherche à se dédouaner, il se ridiculise par son ignorance des Antilles et son inculture : « J’ai lu, dit-il, avec enthousiasme les (sic) Cahiers (sic) du (sic) retour au pays natal d’Aimé Césaire ».

Faut-il rappeler que les propos de FINKIELKRAUT l’ont conduit devant les tribunaux à l’initiative du COFFAD (Collectif des Filles et des Fils d’Africains Déportés) dont l’avocat précisait « C’est très important d’obtenir une condamnation car Alain FINKIELKRAUT est considéré comme un intellectuel, philosophe qui plus est, et qu’il est très médiatique, il a de l’influence, on le voit partout. Il est invité sur tous les plateaux de télévision et également à la radio. »

Qui donc, parmi les donneurs de leçons, s’est joint à ces protestations ? Quand Raphaël CONFIANT, lui, a répondu à FINKIELKRAUT.

C’est cette impudeur qui me choque, cette absence de retenue quand on n’a pas pris soin de balayer devant sa porte.

Et puis alors, quand bien même on aurait des divergences de vue avec Raphaël CONFIANT (et il m’arrive d’en avoir), pourquoi ne pas lui appliquer, au contraire de l’impudeur agressive, le principe de la conscience calme qui est la mienne en toutes circonstances : la discussion de ses points de vue dans un esprit de fraternité ?

Qu’est-ce que c’est, dans un pays de 1000 km2 et de 400 000 habitants, que cette pratique intégriste qui consiste à lancer des condamnations depuis son quartier général ? Cette pratique, je l’avais analysée dans mon livre Souffrance et jouissance aux Antilles et caractérisée comme étant L’insupportabilité, c’est-à-dire cette tension qui, devant le point de vue de l’autre, produit quelque chose d’insociable qui va de l’agacement à la rage.

Pourquoi, dans un pays comme le nôtre, multiplier les tribus et les nations sur la base de simples divergences de vue et chercher à diaboliser l’autre ?

Comme cette chose énoncée aussi irresponsable que grave : « Raphaël CONFIANT antisémite ». Cela me rappelle les attaques contre Nietzsche accusé de fascisme, lui Nietzsche qui disait « Ne fréquenter personne qui soit mêlée à cette fumisterie éhontée des races. »

Ce qui fait qu’en face de moi, je n’ai toujours qu’un Homme, et c’est fraternellement immense. Pas un Juif, pas un Nègre, pas un Hindou, pas quelqu’un défini par son origine ou sa religion. Toujours un Homme.

André LUCRECE, Ecrivain

Post-scriptum: 
Publié par André LUCRECE sur 12 Décembre 2006

Commentaires

GIRIER-DUFOURNI... | 31/01/2015 - 19:14 :
Le pire, c'est que nous assumons notre force, notre bravoure, notre hardiesse quand il s'agit de répondre à un des nôtres, c'est-à-dire quand la réponse doit être faite d'un Martiniquais à un autre Martiniquais ou d'un Guadeloupéen à un Martiniquais? Dans ces cas là, on se sent bizarrement plus fort. Aurions nous encore peur de l'autre ..? Oui, un homme reste un homme. A ce titre, la discussion doit être possible. Entre homme, on doit tout se dire, sans artifice.Sinon le problème demeure... Tous ceux qui nous gouvernent et qui sont appelés à le faire, abusent de notre passivité. Mais, le citoyen lambda, considérant que sa parole ne sera pas entendue, espère sur ses représentants politiques ou sur les élites pour assumer cette tache qui est de répondre à tout ces politiques ou pseudo écrivains ou philosophes et leur baisser leur caquet. Mais, quelle désolation de constater que les auteurs d'actes racistes, plutôt que d'être sanctionner, font la une des émissions de télévisions avec une impertinence sans retenue pour nous dire que nous n'existons pas et que leurs propos même si contestés par quelques esprit encore sains, trouvent une résonance dans diverses émissions de télévisions et dont les présentateurs feignent de croire qu'ils leur donnent une légitimité?

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