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Claude Sicre et Mai 68

MAI 68 ou le triomphe du manque d’imagination et de diverses provincialisations

(dont le dernier paragraphe s'intitulera : “Enfin révélée, la SEULE GRANDE ÉPOPÉE dont vous serez les héros”)
MAI 68 ou le triomphe du manque d’imagination et de diverses provincialisations

Texte écrit par Claude Sicre courant mai 2018 suite à une sollicitation du CIRDOC dans le cadre d’un cycle d’événements organisé autour de Mai 68 et du renouveau occitan

Avertissement

Voilà donc ma petite vision de 68 depuis Toulouse, en me situant dans le cadre de votre réflexion (Mai 68 et les idées occitanes).

Vision très particulière je pense, mais il en faut, pour la pluralité des approches.

 

Ce qu'il y a de bien avec ce propos, c'est qu'il va prendre à revers absolument tout le monde, les révolutionnaires, les conservateurs, les réactionnaires, les modernisateurs, les progressistes, les régionalistes, les centralisateurs, les réformistes, les de-gauche, les de-droite, les du-centre, les idéalistes, les matérialistes, les nationalistes, les dits "populistes", tous les “-istes” qui sont sur le marché, les philosophes les plus opposés entre eux, l'intelligentsia française au grand complet, mais aussi les artistes, etc. Et, plus que quiconque, ceux qui, n'ayant pas vu grand-chose ou rien du tout, se sont portés après, et parfois longtemps après, profitant de leur notoriété plus ou moins bien acquise, à la tête des parleurs sur 68, racontant des fables où ils mélangent tout, et que gobent… les gobeurs. On va bien rigoler !

 

Je dirai tout d'abord que pour moi, Mai 68 n'a pas une grande importance dans ma réflexion sur la France, l'histoire des idées et l'histoire politique (je n'ai lu aucun des livres qui sont parus directement sur ce sujet depuis cinquante ans, par exemple). Mais, comme j'ai vécu ces événements de près, et que m'agace un peu le fait que certains ont l'air de vouloir faire de 68 un genre de début à tout, soit pour s'en féliciter soit pour s'en désoler, un genre de grand moment festivo-révolutionnaire unique "qui a changé la société française" (voire le monde, disent d'autres), il m'intéresse de donner mon avis, un peu très beaucoup contraire. Et le biais "occitaniste" que vous proposez, et cette occasion, tombent bien. Merci aux initiateurs de cette entreprise !

 

Une révolution ?

Pour moi, Mai 68 n'a pas été une quelconque révolution. Ni une "farce", comme certains aiment à le répéter en se réclamant de Marx (qui disait que l'histoire se répète toujours deux fois, la première fois en tragédie, la deuxième en farce) (il y a bien eu du burlesque en 68, mais il n'a rien à voir avec quelque tragédie auparavante que ce soit). Si les clichés sur l'histoire se répètent (ceux de Marx y compris, donc), l'histoire, elle, ne se répète jamais, même si les acteurs de chaque époque singent parfois ceux du passé. C'est justement ce qui est le plus important à comprendre, dans l'histoire. Héraclite l'a déjà dit, mais vous étiez trop jeunes à l'époque pour vous en souvenir.

 

Une des choses qui m'a frappé le plus en Mai 68 à Toulouse de ce point de vue "occitan" (je n'étais pas occitaniste, je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être l'occitan ni l'Occitanie) (il y avait le patois, c'est tout), c'est l'extrême et caricaturale "provincialité" (je ne le pensais pas en ces termes, je pensais : "Ils attendent toujours les idées venues d'ailleurs au lieu de s'en inventer") des acteurs principaux, étudiants, profs, partis, journalistes, etc., et le phénomène de provincialisation généralisé de toute la société française (y compris Paris, qui, dialectiquement - en retour de kick -, profite toujours pleinement du provincialisme qu'elle provoque), que précipitèrent, au sens chimique, lesdits événements. Cette provincialisation généralisée était en train, Mai 68 nous l'a révélé un peu plus, spectaculairement. Cela dit, je ne suis pas devenu occitaniste en juin 68 mais huit ans plus tard, dès que j'ai découvert l'occitanisme (à Paris !). Et l'originalité de mon inscription dans ce mouvement, depuis lors, est en rapport direct avec ce qui m'a permis de ressentir cette "provincialité" à l'époque, avant, pendant et après 68. La seconde chose qui m'a frappé, dans ces évènements, c'est le grand manque d'imagination de tous ses acteurs - les deux choses sont en lien, me semble-t-il - et je me demandais pourquoi tant de gens, qui pouvaient se montrer par ailleurs intelligents et talentueux dans des affaires courantes ou dans leurs spécialités, pouvaient là être comme saisis d'aveuglement grégaire, d'impuissance collective à réfléchir et à inventer. Interrogation qui m'avait déjà traversé l'esprit (voir les annexes) et qui me poursuivra longtemps, jusqu'à ce que je découvre quelle était la maladie de la France et, plus tard, son remède.

 

La plupart des idées - politiques, sociales, culturelles, artistiques - qui ont comme surgi en 68 étaient là depuis longtemps, en France. Celles concernant le domaine le plus social étaient présentes dans les syndicats. Celles concernant particulièrement les mœurs, et la critique de la vie dite “moderne" étaient déjà à l'œuvre dans les pays nordiques de l'Europe, en Angleterre, en Allemagne, aux USA, au Canada (contestation de la "société de consommation" et du travail aliénant, de la famille, liberté sexuelle, féminisme, pacifisme, opposition à certaines guerres, architecture, urbanisme, écologie, culture pop et underground, beats des USA, Living Théâtre, émeutes des quartiers noirs, dériveurs d'Allemagne et de tous les pays nordiques, hippies californiens, provos d'Amsterdam, radios pirates de GB, courants intellectuels, Marcuse, Mac Luhan, Université de Berkeley, etc.).

La France petite-bourgeoise était plutôt en "retard" sur ces derniers points. Et se nourrissait beaucoup beaucoup de l'extérieur. Et ne les vivra collectivement, à sa manière, que dans les années suivant 68 : ce qui fera croire aux naïfs qu'elles venaient de 68.




Claude Sicre et Henri Meschonnic place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1998. Crédit : Carrefour Culturel





 

Ce que 68 a eu de spécifique, du point de vue qui nous occupe et à mon modeste avis :
 

1) Comme souvent, les français poussent à l'extrême de la réflexion "théoricienne" ce qui, chez les autres, reste plus local et/ou expérimental. La "politique littéraire" et philosophico-littéraire est une spécialité française et très parisienne, comme nous l'a appris Tocqueville, elle raisonne toujours au nom d'un certain universel : souvent l'universalisation de ses schémas de pensée, si relatifs. Choses qui exacerbent la réflexion, et portent ses bienfaits (quelques chefs-d'oeuvre ou heureuses initiatives) et ses maux bien plus nombreux, sans s'étendre sur ses nombreux ridicules (il est encore des "penseurs" pour penser que la Capitale des Lumières a éclairé le monde en 68, provoquant tous les mouvements du genre qui ont suivi sur la planète et même parfois ceux qui ont précédé ) (sic !) (quand vous faites remarquer à ces derniers, exemples à l'appui, que quand même il s'est passé des trucs avant, ils sont obligés d'acquiescer mais ont une manière bien à eux de tourner les choses : "Bien sûr, mais c'est 68 qui a été l'expression la plus aboutie de tout ça, qui est allé le plus loin dans la remise en cause générale des fondements bla bla bla." Ce qui (pas vrai, même en France, beaucoup d'idées étant sorties dans les années suivantes) justifie d'après eux que Mai 68 devienne le nom générique, englobant tout. Ceux qui veulent comprendre jusqu'à quelles extrémités d'aveuglement mène l'unitarisme centraliste commun en ont là un exemple des plus clairs (et fréquents) (il semble que cela change un peu, depuis peu, sur ce sujet précis).

