Accueil

Mettre fin à l'imposture du prétendu indépendantisme en Martinique

Jean-Laurent ALCIDE
Mettre fin à l'imposture du prétendu indépendantisme en Martinique

   Ce qui se passe depuis un peu plus d'un an à la Martinique relève de la décantation historique, de l'élagage idéologique et de la mise à nu de la grande imposture qui règne dans le camp auto-proclamé "indépendantiste" depuis deux décennies. En effet, un observateur venu d'un pays lointain et qui se pencherait sur toutes ces années écoulées ne pourrait que constater un bouillonnement, un fourmillement d'organisations se réclamant de l'indépendance de la Martinique : nationalistes-fanonistes par ci, maoïstes par là, trotskystes par là-bas, souverainistes-noiristes plus loin etc... Bref, il y en a pour tous les goûts et tout ce beau monde se déclare soit d'extrême-gauche soit en tout cas farouchement opposé au système dit capitaliste-colonialiste-impérialiste.

   Soit !

   Il n'y a donc aucun parti indépendantiste de droite ou favorable au système libéral.

   Re-soit !

   Sauf que si la toute première génération des indépendantistes__dont certains des plus sincères et déterminés sont morts depuis longtemps, tels Marc PULVAR ou Guy CABORT-MASSON__peut être créditée à la fois d'une solide armature idéologique et d'un dévouement sans faille à la cause, on ne peut, hélas, en dire autant de la génération suivante, composée aujourd'hui de quadragénaires et surtout de quinquagénaires, qui, eux, sont de purs imposteurs. En effet, dans les années 60-70 du siècle dernier, il était normal, il était logique, qu'un indépendantiste soit d'extrême-gauche, qu'il admire Fidel CASTRO et Che GUEVARA, qu'il soutienne les révolutionnaires algériens, angolais, mozambicains etc., qu'il pense que le "Socialisme est l'avenir du monde". Rien, à cette époque, ne pouvait laisser prévoir l'effondrement du système socialiste et la victoire du capitalisme (classique comme en Occident ou d'Etat comme dans les ex-pays communistes, la Chine en étant l'exemple-type). Les indépendantistes martiniquais âgés de 60 ans et plus croyaient en toute bonne foi que "L'0rient serait rouge". Et par la suite, l'Occident dont les Antilles font partie géographiquement.

   Malheureusement, chacun connaît la suite : la chute du Mur de Berlin et la dissolution du camp soviétique, Den Xiao-Ping qui lance aux Chinois "Enrichissez-vous !", la Révolution qui est écrasée partout dans ce qui s'appelait alors le Tiers-Monde (Chili, Grenade etc.) et "la fin de l'Histoire" selon l'expression de Fukuyama. Le dernier tiers du XXe siècle a été un vrai chemin de croix pour les idéaux marxistes-socialistes-révolutionnaires. Pourtant, en Martinique, assez paradoxalement, divers mouvements se proclamant indépendantistes accomplissaient de véritables exploits sur le plan électoral. Ce n'était pas précisément sur ce terrain-là qu'ils étaient attendus, mais tout est bon à prendre quand on défend une cause. Ainsi tel trotskyste devient maire dans l'extrême-nord, tel nationaliste-fanoniste dans le sud, tel écolo-souverainiste dans l'extrême-sud etc...La Révolution martiniquaise serait-elle, non pas au bout du fusil, mais des urnes ? D'aucuns sont tout prêts à le croire ! Et comme la victoire attire les opportunistes et les médiocres, nos indépendantistes, toutes tendances confondues, ont vu leurs troupes considérablement grossir en cette fin du XXe siècle et carrément enfler au début du XXIè. Ce sont les fameux imposteurs (quadras et quinquas d'aujourd'hui) déjà évoqués.

   Car ceux qui vont affluer dans ces différents partis indépendantistes, surtout les partis qui connaissent le plus de succès électoral, n'ont pas bénéficié d'une formation idéologique sérieuse d'une part et de toute façon, n'ont jamais nourri aucun idéal indépendantiste un tant soit peu consistant, d'autre part. Pour eux, être indépendantiste, c'est se battre pour que leurs... arrière-petits-enfants soient un jour indépendants, pas eux ! De leur vivant, eux, ils veulent continuer à profiter au maximum du système qu'ils dénoncent comme colonial : 40% de vie chère, grosses voitures, croisières, voyages réguliers en France, postes d'élus etc... Il n'y a qu'à observer le mode de vie au quotidien de ces personnes pour se rendre immédiatement compte qu'ils usurpent le qualificatif "indépendantiste" et qu'il n'y a pas plus bons-petits-français-coloniaux qu'eux. Bien sûr, ils vont vociférer de temps à autre contre la France pour "vèglé" le bon peuple, pour donner le change, mais tout ce qui les intéresse, c'est, non pas l'obtention de l'indépendance, mais gagner la prochaine élection pour pouvoir asseoir leurs fesses de fainéants et de nuls dans une assemblée municipale, d'agglomération, territoriale ou parlementaire quelconque.

