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“MA MUSIQUE EXPRIME MA COLERE FACE AUX INJUSTICES QUE SUBISSENT LES TOUAREG”

Bombino, alias Omara Moctar, est ce petit génie du blues et de la guitare, né au Niger, issu du peuple nomade targui, qui a subjugué par son talent des fans hors frontières et toutes générations et nationalités confondues. Découvert par hasard à l’occasion du tournage d’un documentaire sur la ville d’Agadez où sa famille nomade avait élu domicile pour un moment, son talent fut une révélation, et à partir de là, sa notoriété s’est développée et il a conquis le cœur des fans partout où il se produisait. Et la demande n’en est que grandissante de jour en jour, puisque de retour d’une tournée d’un mois et demi aux États-Unis, le voilà à Alger pour repartir juste après en Asie. En marge de la soirée d’ouverture du Festival culturel européen, Bombino nous a accordé cet entretien.

Liberté : Comment est né ce penchant pour la musique ?

Bombino : Je pense que c’est inné. Mais il y a aussi une influence de grands musiciens africains que j’adore comme Tinariwen et Ali Farka Touré. J’ai été également influencé par du blues et du rock de grands noms tels que Jimi Hendrix, John Lee Hooker, Jimmy Page, Dire Straits… Ma musique est un travail hérité de toute cette musique qui m’a accompagné dans mes compositions, et aussi un mixage personnel avec ma touche targuie nomade.

 

Dans votre musique, nous sentons à la fois de la révolte et de l’apaisement...

Oui, vous avez raison. La musique est pour moi non seulement un art qui m’anime au plus profond de moi, mais c’est aussi et surtout un moyen qui me permet d’exprimer ma colère face à des situations d’injustice et de haine que subit le peuple targui partout où il est établi – et vous savez que les Touareg sont un peu partout autour de nous et pas uniquement dans le désert algérien.

 

Des nomades sont persécutés par  des gouvernements injustes, des familles sont aveuglément pourchassées par des gens qui les considèrent comme intruses ou une race inférieure qui ne mérite pas de vivre décemment…

Oui, je me révolte et je m’insurge contre tout cela dans ma musique, mais je préfère le faire de façon sereine et dans l’apaisement, car je considère que la violence n’engendrera qu’une autre violence qui n’en sera que plus destructrice, alors que l’art et la musique interpellent les consciences et appellent à la paix qui est la clé de tous les drames…

 

Vous avez animé un concert à la salle Ibn Zeydoun (lundi 9 mai, à l’ouverture du Festival européen, ndlr), un mot sur votre retour en Algérie…

Vous savez, l’Algérie est mon pays d’adoption et presque de naissance je dirais… Toute ma famille est ici à Tamanrasset, et c’est de là que tout a commencé pour moi… Le drame de la persécution de ma famille et de tous les autres qui ont fui me hante encore, et c’est pour eux que je continue de revendiquer justice… J’en appelle aussi ici à la conscience et à la justice de l’Algérie… Les populations qui vivent aux frontières, à Tamanrasset ou ailleurs, ont droit à plus de considération et à des conditions de vie décentes : des écoles pour les enfants, des routes goudronnées, des centres de soins… Par ma musique, j’essaye de toucher les cœurs et de calmer les esprits.

 

Pourquoi ce pseudo de Bombino ?

C’est venu tout simplement dès le début de ma carrière de guitariste. Vous savez, j’ai commencé à jouer de la guitare très jeune, d’où ce mot italien Bombino que m’ont attribué mes amis et mon entourage, et il est resté avec le temps…

Maintenant, même si je ne suis plus très jeune, je ne peux ni ne veux m’en défaire…

 

 

S. B.

Post-scriptum: 
Bombino, à l’ouverture du 17e Festival européen © Louiza Ammi-Liberté

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