 

2) Dans ce maelström d'idées sortant de partout et n'ayant nulle part en France un début de pratique collective élaboré, personne, dans ce premier mouvement étudiant, n'était d'accord avec personne : c'était la confusion qui régnait, et les gens allaient aux manifestations pour des raisons différentes, voire contraires (mais ça, ça arrive dans tous les mouvements de foule et les meetings politiques). Quoi de commun entre les slogans des trotskistes, qui préparaient avec sérieux et "rigidité" la révolution prolétarienne internationale, ceux qui voulaient une "réforme" démocratique de l'Université, et les "pro-situationnistes" qui, prenant la parole dans les AG, proposaient "la transformation des couloirs de la fac en labyrinthe érotique" (Christian Ètelin à l'amphithéâtre Marsan de la rue Lautman en mai, allant beaucoup plus loin, et avec beaucoup plus d'humour, dans ce registre, que tous les graffitis bébêtes encensés par la presse depuis 50 ans) (et trouvant là un slogan bien mieux dit et bien plus parlant que le tristement positiviste et revendicatif "jouir sans entraves" de Vaneigem à la fin de son Traité). Sans compter toutes les autres composantes, hétéroclites.

 

3) Le "retard" pris par la France sur les autres démocraties nord-occidentales dans un tas de domaines "coutumiers", et la volonté de rattraper le temps perdu dans son propre style "universaliste", précipita vite dans la rue les enfants de la bourgeoisie parisienne, d'autant plus exaltés qu'ils découvraient la lune (que leur "bonne éducation" leur avait jusque-là caché) (et d'autant plus médiatisés, du coup, par la presse qui sortait du même moule) (et cachant d'autant plus les rares initiatives intelligentes venues d'autres milieux et d'autres villes) (d'autant que les personnalités les plus intéressantes refusaient de répondre à la presse, n'oubliez pas ça, quand vous verrez des archives à la télé !) (et d'autant plus maîtres de la réécriture de cette histoire, par la suite) ainsi que des pans entiers - écrivains, artistes, intellectuels, journalistes, publicistes et politiciens littéraires de toutes sortes - de cette bourgeoisie, pour une grande fête pleine de certitudes absolutisées à la manière de (Rimbaud, Artaud, Marx, colonne Durruti, émeutes de Watts, Russie de 17, Petit Livre Rouge de Mao, Cuba, Che Guevara, réactivation des mythes de St-Germain des Prés, etc.) et où les questions de bon sens (qu'est-ce qu'on va pouvoir bien foutre de toute cette jeunesse étudiante pléthorique ?) (la question de la reproduction élargie de la petite-bourgeoisie et de ses emplois) ne s'entendaient que dans les troquets de quartier ou dans une droite dépassée par le mouvement du monde. (et qui parlera du problème des IPES, refrain des premières semaines ?) (Achtung ! ceux qui parlent de 68 en témoins et qui n'évoquent pas le refrain des IPES sont soit des imposteurs soit des philosophes ayant traversé ces évènements perchés dans les nuées aristofanesques).

 

La proximité de ces bourgeois avec tous les pouvoirs interdira au pouvoir politique d'employer la manière forte pour arrêter le mouvement. La concentration symbolique de ce pouvoir politique entre les mains d'un seul grand homme, qui représentait de plus un "vieux monde" (l'idéologie jeuniste jouera ici son rôle, d'autant que les bourgeois sus-cités veulent rester "in" face à leurs enfants), et la concentration du pouvoir intellectuel et médiatique à Paris, dans un petit monde où tous les bords se côtoient et vivent les uns des autres (aucun contre-pouvoir et donc aucune échappée d'aucune sorte à cette concentration géographico-ethnique) (difficile à saisir, ça, c'est pourtant là qu'il faut creuser) explique le reste.

 

4) L'entrée des syndicats et de la population ouvrière, ainsi que celle de nombreux salariés modestes, dans la "contestation" (qui devient ainsi vite vecteur de revendications précises) change la donne. Les rêveries de liaison entre le "prolétariat" (qui n'a jamais vécu aussi à l'aise, qui ne connaît presque plus le chômage, qui veut mieux profiter des richesses produites mais aussi réduire les poches d'inégalité criantes qui subsistent nombreuses dans certains métiers ; qui, quand il rêve d'aventure, ne rêve pas comme le fils d'un cadre ou un journaliste) et la jeunesse étudiante favorisée (les étudiants issus de cette classe ouvrière sont peu nombreux, moins de 10%) vont vite s'effondrer, malgré quelques succès locaux ou partiels qui, à juste raison, pouvaient faire rêver.


 

5) Face à cette conjonction dans les manifestations, que la suite devait révéler illusoire, mais qui faisait justement illusion au moment, le pouvoir d'abord tremble, ce qui fait croire aux observateurs étrangers qu'il s'agit bien d'une révolution (comment, le Grand De Gaulle lui-même est touché ?) et le laisse croire aux acteurs eux-mêmes qui, par ailleurs, multiplient les proclamations grandiloquentes (que je trouvais parfois marrantes et fortes, quand elles grandiloquaient le plus et le mieux) (genre De la Misère qui venait de Strasbourg 1966) (grande année que 66 !).

Mais dès que le pouvoir se ressaisit (entrée en négociation avec les syndicats, au premier rang desquels la CGT, dirigée par le toulousain Georges Séguy) la "révolution" est vite finie (on n'en a jamais vu une finir si vite) : grande manifestation gaullienne, "républicaine", "anti-chienlit" ; reprise en mains des facs par les CRS ; élections de fin juin qui voient le triomphe des gaullistes.

Acabat ! Finito ! Pas le moindre popolo alla riscossa ! Horrendum !

 

Claude Sicre et Felix Castan place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1997. Crédit : Carrefour Culturel




Les conséquences directes
 

Parlons de celle qui est due aux accords de Grenelle, tous les "avantages" qu'ont gagnés les syndicats en cette occasion. Qui ont "fini d'embourgeoiser" la classe ouvrière, comme disaient certains nostalgiques du "prolétariat en haillons". Ces "avantages", les pouvoirs économiques et certains gouvernements n'ont cessé depuis de les réduire. Quelles conséquences cela a-t-il eu sur les affaires qui nous occupent ici ? Aucune directement, à mon sens, si on prend la mesure du caractère transhistorique de l'installation de l'unitarisme centraliste. Toutes sortes de conséquences très directes, pour un regard qui, à chaque époque, étudie les liens individuels, familiaux, sociaux entre la vie "matérielle" des populations et les idées qui accompagnent et construisent cette vie : ce qu'ont fait nombre d'intellectuels et de partis occitanistes, et que certains rappelleront dans vos assemblées et dans leurs textes. Mais ce dernier regard, sans le premier, s'épuise vite dans divers sociologismes réducteurs et sans horizon.

