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L’odieuse désinformation de France Télévision dans ses JT. Une honte journalistique !

L’odieuse désinformation de France Télévision dans ses JT. Une honte journalistique !

   La semaine dernière, le JT de France 2 était présenté par le « has been » – qui paraît-il ne se remet pas de son remplacement au 20 heures – David Pujadas, commençant son sujet par ces mots : « L’image est une arme au moins aussi efficace que les fusils. Celle-ci a fait le tour du monde. Regardez, des boucles blondes, un visage d’ange [...] Héroïne ou enfant manipulée ? La fabrique d’une histoire... »

   Le sujet traité par l’une des équipes envoyées sur place portait sur la jeune palestinienne Ahed Tamimi, arrêtée en pleine nuit il y a quelques jours par les soldats israéliens, à travers une introduction expliquant que « les Palestiniens l’ont bien compris, plus que les pierres, les images sont devenues une arme redoutable ». Le téléspectateur n’a déjà plus le choix. Il est prié de comprendre que derrière ces « boucles blondes, visage d’ange », il va découvrir un montage, une image travaillée, truquée, composée... que derrière ce visage lumineux qui apparaît à l’écran, se cacherait peut-être (sans doute) toute la félonie de la résistance palestinienne à l’occupation, qui se sert d’enfants pour mener sa lutte de libération...

   Tout au long du reportage, les commentaires sont d’une honteuse partialité et ne relatent en aucun cas les faits pour ce qu’ils sont. En revanche, ils insinuent à demi-mots, ils manipulent les téléspectateurs pour leur faire accroire que les enfants palestiniens sont utilisés par leurs parents comme des armes vivantes envoyées au contact direct de l’armée israélienne. Cela venant s’ajouter aux nombreuses allégations déjà entendues en d’autres temps que les Palestiniens se servent de leurs enfants comme boucliers vivants, alors que tous les témoins qui se sont rendus sur place ont pu voir à diverses reprises – et de nombreuses vidéos existent sur Internet – que la plupart du temps, ce sont les « courageux » soldats israéliens qui prennent des enfants comme boucliers humains, quand ils ne sont pas des dizaines à s’y mettre, harnachés comme des Robocops, pour arrêter l’un ou l’autre qui n’a que son courage pour toute arme ! 

   Plus loin dans le reportage, il est question d’une vidéo de 2015 tournée par l’oncle d’Ahed qui, d’après les sous-entendus du journaliste, en a fait son business. Sans jamais pointer le fait que ce « valeureux » soldat s’en est pris à un enfant – jeune frère d’Ahed – qui a le bras cassé et qu’il étrangle sans ménagement sous prétexte « qu’il est soupçonné d’avoir jeté des pierres », le journaliste Franck Jenauzeau poursuit son commentaire : « l’adolescente apparaît et tente de le libérer et en vient aux mains avec le soldat... lui-même roué de coups par le reste de la famille [le pauvre !] et devra finalement renoncer [à emmener l’enfant] ». Il poursuit en disant « à aucun moment l’oncle n’a lâché sa caméra... », mais ne soulignera pas que de rage, le courageux soldat lâche une grenade lacrymogène au beau milieu du groupe de jeunes et d’adultes venus secourir l’enfant. Et le journaliste d’insister : « Ces images seront mises à disposition gracieusement dans le monde entier... stratégie assumée par le père de l’adolescente, accusé par certains Israéliens de provoquer à dessein ces scènes de tensions ».

   Pourquoi souligner cela ? Ces images devraient-elles être payantes ? Internet ne sert-il pas aussi à diffuser des informations le plus largement possible et à tous ceux qu’elles peuvent intéresser dès lors que les chaînes officielles ne sont plus fiables et qu’elles sont au service du pouvoir ?! Et comme si cela ne suffisait pas, le journaliste, dont on a bien compris la partialité, enfonce le clou en s’adressant au père : « Ahed est devenue l’une de vos armes, en fait ». Ce que le père réfute, en concédant, sourire en coin, qu’elle serait alors une « arme de communication... c’est une enfant qui accomplit son devoir et ses responsabilités... ». 

   « C’est une icône » lancera le journaliste, qui n’en démord pas et ne saisit pas à quel point les Palestiniens ont le sens de l’humour et de la dérision : « Oui, une icône, lâche le père, pour convaincre les autres pays, grâce à elle ». Peu de chance que ces mots soient compris par celui qui a définitivement choisi son camp !

   Et la sentence tombe : « Alors, adolescente manipulée ou caractère bien trempé... ? » Mais, après un tel reportage, le téléspectateur a-t-il encore le choix ? La manière dont sont proposés les éléments (images et commentaires) pousse à faire passer les occupés pour la menace et les occupants pour les menacés. C’est encore et toujours cette abjecte façon de retourner les faits, de travestir la réalité et de transformer la victime en coupable et, inversement, de présenter une armée dont on connaît toutes les dérives pour de pauvres victimes. À aucun moment de ce reportage, il ne sera question d’une armée d’occupation déployée depuis des décennies dans tout le pays, dans tous les villages, et qui ne lésine pas sur les moyens pour détruire les habitations, brimer, blesser, tuer les Palestiniens de tous âges, y compris des enfants sans autre défense que des cailloux ! Ni des handicapés, comme on a pu le voir encore la semaine dernière à Gaza. Le téléspectateur est laissé face à une enfant présentée comme une diablesse déguisée en ange aussi redoutable et dangereuse que la cinquième armée du monde !

   Si, comme moi, vous êtes outrés par ce reportage, vous pouvez suivre ma démarche et écrire au médiateur de France 2 pour lui exprimer votre désapprobation. Par ailleurs, j’ai adressé aussi un Tweet directement à David Pujadas, que je vous relaie ci-après :

    @DavidPujadas : odieuse votre séquence de la semaine dernière à propos de la petite Ahed Tamimi face aux soldats de la colonie israélienne... cela s’appelle de la « désinformation » doublée de propagande sioniste. Mais, rien de neuf de la part d’un « has been »...

   La Palestine a besoin de nous... sachons rester mobilisés à chaque moment et n’hésitons pas à faire entendre notre voix. Ne baissons pas les bras comme certains le voudraient tant et espèrent que nous nous lasserons. Lors de mes déplacements sur place, les Palestiniens m’ont demandé une chose que je m’efforce de faire, à chaque occasion : « Comme nous ne pouvons pas sortir de notre prison et venir vous dire nous-mêmes ce qu’il en est, vous qui pouvez voyager, soyez notre voix ! »

   Je ne l’oublierai jamais.

   - Daniel Vanhove est auteur d’ouvrages sur la Palestine (Retour de Palestine ; Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes ; La Démocratie mensonge) et contribue à diverses publications, dont Mondialisation.

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