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MEDECINS CUBAINS EN MARTINIQUE : UNE FAUSSE BONNE IDEE

MEDECINS CUBAINS EN MARTINIQUE : UNE FAUSSE BONNE IDEE

   Il semblerait donc que suite à un amendement du Sénat, l'administration française serait prête à lâcher du lest et accepter que des médecins non formés au sein de l'Union européenne soient autorisés à exercer en Martinique.

    Ces médecins, cubains en l'occurrence, n'auraient donc aucune sorte d'examen d'équivalence à passer, contrairement à leurs confrères d'autres pays, chose qui se comprend parfaitement tant la médecine cubaine est reconnue et appréciée au niveau mondial. De nombreux pays du Sud, notamment sud-américains et africains ont bénéficié ou continuent à bénéficier de l'aide médicale cubaine et aucun ne s'en plaint. Bien au contraire !

   Mais s'agissant de la Martinique, cela apparaît comme une fausse bonne idée.

   Pourquoi ?

   Parce que notre problème est de former des médecins et surtout des médecins qui restent au pays et ouvrent des cabinets dans les zones où il y en a trop peu comme le nord de la Martinique. Or, le système actuel ne permet pas d'imposer à un jeune praticien son lieu d'implantation, les "déserts médicaux", dans l'Hexagone, se voyant contraints d'utiliser des carottes pour les attirer : prime d'installation, loyers très faibles etc. Ne pourrions-nous pas, nous, Martiniquais, envoyer des bacheliers étudier la médecine à cuba ? La CTM ne pourrait-elle pas leur accorder une bourse ? Une bourse qui pourrait être la moitié, par exemple, de celle que cette même CTM accorde aux doctorants. Ces derniers recevant autour de 1.000 euros par mois et se débrouillent avec en Martinique où pourtant la vie est très chère, nos bacheliers envoyés à Cuba recevraient 500 euros. Là-bas, cette somme constitue une petite fortune quand on sait que le salaire mensuel par habitant dans la grande île est de...19 dollars (ou 30 si on prend en compte la libreta qui permet d'acheter des produits de première nécessité à faible coût).

   Chaque année, la CTM pourrait donc sélectionner 10 candidats parmi nos bacheliers à qui cette bourse serait offerte et qui en contrepartie de cette dernière signeraient un document attestant qu'à la fin de leurs études, ils s'installeront dans l'une ou l'autre des communes du désert médical martiniquais et cela pour une période minimale de 7 ans. Au bout de quelques années, nous disposerions non pas d'expatriés (médecins cubains) mais de médecins martiniquais (formés à Cuba)). Car au-delà du bla-bla-bla sur la proximité culturelle caribéenne, il faut savoir qu'il y aura la barrière non pas de la langue mais "des" langues puisque créole et français cohabitent chez nous. Et plus créole que français dans notre désert médical !  Il faut savoir aussi que ces médecins cubains reçoivent un salaire fixé par l'Etat cubain et versé par lui, salaire qui n'est, on s'en doute bien, pas mirobolant. ll faut savoir aussi que ces médecins cubains seront assez loin de leurs familles et en souffriront et que malgré leur militantisme et leur dévouement à la cause des pays du sud, ils se rendront bien compte que la Martinique, tout en étant une colonie, n'est pas Haïti ou le Burkina-Faso. Autrement dit que si le système était différent, le système français s'entend, nous n'aurions pas eu de problème de désert médical sur un si petit territoire. Et qu'en fait, nous sommes des enfants gâtés !

   Il ne fait aucun doute que chaque année, il serait facile de trouver dix bacheliers martiniquais et qu'on ne vienne pas nous raconter que cela coûterait trop cher : la CTM vient de donner une subvention de 380.000 (trois-cent quatre vingt mille) euros à la sélection de foot de la Martinique pour aller à la "Gold Cup". Une bourse de 500 euros mensuels à 10 étudiants, ça ne fait que 5.000 euros mensuels. Trois fois rien donc en comparaison de toutes ces subventions que la Collectivité distribue un peu partout !

   L'arrivée de médecins cubains est par conséquent une excellente chose pour la Martinique mais cela ne devrait être qu'une mesure temporaire sinon c'est continuer à vivre dans l'assistanat, fut-il ce dernier caribéen...

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