 

Par ailleurs, selon moi, 68 a exacerbé un moment, innervé, les tropismes français et plus que ça :

- Toutes les batailles d'idées qui existent ailleurs vont ici prendre encore plus fortement ce tour universalisant et peu (voire anti) expérimental que nous avons déjà noté : les écrivains et les philosophes (?) qui tenaient déjà le haut du pavé, vont vite se recycler sans abandonner leurs promontoires (il y avait donc du BERGÉ dans le coup) (et du pompidor), et même en les renforçant, dans ce petit univers D'AUTANT PLUS ÉPRIS D'UNIVERSALITÉ qu'il est lui-même (c'est toujours le cas !) LE PLUS AUTOCENTRÉ et LE PLUS CONFINÉ du monde (deux arrondissements, quelques chaires, quelques journaux et revues, quelques émissions de la radio publique...) (avec l'ignorance, condescendante et naïve, presque attendrissante parfois tant naïve elle est, pour la pluralité qui l'entoure dans son propre pays) (il y aurait un chef-d'œuvre kafkaïen et chaplinesque à écrire sur cet étonnant univers concentrationnaire que ses habitants traversent sans cesse comme une scène, sans se douter de rien) (tels le roi nu du conte) et les modes intellectuelles ainsi élaborées vont prendre la tête à la société française, réussissant, par leurs "concepts" (?), à faire dire/penser à beaucoup l'exact contraire de ce qu'ils avaient sous les yeux tous les jours sur leurs terrains (extraordinaire méthode d'aveuglement, qui dure encore) (qui a d'énormes conséquences "sociales") (et dont certains, qui l'aperçoivent partiellement, s'interrogent encore vainement sur les causes) (voilà enfin une intuition vague clairement posée : le rapport direct entre l’universalisme spécieux et le caractère confiné de son centre émetteur, particulier à la France).

 

- Le mouvement de "provincialisation" de la France hors ce petit univers, par la capitale et ses pouvoirs (intellectuels, culturels, artistiques, médiatiques...) commencée depuis des siècles et très avancée, trouve en Mai 68 un vecteur de renforcement particulier : encore plus qu'avec le Tour de France ou Guy Lux, la France est, par la radio et la télévision (le message, c'est le médium), suspendue aux lèvres des commentateurs des évènements, entre la rue Gay-Lussac et les réactions du Premier Ministre. A la fac de Toulouse occupée, les hérauts de la liberté et de l'imagination, chaque fois qu'ils proposent quelque action hic-et-nuncquienne en AG, s'entendent répondre par les organisés et leurs chefs, l'oreille collée sur le transistor, qu'il fallait attendre de voir ce qui allait se passer cette nuit sur les barricades de St-Germain et les analyses qui en sortiront demain sur les fameux "rapports de force".

On se serait cru tombé dans les pages d'un Brave Soldat Chvéïk transporté dans les bureaux et les champs de bataille de l'Action Philosophico-Politique en Campagne (on était très peu nombreux à en rire) (après avoir tenté naïvement, pour ma part, de lancer des propositions de type un peu alphonsallaisien mais qui avait cependant la qualité d'aller sur un mode joyeux à la rencontre de ce monde ouvrier dont tout le monde parlait sans le connaitre) (mais il fallait s'identifier à toutes les victimes de toutes les misères du monde, et non comprendre ce que nous étions là, et cela excluait le rire) (autre révélation d’importance : très peu d’humour en 68 au sens propre du mot, si beaucoup de ricanements envers le peuple réel).

Je ne pense pas qu'il y ait JAMAIS EU AU MONDE une révolte d'étudiants "en colère" aussi peu inventive, et qui se prive aussi volontairement de toute initiative locale, excentrée, originale, pertinente, décalée, positive, de toutes manifestations plurielles de la liberté : du coup, c'est le triomphe du manque complet d'imagination (qui se veut naïvement au pouvoir, au même moment où elle brille par son absence dans les seuls temps/lieux et occasions de contre-pouvoir où justement elle peut se fonder et fonder les principes de perpétuation de son exercice) (et quand manque l'imagination, ne restent que les utopismes grossiers, les concours d’invectives et la casse) (toujours valable aujourd'hui) (regardez l’an passé ce chef d’œuvre d’inimagination que fut Nuit Debout) (on en a tous les jours de nouveaux exemples. Oh tout ce gâchis, de temps, d'idées, d'énergie, de salive, d'argent, qui dure depuis des dizaines de décennies dans des tas de domaines, c'est un drame français...!).

Caricature qu'à ma connaissance personne encore n'a signalée dans ses fondements et ses ressorts. Et dont je pourrais donner maints exemples hilarants. (on me rétorquera qu'il y eut quand même des initiatives et de la création, ateliers d'affiches, dessins, journaux éphémères où chacun passait à tour de rôle dans tous les métiers du journalisme et de l'imprimerie, expos sauvages, théâtre improvisé, rencontres dans les rues ou dans des endroits insolites, etc. : je répondrai qu'effectivement, et qu'en effet je ne retiens ici que les arguments qui servent ma thèse. Mais la thèse inverse est tellement mensongèrement montée en épingle depuis 50 ans que pas besoin que j'en rajoute) (le chauvinisme franco-lutécien est quelque chose : il y a toujours eu d'extraordinaires pionniers dans tous les domaines, en France, à Paris et ailleurs : mais se souvenir que Paris les a boudés longtemps, avant, quand ils furent inévitables, d'en remettre sur leur consécration, tè prenons Baudelaire ou Rimbaud, par seuls exemples de choix, il y en a des centaines d'autres, c'est presque la règle) (les établis, sur le moment, consacrent toujours les faussaires, vous allez voir si ça va pas être pareil en ce mois de mai 2018) (Sollers osera-t-il revenir parler de Debord ?) (ô mânes de Noël Arnaud, qui nous réjouissait à ce sujet dans sa maison de Penne/Tarn, temple de la dive botelha !) (et ce commun prénom me fait penser qu'il y a pas mal d'Arnaud dans Godin) (òme d'òc, you know ce qu'il te reste à faire) (bien entendu, pour les sociologisants de la vulgate marxiste ou libérale, la nature complexe et transhistorique de ce qui permet ou non la liberté ou la faculté d'imagination et d'invention n'est pas objet d'étude) (les intellectuels qui croient qu'ils étudient la "réalité" alors que les autres s'occupent de "représentations") (et, parmi eux, ceux qui viennent vous dire, ils seront nombreux parmi nos lecteurs, que votre fameux "unitarisme issu du centralisme" n'est que "la forme – locale, transitoire, secondaire, induite, etc – du phénomène universel de la domination bla bla bla", plaquant un général réponse-à-tout sur un particulier qu'ils n'analysent jamais dans sa spécificité) (ce qui s'appelle l'universalisme abstrait) (on ne peut pas en vouloir à ces penseurs, c'est leur formation qui veut ça, et l'unitarisme a un pouvoir extraordinaire).