   C'est très dur à dire, très dur à reconnaître, mais les élus de Droite et les élus autonomistes, sont plus logiques avec eux-mêmes, plus en phase avec leurs discours et souvent moins médiocres intellectuellement que nombre de leurs homologues soi-disant indépendantistes. Au moins ne sont-ils pas dans le double langage : ils s'estiment "citoyens français" et font tout pour le rester tout en cherchant à améliorer la situation de ce "petit bout de France d'au-delà des mers qu'est la Martinique". Ils n'ont en tout cas pas à aller à Barbade ou à St-Kitts-Nevis pour voir comment fonctionne au quotidien l'Etat barbadien ou l'Etat kittisien. L'élu indépendantiste, oui ! Car si vous tenez un discours indépendantiste, c'est que vous croyez à ce que vous racontez et si vous y croyez, vous devez dire concrètement à la population de quelle façon vous ferez fonctionner au jour le jour le futur Etat martiniquais de vos rêves. Pour ça, pour comprendre comment un micro-état fonctionne, pas besoin d'aller bien loin ! Vous faites votre parti établir des liens avec les partis des îles indépendantes qui entourent la Martinique (St-Lucie, St-Vincent, Grenade, Barbade, Antigue etc.) et vous allez faire des stages d'observation dans ces pays. Vous envoyez surtout les jeunes de votre parti, non pas couper la canne à Cuba pendant quinze jours en août, mais travailler dans une administration ou un ministère barbadien, vincentien ou grenadien. Histoire de voir comment les choses se passent au quotidien dans un micro-état indépendant ! Or, jamais, oui, jamais nos quadras et surtout quinquas qui dirigent nos différents partis soi-disant indépendantistes n'ont fait pareille démarche. JAMAIS !

   Ce sont donc des imposteurs. De faux indépendantistes.

   L'indépendance de la Martinique n'a pas été obtenue par les Vieux de la vieille qui dirigeaient et continuent, pour certains, à codiriger les différents partis indépendantistes, mais au moins ces Vieux-là étaient-ils sincères. Au moins avaient-ils un bagage idéologique, de solides convictions, des idéaux. La génération suivante, celle des quadras et quinquas, est totalement dépourvue de tout cela. Dans la bouche de ces gens-là, l'indépendance n'est qu'un mot, un gadget, un sésame pour se faire élire et obtenir des postes plus ou moins juteux. Mais il y a pire : ce sont des dangers publics. Pourquoi ? Parce que l'Histoire est imprévisible et que tout peut basculer d'un moment à l'autre. La politologie est, en effet, comme la sismologie : la première est incapable de prévoir la date des grands événements comme la seconde celle des tremblements de terre. Un seul exemple : avait-elle prévu l'effondrement de la "nouvelle gauche" latino-américaine, celle des Chavez, Kirchner et Dilma Rousseff ? NON ! avait-elle prévu la victoire de Donald TRUMP ? NON ! Avait-elle prévu le maintien du régime de Bachar EL-ASSAD en Syrie ? NON ! On pourrait multiplier les exemples.

   Tout ça pour dire quoi ?

   Pour dire que les Martiniquais sont là, bien tranquilles, à chanter Noël, à préparer le carnaval, à réfléchir à l'achat de leur prochaine voiture ou à leur prochaine croisière, intimement persuadés d'être Français ad vitam aeternam et puis vlan ! Coup de bourrasque de l'Histoire. Marine LE PEN gagne les Présidentielles ou bien alors elle les perd, mais une vague inouïe d'attentats islamistes secoue la France et le président élu est incapable de gérer la situation, ce qui provoque un Mai 68 puissance 10. Ou n'importe quoi d'autre ! Et...et du jour au lendemain...oui, du jour au lendemain, la Martinique se retrouve obligée de se gérer elle-même et par ses propres moyens. Un "Temps Robert" puissance 10 ! Est-ce que nos quadras et quinquas soi-disant indépendantistes se sont préparés à de telles éventualités ? NON ! Ont-ils prévenu le peuple que lesdites éventualités pourraient devenir des réalités ? NON !  S'ils étaient de vrai indépendantistes, s'ils étaient des indépendantistes sérieux, ils l'auraient fait.

   Ils se seraient demandés comment faire pour payer la facture pétrolière pour assurer le fonctionnement de l'usine de Bellefontaine. Avec quels moyens entretenir le réseau routier. Avec quel argent payer chaque fin de mois les infirmières, les policiers, les enseignants et les employés d'administration. Comment venir en aide aux agriculteurs frappés par les intempéries si fréquentes dans nos climats. Toutes ces questions, les responsables barbadiens, vincentiens, grenadiens ou antiguais se les posent tous les jours et cherchent, tous les jours, des solutions et apparemment parviennent à en trouver puisqu'on n'entend pas parler d'émeutes ou de "boat-people" dans ces micro-nations. L'indépendantiste martiniquais, lui, sa principale préoccupation est : comment je vais faire pour obtenir un poste de conseiller municipal, de maire, de conseiller d'agglomération, de conseiller territorial, de député ou de sénateur ?

   Ces gens donc, en plus d'être des imposteurs et des jouisseurs, sont des dangers publics. Vivement qu'apparaisse un parti indépendantiste de Droite ! Car aucun des micro-états qui nous entoure n'est dirigé par des gens d'extrême-gauche et ils ne s'en portent pas plus mal...

Pages