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MARYSE CONDÉ : COGNÉE D’UN DÉTOUR, Ô PAYS NATAL !

Quelle beigne, un vendredi 13! «I té bel!» ont du crier quantité de téléspectateurs le 13 juillet dernier en entendant aux infos de RFO l’écrivain Maryse Condé annoncer sa rupture définitive et faire adieu à la Guadeloupe.

Mais d’abord un reportage sur une cérémonie formelle, imposée à la romancière qui eût, nous dit-on, plisimé s’en aller sur la pointe des pieds…

C’est le Conseil Général des Grands Seigneurs Karukères rendant honneurs, témoignant d’affection et de respect, bien dans le sens du poil… Un Président tout émultionné tenait à saluer en Maryse Condé "la littérature guadeloupéenne tout entière, et à lui souhaiter succès ailleurs, et… retour au pays natal…"

Mais c’était augurer d’une illusion bercée. Car la romancière accordait illico à RFO une interview exclusive, où elle dégainait avec doigté sa déception à l’encontre de la mentalité du pays, et de ses responsables trop aimants.

Merveilleuse honnêteté. A 70 ans, après 22 ans de séjour sur l’île, la Grande Condé tire un bilan à dé bonda:

Bonda flatteur pour l’apport positif de la terre, du vent, de la montagne, de la mer, des arbres et de la famille, qui ont été l’inspiration de son œuvre antillaise, œuvre qu’elle déclare désormais achevée avec Victoire.

Bonda amer pour l’isolement, l’indifférence et le rejet qu’elle a subi pendant 22 ans de la part des genses, et des responsables, du Pays Guadeloupe.

La cause de cette attitude envers elle? Elle se l’explique par le tour d’esprit critique et lucide qu’elle a envers la société guadeloupéenne et qui, pris pour négatif, déplait à ses poteaux-mit… eux.

«Le pays m’a beaucoup donné et m’a permis d’écrire mes livres. Mais les gens ne m’ont pas donné grand-chose» dit-elle en substance pour expliquer qu’elle se libère de l’exil en son propre pays pour glisser vers le tout-monde et s’offrir une aventure autrement actuelle.

Et de conclure, réaliste et sans reproche, qu’elle ne saurait reprocher à son pays de ne pas lui avoir donné ce qu’il… n’a pas. Un pays qui «par peur de l’avenir vit replié sur son passé, trop miné et trop décervélé par le colonialisme pour se tourner vers la nouveauté, la créativité».

Hormis quelques visites d’écoles, quelques rencontres de gentillais élèves, le pays et ses responsables n’ont pas su mettre à profit les compétences de la Grande Dame, dixit M. Gillot, romancière de talent, professeur à Columbia University par ailleurs, reconnue et honorée à l’étranger!

Ainsi s’en va Maryse Condé, après une carrière littéraire qu’achève sa Victoire, pour raisons de santé et de famille, dixit elle

Et de vie sauve aussi! Car pourquoi mourir chez soi étouffé par l’absence de reconnaissance et la solitude de l’inutilité?

Tel maître d’hôtel ou chef pâtissier né au bas-Fonds Laugier est aujourd’hui adulé à Montréal ou à Milan… Tel réalisateur d’effets spéciaux ridiculisé aux Antilles, est aujourd’hui assistant de Peter Jackson ou de Jim Cameron jusqu’en Nouvelle-Zélande…

La fuite, même tardive, de nos cerveaux intelligents et créatifs non reconnus, leur épanouissement à l’étranger, montreraient-ils la voie à ceux et celles qui, atteints du syndrôme de Condé, rongent ic’îles leur frein?..

Et seraient-ils un avertissement? Mais pour qui donc ce klaxon, kidonk?..

Jean S. Sahaï

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