 

La suite : réforme bâclée de l'université dès la rentrée (mais il faut aller vite) ; audience accrue du gauchisme politique, qui va durer durer ; rattrapage de la société française, à sa façon, de son retard dans les revendications sur les mœurs, qui sera freiné un temps dans ses dérives trop bourgeoisiennes par le marxisme dur des gauchistes à doctrines et les critiques de quelques vrais anarchistes ou autres, (cependant que les droitistes sont de plus en plus fascinés), mais l'universalisme abstrait (issu de l'unitarisme, lui-même issu du centralisme intellectuel) sera en fait le grand vainqueur culturel de ces événements (les bourses prolétariennes en étant sur le moment le grand vainqueur économique, nous sommes nombreux à en avoir profité). Et il est toujours là, plus fort (s'appuyant sur les concentrations financières nouvelles, qui le cachent comme tel aux gauchisants, et à plein d'autres) (à mon humble opinion, les situationnistes furent les unitaristes -ô combien franco-franciens, donc !- les plus conséquents de toute la période, explorant ses confins - sans jamais réussir à voir au-delà - avec un prolétaro-aristocratisme de bonne facture chez les meilleurs, provincialisant avec talent tous les apprentis récupérateurs) (qui gagnèrent vite, ce qu'ils avaient à gagner) (les places et le déshonneur).


 

De Gaulle, relisant Tocqueville, ou prenant conseil auprès de gens qui le relurent pendant l'été (il y avait des dossiers dans les tiroirs depuis longtemps, mais enfouis), se remit à comprendre que la centralisation excessive de certains pouvoirs conjoints fragilisait, en cas de crise dure, le pouvoir suprême. La solution était donc de reconstituer de petits contre-pouvoirs locaux, bien ancrés sur leurs terrains, qui noieraient les agitations radicales dans la gestion de problèmes circonscrits, et ne seraient jamais assez forts pour ennuyer trop le pouvoir central. Il y avait aussi chez De Gaulle un certain utopisme sincère, celui qui l'avait conduit à garder des "gaullistes de gauche" dans le gouvernement, et qui le mena à prôner la fameuse "participation". Utopismes combattus de l'intérieur du pouvoir par ceux qui devaient prendre sa suite (Pompidou, Giscard D'Estaing...) et qui firent capoter le référendum de 1969 sur la "régionalisation".

 

Bien entendu, la question du centralisme intellectuel, culturel, artistique, journalistique - bien différente de celle de la centralisation politico-administrative et de ses "excès" - n'était posée par personne en France - sauf par un Feliç CASTAN inaudible, du fait de son anti-régionalisme "paradoxal" - même si certains conseillers de Pompidou sentaient confusément qu'il y avait quelque part par-là (mais où ?) un vrai problème (quelques-uns avaient lu Lafont et autres penseurs régionalistes) (et la décentralisation sans décentralisme arrivera 20 ans après dans les bagages des anciens de 68 désormais aux affaires) (l' inimagination au pouvoir, comme il convient) (n'avoir pas su démontrer par l'action, aux forces de gauche notamment, quel était le levier sine qua non de toute transformation en profondeur du pays est bien de notre fait, puisque c'est nous qui seuls l'avions sous les yeux et qui n'avons pas su le voir) (bats ta coulpe, Occitanien, bats ta coulpe !)



Felix Castan, Claude Sicre et Henri Meschonnic place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1995. Crédit : Carrefour Culturel





 

Enfin révélée LA SEULE ÉPOPÉE, etc. (voir l'intro) :
 

Le mouvement occitan n'a, pas plus que d'autres, été inventé en 68 (et à l'époque, je ne l'ai pas croisé à Toulouse : Alcouffe, président de l'Unef et personnalité de cette époque, en parlait certainement en mai et un des premiers, mais je ne l'ai pas entendu hélas dans ce genre de propos).

Mais, encore hélas, Mai 68 va prendre la tête à ce mouvement (la provincialisation nouvelle - c.-à-d. le barrage à l'approfondissement d'une vraie démocratie pluraliste, donc anti-centraliste - touche tout le monde) en même temps que lui apporter de nouveaux militants (qui seraient venus de toutes façons, à mon avis, sur d'autres bases) (on n'en saura jamais rien).

Il va se laisser inspirer par toutes sortes de gauchismes, réformistes ou révolutionnaires (maoïsme) dont il ne voit pas l'unitarisme sous-jacent. Il ne voit pas où doit se porter son action, alors que tout lui indique (tous les hommes politiques français, de tous les bords, en viennent, à un moment ou un autre, à parler de la nécessité de revoir les institutions, l'organisation politique du pays, à se rendre compte qu'il faut, avant de décider CE qu'il faut faire, de revoir les règles du qui décide quand comment et en fonction de quoi - même les étrangers le leur disent - et tous finissent par abandonner ou reporter, vaincus par ils ne savent quoi, une routine, un immobilisme implacable qui les dépasse) (le mouvement occitan a là un boulevard devant lui, s'il sait désigner les profondes racines et le fonctionnement de cette mystérieuse routine) (et la littérature occitane lui fournit tous les matériaux voulus).

 

La complexité de la question occitane est tellement grande qu'elle défiait, et défie toujours, l'intelligence (tout simplement parce qu'elle est le maillon cassé, ou absent, de la chaîne de pensée qui permet la compréhension de l'histoire des idées en France) (et c'est toujours depuis cette chaîne de pensée que tous nous comprenons le monde) (je pose ainsi ensemble toute l'humblesse et toute la grandeur de notre tâche) (mais seul Écho répond à ma voix) (non, le rire des dieux d'Homère me fait parfois quelque signe, et j'ai vent que Tocqueville, Jaurès, Mendès et De Gaulle ont commencé les premiers à examiner mes thèses, là où ils sont).

 

