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MARYSE CONDÉ S'EN VA, WOULO BA SA KI DÉSIDÉ RÉTÉ !

{{«... Il y a partout sur la planète de petits hommes, il n’y a pas de petits peuples » (Marcel Manville).

« Ne perdons pas de temps en stériles litanies ou en mimétismes nauséabonds.
« Quittons cette Europe qui n'en finit pas de parler de l'homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde.» (Frantz Fanon).}}

Maryse Condé quitte donc son pays natal, définitivement.
_ J.S. Sahaï nous a joliment rapporté le récit de son annonce à la télé.

Fondamentalement, elle trace pour des raisons familiales et de santé. On ne saurait lui reprocher de se rapprocher de ses médecins et de sa famille. C’est une décision légitime devant laquelle on ne peut que s’incliner.

Mais le « définitivement » nous interpelle quand même, d’autant que dans l’interview d’RF-zéro elle précise « que ce peuple ne lui a rien donné » et ajoute, non sans diplomatie, que « laminé par le colonialisme, il ne pouvait pas donner ce qu’il n’a pas ».

_ Mais qu’est-ce donc que ce peuple pouvait bien lui donner ?
_ Quelle faute aurait donc commis ce peuple envers cette grande dame de la littérature ?

On suppose qu’il s’agit de la non-reconnaissance de ses talents, de la non vénération de ses brillances littéraires.
_ Pourtant ce n’est pas une particularité du peuple guadeloupéen… Tout le monde connaît le vieil adage : « Nul n’est prophète en son pays ».

Maryse Condé reconnaît quand même que ce pays, son air, sa végétation, son souffle marin… ont été sources d’inspiration de son œuvre littéraire. Mais ce peuple, RIEN ! Terrible aveu !

Ce peuple, par ses responsables, ne lui a proposé que de rencontrer des jeunes dans les écoles. Quelle infamie !

Comment peut-on croire qu’en se promenant dans ce pays, que les vues qui nous éblouissent, que les cases en bois coloré qui nous émerveillent, que le parfum des marinades {titiri} qui se dorent tranquillement dans l’huile, que le {kolbou} qui nous met l’eau à la bouche n’ont en rien touché son âme ?

Comment peut-on croire que les carcasses de voitures laissées à l’abandon sur le bord des routes, que la bétonisation du pays, que les multiples empoisonnements que subissent les guadeloupéens et leur terre, que la xénophobie vis à vis de nos frères haïtiens…n’aient pas suscité sa colère ?

Un peuple enfanté dans les pires souffrances, qui grandit sous la violence.
_ Un peuple « à qui on a inculqué la peur » mais qui est toujours là, debout, malgré le colonialisme et sa mitraille… toute cette histoire trop longtemps cachée ne lui a donc rien apporté ?

Nous sommes sceptiques.

Elle s’en va donc vers le tout-monde. Un tout-monde qui exclut nos peuples.

Un tout-monde partagé entre New-York et Paris, « rythme binaire de l'espace » (Senghor). Elle va chérir ces capitales reconnaissantes qui pourtant ont apporté tant de désolation dans le monde : l’extermination de peuples, la traite, le code noir, les camps d’extermination…
_ Deux capitales qui agissent avec mépris et arrogance vis à vis des autres peuples.
_ Deux capitales qui oeuvrent pour maintenir les peuples de Palestine, d’Irak, d’Haïti, d’Afghanistan et d’ailleurs sous occupation !

Libre à elle de faire ce choix.

C’est sa liberté, nous respectons, mais ne partageons pas.

D’autres, avant elle, ont préféré la grande reconnaissance de l’autre en acceptant un petit banc de bambou sous les lampions, il est vrai, de leurs grandioses républiques.

D’autres le feront après.

On mesure alors combien le choix de certains intellectuels, trop peu nombreux, de nos pays est digne et impose le respect.

_ Ils ne se sont pas laissé attirés par les chants de ces sirènes.
_ Ils ont choisi de rester avec leur peuple.
_ Ils ont choisi de se battre aux côtés de leurs peuples.
_ Ils ont accepté de prendre les{ kout boutou}, de descendre dans la rue alors que les portes des salons climatisés de nos valeureux gestionnaires béni-oui-oui leur sont grandes ouvertes.

Eux non plus ne sont pourtant pas reconnus à leur juste valeur.

Mais ils savent qu’on ne peut pas exiger d’un peuple colonisé d’agir comme un peuple libre.

Ils ont compris cette chose essentielle, que leur « tâche est d'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants » (Sengor).

Et donc nous n’avons pas grand-chose à leur offrir.

Juste peut-être de leur dire que nous sommes fiers qu’ils soient à nos côtés.

Comme nous l’écrit de Petit-Canal en Guadeloupe Madame Anasthasie Mardivirin :

«{I tini rézon a li - une grann dame kon li - péyi la tro piti - two aryéré pou li… Viv les zot ki décidé resté !}»

{{«Lonè épi respé ba yo»}}

{{Pierre Papaya}}
_ Militant du PKLS

Commentaires

chantal_sayeg | 04/03/2009 - 00:18 :
LA NATURE A HORREUR DU VIDE