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L'UN DES PRINCIPAUX MESSAGES D'AIME CESAIRE

Raphaël CONFIANT
 L'UN DES PRINCIPAUX MESSAGES D'AIME CESAIRE

    Il est né le 26 juin 1913 sur une "Habitation" de la côte Nord-Atlantique de la Martinique, dans la commune de Basse-Pointe.

    C'était le début d'une époque, qui s'achèvera dans les années 60 du XXe siècle, où "le Nord", comme l'on dit familièrement à la Martinique était le poumon économique de l'île avec ses grandes plantations de canne à sucre, puis ses bananeraies. Nul étonnement donc à ce qu'elle ait donné tant de personnalités et d'esprits brillants : Frantz FANON et Marcel MANVILLE (à Trinité) ; Edouard GLISSANT et Emile YOYO (à Sainte-Marie) ; Jean BERNABE et Raymond RELOUZAT (au Lorrain) ; Léonard SAINVILLE (à Basse-Pointe). Aujourd'hui, les choses ont bien changé et les élus du "Nord" se plaignent, souvent à juste titre, que leur région soit délaissée tant par les pouvoirs locaux que par l'Etat. 

   Aimé CESAIRE fut donc d'abord un fils de l'"Habitation", celle où travailleurs nègres et indiens ployaient sous le joug des planteurs békés. Sa "da" (nounou) lui chantait des berceuses en tamoul et lorsqu'il deviendra plus tard maire de Fort-de-France, elle passera longtemps le voir à son bureau, seule personne à n'avoir pas besoin de prendre rendez-vous. Il est alors étonnant que dans son célébrissime Cahier d'un retour au pays natal (1939), il ait évoqué "l'homme-Hindou de Calcutta" et non de "l'homme-Kouli de Basse-Pointe". C'est que d'extraction petite bourgeoise (son père était inspecteur des contributions), il est aussi le fils de l'Ecole et de l'Université françaises. Il est l'héritier de ces générations d'après l'abolition de l'esclavage en 1848 qui eurent comme principal désir celui de devenir des citoyens français à part entière et la condition sine qua non pour y parvenir était la maîtrise parfaite de la langue de MOLIERE. Etudiant brillant à Normale Sup', à Paris, CESAIRE en viendra à manier le français "comme aucun Blanc ne peut le faire aujourd'hui" comme s'extasiera le pape du Surréalisme André BRETON. Sa poésie sera l'égale des plus grands de CLAUDEL à SAINT-JOHN PERSE et portera les idéaux de la Négritude loin, très loin, de sa petite Martinique, qu'il décrira assez cruellement comme "un petit rien ellipsoïdal". 

   Après des décennies d'assimilation et de "doudouisme", CESAIRE "déchirera la carte postale" des Antilles, celle d'îles ensoleillées et baignées par une mer toujours bleue. Cruel à nouveau, il parlera même de "version absurdement ratée du paradis". La Négritude en ébranlera non seulement les assises, mais aussi celle du monde entier. En son temps, elle fut nécessaire, indispensable même jusqu'à ce que l"Antillanité d'E. GLISSANT, puis le mouvement de la Créolité en viennent à la questionner et la contester par endroits (et non la rejeter comme le croient les incultes). A chaque génération, comme l'écrira FANON, d'inventer son propre destin.

   En 1992, je publiais un ouvrage critique intitulé "Aimé Césaire, une traversée paradoxale du siècle" qui sera considéré par les césairolâtres (idolâtres de CESAIRE) et les césairistes (membres du parti qu'il a créé, le Parti Progressiste Martiniquais) comme une violente attaque, comme une charge inqualifiable. Ceux qui savent lire avaient tout de suite remarqué qu'il n'en était rien. J'étais césairien et pas du tout césairolâtre ou césairiste car l'héritage de CESAIRE appartient à tous les Martiniquais. Comme celui de Frantz FANON et d'Edouard GLISSANT. J'étais si césairien que le Grand Homme me reçut à diverses reprises et cela bien après avoir commis ce que ses affidés (qui l'ont peu lu) considéraient comme un péché mortel. Il se montra amical et même affectueux à mon endroit, me lançant au détour d'une de ces envolées dont il avait le secret, "vous au moins vous m'avez lu !". 

   Il m'affirma surtout que les jeunes ont le droit de critiquer les anciens. C'est dire qu'il n'était pas du tout dans le culte des Anciens ni ne voulait ramener les Martiniquais en Afrique. Il voulait domicilier l'Afrique en Martinique, ce qui est différent, c'est-à-dire développer le plus que possible tous les éléments africains que comporte la culture créole, chose qu'il s'efforça de concrétiser à travers le SERMAC. Le mouvement de la Créolité est entièrement d'accord avec cette perspective et d'ailleurs, s'agissant d'une autre question, celle de la langue créole, nous n'avons jamais reproché à CESAIRE de ne l'avoir pas utilisée dans ses écrits. L'Eloge de la Créolité est très claire à cet égard : CESAIRE est un "anté-créole" et non un "anti-créole". Cela est écrit noir sur blanc dans notre manifeste, mé Neg pa ka li. Et d'expliquer qu'à son époque, la question du créole ne se posait pas encore, d'autant que la grande majorité des Martiniquais n'utilisait que cette seule langue (le français ne lui damera le pion qu'à partir des années 70), et que d'autre part, CESAIRE avait un message universel à faire passer au monde. Il lui était impossible de le faire dans une langue qui, non seulement n'était pas considérée comme telle à son époque, mais qui ne disposait ni d'une graphie ni de dictionnaires ni de grammaires. Lui reprocher de n'avoir pas écrit en créole revenait donc à sombrer dans l'anachronisme et à lui faire un mauvais procès.

   Il me disait de sa voix un peu zozotante, si charmante, que "La Créolité est un département de la Négritude", ce à quoi je lui rétorquais aussitôt que "C'est la Négritude au contraire qui est un département de la Créolité".  Nulle acrimonie ni animosité dans nos échanges. Ce que je retiens de lui surtout c'est sa capacité à entendre les critiques, ce qui ne signifie nullement les accepter. Il s'agit d'une très belle leçon. C'est pourquoi je considère que les nouvelles générations ont tout à fait le droit de critiquer la Créolité, de la rejeter même, mais à une condition : qu'elles lisent attentivement nos textes comme nous avons lu ceux de CESAIRE. Que leurs critiques ne s'appuient pas sur ces contrevérités, ces falsifications ou ces slogans faciles diffusés, sur le Net notamment, par des intellectuels à la petite semaine et autres handicapés de la notoriété.

   Ce n'est, en effet, que par l'assomption des divers courants de pensée qui ont traversé notre société depuis 1848 que nous parviendrons un jour, peut-être, à trouver à la fois notre voix et notre voie. L'assomption critique bien évidemment !...

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