Il faudra bien des années pour que ce mouvement se débarrasse de Mai 68, cristallisation mythico-calendaire d'un certain gauchisme (c'est à peu près fait maintenant, sauf chez quelques rares intellectuels) (qui parlent d'exil pour la mobilité géographique intérieure, puisqu'ils parlent aussi de colonialisme intérieur et d'échange inégal, etc., sans avoir mesuré tous les apports de la centralisation), mais l'unitarisme à la française, lui, est encore dans toutes les têtes occitanistes, même celles de nationalistes. Alors que, justement, la seule chance historique de ce mouvement est de combattre l'unitarisme centraliste en faisant l'alliance de TOUS les français contre lui, parce qu'ils en sont tous frappés (même les parisiens et les intellectuels de l'élite - rabougris par le provincialisme qu'ils fabriquent à longueur de temps, c'est leur œuvre principale) (ils n'ont plus que ce pouvoir pour se donner l’impression qu'ils sont puissants encore, ce qui explique pourquoi ils passent leur temps à rabaisser leurs populations par tous les biais) (voir les beaufs de Charlie Hebdo et la France moisie et tout le reste depuis des décennies, tout ça né bien avant 68 et relancé après, pas du tout induit par les "évènements") (tous les jours sur les antennes et dans les films français et le théâtre et les romans à la mode, un incroyable gâchis d'intelligences et de talents qui se mettant au service de la cause contraire redonneraient à la France la vitalité qu'ils lui enlèvent) (la voilà bien la maladie, le voilà bien le remède !) (et si ce n’est pas l’unitarisme c'est quoi qui a contré les Corses, il y a peu, alors qu'ils pensaient peut-être s'en sortir tout seuls ?) (le jacobinisme, répondent les abonnés aux vieilles lunes) (ou le "parisianisme" ou je ne sais quoi d’aussi simpliste), parce que l'occitanisme est, à mon sens, le mieux placé pour jeter les bases stratégiques de cette alliance. Pourquoi le mieux placé ? Parce qu'il n'a pas le choix. Il ne peut pas, comme d'autres mouvements de cet ordre (apparent), rêver à faire échapper l'Occitanie (c'est quoi ?) de la France : on voit l'échec de ceux qui ont prôné cette stratégie. L'Occitanie (ses oeuvres dans sa langue, sa culture dans ses deux langues, ses réalités de toutes natures) A FAIT la France, plus que toute autre partie de ce qu'est la France, justement parce qu'elle en est toute autre chose qu'une "partie" (c'est justement ce qu'il faut faire savoir, car c'est un occulté majeur de notre histoire) autant qu'elle a été faite par la France. Et, ce comprenant, l'occitanisme (cessant illico d'être un régionalisme, et le régionalisme le plus faible qu'on ait jamais vu) devient ce qu'il est essentiellement (bien vu !), le seul mouvement capable d'aller remuer les fins fonds de l'idéologie française et par là de proposer à tous les Français cette épopée dont je parlais : celle qui, dans la joie de la découverte d'un continent jusqu'ici inaperçu, revisitera toute l'histoire de la pensée française, allant de surprise en surprise ("c'était donc ça !"), fera sauter tous les blocages et nous ouvrira les chemins innombrables de l'imagination créatrice. Amen amen (j'ai soif !).

Mais c'est une autre histoire, dans laquelle Mai 68 n'a guère d'importance. Autant dire aucune.
 

Merci de votre lecture !!!!!!!!

 

Et, si vous voulez, on fait un hommage à Séguy, à la Bourse du Trabalh, pour la date anniversaire des accords de Grenelle. Avec chansons en patois toulousain et fanfare des Pescòfis. N'oubliez pas d'inviter Mélenchon, surtout !





Repas de Quartier à Arnaud Bernard, Toulouse. Crédit : Carrefour Culturel




 

Annexes

 

68 et la musique
 

Bernard LORTAT-JACOB, ethnomusicologue français de réputation internationale, lança dans les années 80 une réflexion sur le manque de musique en actes constaté pendant les dits "événements". Se posait la question. Mes réponses, qui tournaient autour de l'analyse du centralisme et du folklore, l'intéressèrent.

 

De quelles musiques parlions-nous ?

De celles qui, puisées dans le folklore, aux USA, dans toute l'Amérique du Sud, en Espagne, en Italie et partout dans le monde, permettaient et stimulaient la création collective de paroles nouvelles, la danse et même l'invention de danses, l'accompagnement hétéroclite faisant flèche de tout bois, créaient une communauté éphémère inventive dans les manifs et autour. Avec un suivi hors des actualisations ponctuelles, une mémoire collective, des ajustements incessants mélangeant apports savants et anonymes, une invention perpétuée.

 

Rien de tout ça en France !

En 68, la CGT faisait chanter "Pompidou navigue sur nos sous" et quelques autres refrains du folklore scolaire, les gauchos invitaient parfois quelques chanteurs à texte à écouter religieusement, et les musicologues free-gides croyaient voir dans la liberté musicale du free-jazz un vecteur de la liberté politique (mythologie des liens directs entre révolutions politiques et révolutions artistiques, tarte à la crème toujours en vogue chez nos "plus grands intellectuels").

Les populations absentes toujours et partout, sinon comme consommateurs vainement recherchés, et jamais dans leur participation inventive (mais qu'est-ce qu'ils en parlaient, les gauchos, de participation, en organisant le contraire !).

Les choses n'ont pas changé. Des générations entières, depuis plus d'un siècle, de jeunes - et de vieux - français admirent, consomment et surtout vivent les musiques populaires de presque partout (USA, Angleterre, Sud-Amérique, Espagne, Afrique, Inde, Pays de l'Est, Italie) alors que la musique/chanson française n'est "consommée" nulle part ailleurs qu'en France et sur le mode "consommation", justement (plus de musiqués que de musicants, devant les musiciens) (lire Gilbert Rouget).

Alors c'est quoi, ce problème avec le folklore ?

Venez voir à Peuples et Musiques au Cinéma, fait pour ça !

(au fait, c'est à peu près pareil, avec d'autres chronologies et dans d'autres mécanismes intérieurs, pour le théâtre, la littérature, le cinéma et autres).

 

Lecture : une Toulouse d'avant 68
 

… Mes origines sociales et méridionales mélangées, mes diverses "formations" avaient tout fait pour que je ne vois pas le monde comme tout le monde : dans les bars un peu intellos ou artistiques de l'époque, à Toulouse (donc avant 68) (ne croyez pas que j'exagère, c'était pire que ce que je raconte !) (vous n'avez pas connu ça, vous gens des petites villes et des campagnes qui me lisez !) on n'entendait que petit-bourgeois (ou fils de grand, parfois) (rares boursiers) qui parlaient de leur prochain voyage à Paris, ou qui revenaient juste de Paris où ils avaient vu ceci cela (des conneries) et de leurs tantes qui habitaient à Paris dans le 16e bien sûr, ou alors c'était la ridicule (quand on sait) mythologie de St-Germain des Prés et les intellos engagés du Flore (ça marche encore) ou les révolutionnaires romantiques de là-bas ou alors c'étaient les artistes, de Paris, qui devaient venir en "province" chez nous parler de peinture ou présenter leurs films, ou les chanteurs rive gauche qui allaient venir nous chanter Paname et la gauche bohème, de Pantruche pour changer un peu, ou encore des études qu'ils allaient partir faire à Paris, etc. Et toute leur aventure dans la vie était contenue dans le seul nom de Paris. Tous comme ça, à l'exception - ils revenaient eux aussi toujours à Paris mais savaient parler d'ailleurs - de quelques originaux en burberry qui parlaient de Londres, de beats proprets qui parlaient d'Amsterdam ou de Marrakech, d'un génie (qu'est-il devenu dans la vie, celui-là ?) qui parlait toujours de Sète (haschich du Maroc arrivé direct, groupes anglais bientôt célèbres qui passaient par là avant d'aller en Espagne, chansons napolitaines, esprit du port et cuites dans d'authentiques rues de la Sardine). Et j'étais l'exception qui pas un mot pour Paris et ne parlait que de New-York Monterey ou de Poughkeepsie/ Plouc-ghkeepsie pour les emmerder, et qui comparait mes terrains vagues d'enfance à ceux de l'Amérique des années 20 que je fréquentais par la lecture de Bicot du Club des Rantanplan (ils connaissaient pas Bicot, mais je les impressionnais) (il y avait aussi trois filles des jeunesses communistes ou filles de militants - dont videmment une fille d'immigrés italiens de Vénétie, c'est toujours comme ça chez nous - qui passaient régulièrement et parlaient aussi de Paris mais pour d'autres raisons : deux iraient plus tard s'y installer à contre-coeur, parce que c'était là-bas qu' il y avait du boulot dans le tertiaire journalistico-littéraire et le professorat et les services culturels des mairies de leur bord, mais bon, il fallait bien, c'était une chance d'avoir ces possibilités) (oh, quel gâchis, quand même, leurs enfants élevés loin de leurs grands-parents et des villages péri-toulousains, alors que nous aurions pu avoir chez nous autant de robustes petits garçons jouant au rugby d'une main et lisant Kerouac ou Castan de l'autre, et d'aimables petites filles qui feraient de solides études et, plus tard, prendraient résolument en charge, avec de grandes conceptions sociales, la vie de leur cité ou de quelque entreprise innovante) (dont je lisais des descriptions californiennes futuristes dans Sélection du Reader's Digest depuis les années 50 y avait plus qu'à adapter ça chez nous en prenant les bonnes idées et en laissant tomber les idioties amerloques) (les grands-mères de la campagne auraient donné d'autres valeurs aux petits-enfants) (oh oui, tout ce gâchis : j'en pleurerais, si j'avais un mouchoir).

