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MORNE PICHEVIN Raphael CONFIANT. Traduction en français par l’auteur

Fernand Tiburce FORTUNE
MORNE PICHEVIN Raphael CONFIANT. Traduction en français par l’auteur

Selon moi, le commentaire de la traduction française de BITAKO A, nécessitait dans un premier temps la lecture du texte originel en langue créole et surtout la magistrale et savante préface de feu le professeur Jean BERNABE, linguiste et créoliste d’une honnêteté et d’une sincérité qui ne le…à sa grande humilité.

Ensuite, j’ai relu la version française. Enfin, l’idée m’est soudain venue, comme poussé par des souvenirs et un plaisir vieux de 30 ans de relire dans son édition créole, Marisosé. Bien m’en prit.

 

Tout d’abord, à relire ces récits profondément ancrés dans notre douloureux et difficile parcours, on ressent d’abord, et la langue renforce ce sentiment, qu’il y a un désamour profond entre RC et nous. Comme un fossé infranchissable d’ouvrage en ouvrage. Comme une rencontre impossible avec lui, tant il nous massacre, à la fois dans le style, le déroulé des histoires et le délire ou les espoirs malpapaye de ses personnages. Ou encore dans ces situations inextricables qui les mènent dans des impasses qui nous brisent le cœur, ou encore qui nous mènent dans des labyrinthes tortueux de l’âme où leurs cris et leurs souffrances ne trouveront pas d’issue.

Il me semble que dans sa version créole, RC nous enchaîne mieux au brouhaha de la vie, aux descentes aux enfers, aux rares éclaircies dans un ciel nuageux, à la débrouillardise, à la trahison, à la philosophie de l’abandon, vers les chemins vers l’amoralité et le m’en sen fouté pa mal, vers l’égoïsme foncier assumé pour la survie, vers la solitude devant  un mur sur lequel on bute en permanence, car la vie n’est pas la vie, car les rêves se transforment souvent en cauchemars. Pourquoi, parce que c’est nous, le peuple, qui parlons. RC a le mot juste, l’intonation juste, l’expression populaire de la campagne ou de la ville qui convient.

Et je me suis alors attaché au contexte de la création de ses premiers ouvrages.

Un combat pour que vive notre langue historique.

RC est en pleine création et l’on sent parfois la jubilation dans l’écriture quand il réussit des tours de forces dans des descriptions et des situations qui font vrai. Oui, c’est bien une langue qui permet des échanges et qui se décline en plusieurs niveaux. Quand les personnages de RC se rencontrent  En-Ville, venant de tous les coins de la Martinique, ils possèdent, leur langue et leur langage, ces biens précieux communs, à des nuances près, qui les rend propriétaires d’une histoire, qui leur permet de forger un vivre-ensemble, de se reconnaître comme d’une terre et d’un patrimoine.

Bie sûr, et RC ne remise pas ce fait dans un coin de page, ils ont en permanence en tête, en permanence, la langue du maître, la belle langue française du Maître. Oui, selon les Mulâtres et les maîtres d’école, pour les besoins de l’administration aussi, il faut la posséder, même en tombant dans ses ornières. Mais cela empêche-t-il à nos héros afaréliens d’exister. NON. Ils sont bien là, actifs, présents sur la scène du Pays, dont ils ne savent pas - même confusément- qu’ils le construisent jour après jour, pas après pas. Pas le temps d’y penser, la vie se cueille au jour le jour, la joie se ramasse au petit bonheur la chance, la peine se pleure,  le soir sous les toits en tôle percée, que la pluie traverse.

L’amour, on n’y croit guère. Les corps s’effleurent se touchent, se confondent, se vendent, tout cela dans  un désordre de l’esprit qui nous confond. Qui parfois nous fait mal. Et pourtant quand on écoute les anciens, parler de Aubéro ou des Quarante quatre marches ou de la Cour Friapin, il y a beaucoup de vrai dans les récits de RC. Nous devons accepter cette part « brut » de nous-même, comme les Français ont accepté la part de déchéance humaine, de calculs sordides et de brutalité bestiale, qui parcourent les œuvres de Victor Hugo, de Zola et de Balzac.

 

Et pourtant, RC laisse une belle place, selon moi, par le truchement –principalement-  d’Omèr et de Adélise, à la tendresse.

Oui, de Marisosé à Bitacoa, RC éprouve, et nous fait éprouver de la tendresse – voire du respect- pour ses personnages.

Nous tâcherons de voir si la langue française exprimerait mieux, sous la plume de RC la beauté de leur âme.

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