Donc, Paris et la diffusion massive des modes à la con m'étaient ainsi devenus synonymes (je découvrirai Fourès plus tard, et ça me rappellera des choses). Le problème, monumental, et qui m'aurait écarté de tout régionalisme si j'en avais eu l'idée et la tentation, c'était que la plupart des trucs bien c'était aussi Paris qui les produisaient ou les diffusaient : une vraie Capitale, donc. (je voulais y aller faire un tour, moi aussi).

Ces jeunes attablés (pour la plupart des Toulousains) (et à l'exception des trois jeunes filles) se répétaient de diverses façons : "Rien à foutre à Toulouse ! Ville de ploucs et de ratés !" (ça vous l'avez tous connu chez vous, je suppose).

Mais moi ça commençait à me courir, ces refrains, et je ne me sentais ni plouc ni raté, au contraire, j'avais de formidables ambitions pour moi et tous mes copains de partout, et des projets délirants à réaliser tout de suite sur place (par exemple, pour commencer, racheter un terrain vague du foot, menacé par des promoteurs, avec l'argent que nous rapporterait un roman d'action urbaine à écrire à plusieurs) (sous ma direction) (plus tard devenant un film) (et là il aurait pu y avoir des chansons originales, pour une fois).

Et, me demandai-je, que pouvait être l'intelligence de ces parisiens qui acceptaient de jouer ce rôle de messies de l'intellect ou de l'art devant de tels moutons ? Ils avaient pas honte ?

Aucune fierté de leur métier ? Aucun honneur ? Ça les gênaient pas, de vaincre sans périls ? (en réalité, je le comprendrai plus tard, ça les empêchait d'inventer quoi que ce soit, et il faudrait pas attendre longtemps pour que beaucoup d'entre eux ou leurs petits frères, après tant de temps passé à cracher sur l'Amérique, tombent sans recul et sans contre-poison élaboré dans les filets des pires americâneries, toujours prêts à tourner venir en "province" nous les revendre avec un peu de french parisian touch ajoutée).

 

Alors, toujours dans ces cafés, je me lançai intrépidement (un véritable héros solitaire dévoué au bien public) dans des discours mégalomanes d'aventures hollywoodos-toulousaines qui faisaient rêver mes auditeurs, exactement comme je le faisais en bas de ma cité, mais avec quelques références littéraires en plus. Censément pour donner de l'enthousiasme à tous et retenir l'exode (ou le ramollissement) (des cerveaux) (j'ai jamais changé, en gros) (les jeunes filles communistes m'aimaient bien)...



 

Bébêtise des graffitis
 

Jamais compris, depuis 68, l'engouement de la presse et de nombreux artistes ou intellectuels pour les graffitis de 68.

Je les ai toujours trouvé cuculs, ou concons.

Me vient en tête, toujours : "Il est interdit d'interdire." Je ne pense pas que dans leurs plus mauvais jours, même très fatigués, les spécialistes des paradoxes comme Oscar Wilde ou Cocteau, qui en produisaient souvent de très mauvais, auraient osé sortir ça. Et Prévert non plus.

Du mauvais cirque littéraire. Y a pas mal de champions de ce sport, en France. Récemment, la revue de la SACEM s'extasiait devant les paroles d'un chanteur français qui avait écrit : "Même les tilleuls mentent." Vous voyez un peu le niveau. Pourtant, la culture française a eu des bons frappeurs de phrases, dans ce registre : je relis souvent Alphonse Allais, depuis plus de cinquante ans, et il me fait toujours autant marrer, et j'en ai toujours fait la plus persévérante promotion partout (ici encore). Quelle décadence !

 

Expliquez-moi d'ailleurs ce qu'a d'intelligent la phrase de Breton sur "les mots qui font l'amour", que certains commentateurs cultivés (?) ont ressorti à propos des graffitis. Et qu'admirent encore les critiques et tous les benêts de la fausse littérature (Bernard-Henri Levy a fait semblant de l'inventer dans une interview, il y a peu, c'est dire). Ne signifie strictement rien et n'évoque rien. Sauf, peut-être, pour les plus retardés du structuralisme scolaire et du surréalisme bêta. Et les toujours "hébétés", par tous les tours de passe-passe sans signifiance, les virtuosités gratuites, les attrape-nigauds.

Pour faire le lien et en revenir à Alphonse Allais, c'est chez lui que j'ai trouvé une des plus belles phrases concernant ce qu'on pourrait nommer la psycho-musicologie : décrivant un défilé militaire et son public, il notait : "L'âme des enfants vibre au vide ronflant des tambours." Quel balancement ! La position des deux "vi", les deux "ant, le "flan" qui rappelle le "fla" (onomatopée d'une frappe de tambour) (c'est sans doute moi qui vais loin, là) j'en passe, et ce au service de la plus fine des remarques (à tous points de vue, physique acoustique la peau qui vibre et vibre l'air et psychologique pour faire vibrer l'âme des enfants bien vu - et âme qui dans les violons transmet les vibrations des cordes - remarquable choix du mot). Une des plus belles phrases de la littérature française. Oui, quelle décadence !

 

Il me vient aussi : "Soyez réalistes, demandez l'impossible !" Toujours cité parmi les fleurons de ce jeu de société que les jeunes des faubourgs pratiquaient autrement mieux (je me souviens de celui de la route vers Narbonne je crois où, sur un mur toujours plein de graffitis et fraîchement et entièrement reblanchi, un arganhòl inspiré avait écrit un énorme "Tiens ! Ils ont repeint", qui avait fait rire toute la ville).

Ce "demandez l'impossible !" résume très bien la situation : celle du petit garçon qui a toujours demandé tout à papa, et qui continue, sur sa lancée, sans voir l'énormité de ce qu'il sort à l'heure où il se veut libre.

Les graffitis violents, genre "un bon flic est un flic mort" ou je sais plus quoi avec les CRS me heurtaient : c'est vrai que les CRS ou les flics n'évoquaient pas chez nous les Versaillais venus de province réduire dans le sang les révoltes de la Commune, mais plutôt certains enfants de nos voisins du quartier ou de cousins plus lointains. Et puis, on ne se rêve pas en assassins, chez nous.

 

Je pourrais continuer comme ça longtemps… Pas un de ces graffitis qui m'ait jamais fait rire ou simplement sourire ou m'ait fait passer la moindre idée intéressante. Serais-je l'enfant d'une autre civilisation ?

Celui d'Ètelin que je cite plus haut, oral, oui, et beaucoup de ceux des rues de Toulouse, en dehors de 68, m'ont souvent réjoui. Ceux des maos parisiens arrivés en force à Toulouse en 70 étaient aussi très réjouissants, pour d'autres raisons : ces maos (aussi spontex qu'une marque d'éponges) faisaient des fautes d'orthographe exprès, pour faire croire que c'étaient des gens du populo qui les avaient écrits. Mais, comme ils venaient de Paris, ils faisaient des fautes qu'un prolétaire toulousain ne pouvait absolument pas faire, à cause de l'accent et du parler populaire toulousain, et l'effet recherché était lamentablement raté, les gens disaient : " Ah ça, c'est les maos de Paris ! "


 

Lecture : mes formations
 

… Je n'avais aucun genre de chauvinisme toulousain, ou régional. En fait, j'habitais culturellement aux USA, où j'avais trouvé appris et adopté une philosophie enthousiaste de l'initiative individuelle (là où on est, dans tous les moments de la vie) qui construit immédiatement du collectif, une philosophie de l'esprit d'entreprise et d'aventure, la pensée d'une forme de démocratie qui mettait les inventeurs pauvres au-dessus des bourgeois confits dans leurs certitudes de tous ordres, un optimisme positiviste un peu béat mais mobilisateur, de la confiance dans les inarrêtables progrès de la technique (ça je le trouvais aussi dans les publications communistes, j'y viens) et tout ce genre de choses. Un vrai enfant du Plan Marshall.

Cet habitacle culturel était contrebalancé par ma petite vie d'enfant d'ouvrier méridional (le patois des grands-parents quand ils s'engueulaient, le " francitan" partout, l'accent de tout le monde, le père et le grand-père champions locaux de boules avec tout le folklore local qui va avec, les origines biterroise, tarnaise, ariégeoise et gasconne...) (quoique tout ça loin de la campagne, c'est important), contrebalancé aussi par la sympathie d'une partie de ma famille pour le Parti Communiste, ainsi que par leur "militantisme" laïque et social de tous les jours : ma mère était aux Femmes Françaises, elle nous faisait lire Vaillant, me faisait chanter aux fêtes du PC ou du Cercle Laïque et, avec mes frères, on allait tous les étés à la colonie CGT d'Ussat-les-Bains (enfants de républicains espagnols, de réfugiés, de syndiqués, de militants, orphelins..). Tout ça allait forcément avec d'autres lectures et d'autres folklores, qui relativisaient le premier.

 

Ces diverses "formations" furent elles-mêmes contrebalancées, assez classiquement, par l'école : lecteur insatiable depuis ma jeune enfance, et bien que partageant et même souvent organisant (déjà) les jeux, les matches et les loisirs des copains de la cité où j'ai grandi, je me suis pris au jeu de la culture classique française car, bon élève quand je voulais, je m'étais retrouvé au Grand Lycée de Toulouse en 6e, premier de ma famille et de mon milieu à connaître ça (avec le latin, l'anglais le russe et le reste : mes copains d'en bas se demandaient ce que je pouvais bien foutre).

La nature hétéroclite de ces formations, continuées à l'adolescence et après, vont peu à peu m'isoler de tout le monde : je restai très copain avec mes voisins de la cité mais je n'appartenais déjà plus à leur monde : ils avaient passé le certificat d'études et ils étaient apprentis ou ils travaillaient déjà à 16 ans et certains s'étaient mariés, bien obligés, à 20 ans ; j'avais des copains au lycée, mais rarissimes étaient ceux qui m'invitaient chez eux : je n'avais jamais été de leur monde (très séparés les mondes, en ces temps). Me restaient quelques copains de la musique ou du sport ou des conversations littéraires et philosophiques : mais des sportifs (de terrain vague) aussi musiciens (de quartier) aussi intellos qui avaient lu Pim Pam Poum et Buck John et jamais Tintin ou Spirou ou que sais-je dans leur enfance et qui se régalaient à lire Platon autant que la Série Noire et qui préféraient Steinbeck ou Jack London à Sartre et bientôt le blues rural à la variété rock et bientôt au rock tout court, c'était plutôt rare.

Je ne me retrouvais dans aucun milieu, et dans aucun courant de la culture française. Mon Américke populaire et inventive avait définitivement provincialisé dans mon esprit la culture faux peuple qu'aimait la bourgeoisie française, tout autant que ses gloires médiatiques et ses chichis mondains, tout ça suant le mépris des populations et de la "province", auquel j'étais sensible ; avait éteint depuis longtemps l'imagerie soviétique (comme moi et mes copains de cité et de colo, nos parents adoraient les films américains et la musique et les romans et rêvaient de voitures et de frigos amerlocks et badaient les prolos en jeans de là-bas) ; mes études lycéennes m'avaient donné une curiosité intellectuelle (merci les instits et les profs, et merci les hussards noirs qui avez instillé plus tôt cet esprit d'étude dans la tête des pauvres !) et un autre recul sur les mêmes productions commerciales pseudo-populaires ou un quart-savantes que celles que mon Américke provincialisait par le bas (on nomme ça une prise en ciseaux). Et qui dans le même mouvement me permettaient un recul sur mon folklore américain.

 

Tout ça explique peut-être pourquoi je n'étais pas prêt à devenir un petit soldat de Mai 68. Mais j'ai beaucoup appris...

 
 

Du centralisme et de l'unitarisme (français bien sûr)
 

CASTAN écrivait dans les années 60 que le centralisme “est aussi invisible et aussi présent que l'air que nous respirons". Image forte ! En fait, quand on l'a repéré, on le voit partout à l'œuvre, depuis des siècles, dans toutes les œuvres de la culture française, la littérature, la critique, la musique, le théâtre, le cinéma, la philosophie, la sociologie, l'ethnologie, l'anthropologie, l'histoire, on l'entend sans arrêt dans les radios, à la télévision, on le lit dans les journaux, partout. Il est l'inconscient collectif du pays et de toutes ses entreprises culturelles. J'ai écrit quelque part, pour me moquer, que l'inconscient de la France était structuré comme le rapport Paris-Province. Il engendre l'unitarisme, et ce dernier installe sa toile en cachant ses origines politico-culturelles, et devient un système de réflexes de pensée qui semble naturel, rationnel, incritiquable, qui est admis par tous sans discussion, et qui génère une impossibilité de penser rêver autrement, c’est-à-dire hors de ce système. 68, les évènements et, surtout, la mythologie qu'on a plaquée dessus depuis 50 ans, en est un bon exemple. Ceux qui s'opposent sur 68 admettent pareillement les principaux thèmes de cette mythologie : mais aucun ne remet en question fondamentalement cette mythologie, en l'analysant comme telle. Ce que j'essaye de faire rapidement, en montrant comment elle s'était construite. Il faudrait des pages et des pages pour démontrer que c'est l'unitarisme centraliste qui est derrière cette construction, comme maître d'œuvre et d'ouvrage. Rien à attendre de l'université et des thèses pour commencer ce travail. Quel étudiant, quel professeur voudraient s'attaquer à analyser l'invisible ? C'est le rôle des créateurs, de le rendre visible. En montrant, de l'encerclement, les tangentes à prendre. Puis ce sera le tour des théoriciens, des politologues, des historiens, etc, d'expliquer ce que les créateurs ont mis en lumière. Il faudra tout relire, tout retraduire, tout revoir : un extraordinaire chantier. Et la plus fabulouse des aventures, pleine de joies, d'amour, de fantaisie, d'humour (courtois) et d'inventions si extraordinaires dans tous les domaines que les imaginatifs de la Silicone Valley et les malinas du Céleste Empire Pop. en resteront sur le Q.



 

Nos contrepieds aux pseudo-idées de 68
 

J'en ai souvent parlé comme ça, quand on me questionnait sur Arnaud-Bernard, et ce qu'on y faisait. La logique utopiste qu'on nous servait était toujours la même : demain ou ailleurs ou demain et ailleurs.

Demain, c'était l'après : après la "révolution" (tout se règlerait ou en tout cas serait sur le chemin de), ou après quelque perfectionnement personnel (méditation, yoga, travail sur soi etc) ou après je-ne-sais-quoi, toujours après, bientôt, plus tard ("on discutera de ça plus tard, ce n'est pas l'urgence") (et en attendant on fait comme avant).

J'en ai fait une chanson (deux mêmes, une en français, et une moins connue en langue d'oc).

Les ailleurs, vous les connaissez :
 

- les ailleurs familiaux/sociaux, la "communauté" (ghetto des gens du même âge et du même avis, l'horreur absolue, pour contester la famille patriarcalo-étouffante bla-bla), les diverses formes d'ermitage et de solitude choisie, tous les regroupements par thèmes (de la secte au bon chic branché loin des "fachos", "ploucs" et autres "square" comme ils disaient, ou alors en plein milieu mais pour les éduquer, les pauvres).

- les ailleurs géographico-culturels, les îles bienheureuses (l'enfer du tourisme profiteur à bas prix), les contrées exotiques où se sont gardés ceci cela et où souffle la spiritualité machin (l'Inde, le Népal, les réserves des indiens Yaquis et tout ça) ou celles où il faut soutenir la révolution déjà faite (Cuba, meilleur exemple), les campagnes pauvres que l'on va faire "bouger" (voir plus haut), les grandes villes où tout se passe (bien sûr Paris, bientôt provincialisée par New-York, Londres, Berlin, voire Barcelone, Tokyo, aujourd'hui Pékin ou Edimbourg ou ce que vous voulez) (le tour du monde branché des magazines est aussi prévisible que l'horoscope des journaux). Sans parler des ailleurs dans la tête, la fuite de tout et de tous, et ce qui s'ensuit (pas besoin de développer).

Nous avons nous choisi l'ici (chez nous), le maintenant (tout de suite, aujourd'hui) et l'avec tout le monde (tous les gens qui s'y trouvaient), affrontant en face toutes les idées qui étaient là, sans rien fuir.

Ce qui nous a mené à penser la concitoyenneté comme préalable à la citoyenneté, le civique avant le politique et donc les contre-pouvoirs à LA politique, l'éthique de tous les jours (et donc la morale, contre les moralismes et les amoralités), et qui a contribué secondairement à nous mener à un certain occitanisme (venu par ailleurs mais qui a excellemment montré son efficacité dans l'action, quand il n'était pas un plaqué, quand il inventait des réponses à des questions qui se posaient n'ayant rien à voir directement avec le thème occitan).

 

Aucune idée ou ambition de changer le monde ou la vie en général, mais changer un peu notre quartier et notre ville, et un peu nos vies, par des œuvres de tous les jours dans tous les domaines où nous pouvions nous donner un pouvoir collectif de le faire. En nous informant tous les jours de ce qui se passait ailleurs (sont passés des émissaires du monde entier, qui venaient nous visiter) mais sans jamais sacrifier à aucun modèle, tout rediscuter sans cesse avec le plus grand nombre et tout essayer dans des pratiques quotidiennes publiques, au vu et au su de tous. Le contraire de toutes les utopies : l'hic-et-nuncquerie généralisée et la démocratie sans craties extérieures à celles que trouvait chaque activité.

De ce poste, nous avons pu mesurer les incroyables forces que pouvaient générer des analyses claires de chaque situation, et la force de l'occitanisme réfléchi dans ces situations ; c'est de ce poste, tout en bas de la société française, en "province", dans un quartier populaire du centre-ville, en compagnie de gens d'origines diverses mais toujours très modestes, que nous avons pu voir à l'œuvre, partout, ce que nous appelons l'unitarisme centraliste, qui désoriente toutes les analyses, en dernier ressort. Tous les termes qu'on nous a proposés (et donc toutes les analyses qui les soutiennent) ne rendant absolument pas compte des résultats de nos expériences pendant quarante ans. Ce qui peut suffire pour les émissions des radios publiques, les journaux nationaux ou régionaux, les partis politiques, les sociologues, les militants régionalistes, les thèses d'université, les premiers ministres ou les présidents de la république ainsi que pour les livres à gros tirages ne suffit pas à ceux qui ont vécu ces années dans un petit quartier de Toulouse (ou dans d'autres ailleurs "périphériques").

 

Claude Sicre, mai 2018
 




 

Affiche de l'édition 2018 du Forom des Langues du Monde

 

Sicre par Claude

Claude Sicre : grandi à la Cité de la Dépêche, quartier des Minimes (un des premiers HLM de Toulouse, au milieu des entrepôts, des scieries, des terrains vagues et à 500 mètres de la dernière ferme de Toulouse faubourgs). 
Connu comme un des meilleurs joueurs de foot de rue de tout le Nord de Toulouse (a joué au rugby aussi en minime au Stade Toulousain et en junior A au TUC).
Veut travailler et partir voyager aux USA et se fait virer de Fermat en seconde. Lettres Modernes et Institut de Sciences politiques, puis Philo après 68.
Pion, puis USA en 72 (traversée en stop et rencontres à Hollywood).
Retour en France, petits boulots (chauffeur-livreur).
Veut toujours être scénariste de cinéma toulousain (et musicien du samedi et du dimanche aprèm dans le quartier). Corrige et réécrit des polars pour des auteurs. 
Stagiaire à la Série Noire (Gallimard), temple du roman américain et des cinéastes de ce genre qui viennent y chercher des scénarios.
Tout est en place pour son parcours.
Découvre l'occitanisme dans ce Paris (1976) et, rentré à Toulouse, y plonge définitivement.

Deux filles, deux petits-fils.
Pionnier de grands mouvements concitoyens, repas-de-quartiers (depuis 1991), Foroms des Langues du monde (depuis 1993), conversations socratiques de rue (depuis 1991), bals pour tous, etc.


www.escambiar.com



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