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ONU, Guyane. Il y a 10 ans, la Dėclaration des droits des Peuples autochtones

ONU, Guyane. Il y a 10 ans, la Dėclaration des droits des Peuples autochtones

« Parfois, j’ai envie de dire qu’être Autochtone, c’est errer dans les couloirs de l’Organisation des Nations Unies depuis des dizaines d’années à la recherche de droits dont on ne voit jamais la couleur » ironise Alexis Tiouka [Juriste spėcialisé en droit panamėricain des Peuples autochtones] dans "Petit guerrier pour la paix" paru chez Ibis rouge ce mois-ci. (Hélène Ferrarini sur guyaweb.com)

Long comme des négociations à l’ONU


Il y a dix ans, le 13 septembre 2007, les États membres des Nations Unies réunis en assemblée générale adoptaient la Déclaration des droits des peuples autochtones, après des négociations parmi les plus longues de l’histoire des Nations Unies.

« Victoria Tauli Corpuz, la présidente de l’Instance permanente, rappelait, au moment de l’adoption par le Conseil des droits de l’homme, qu’elle était une jeune femme quand elle a commencé à s’impliquer dans le processus de la Déclaration alors qu’elle est maintenant une grand-mère » écrit Marie Léger dans l’article L’histoire de la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones paru dans la revue Recherches amérindiennes au Québec.

« Parfois, j’ai envie de dire qu’être Autochtone, c’est errer dans les couloirs de l’Organisation des Nations Unies depuis des dizaines d’années à la recherche de droits dont on ne voit jamais la couleur » ironise Alexis Tiouka juriste dans Petit guerrier pour la paix [paru, (Ndlr)] chez Ibis rouge en octobre.

Et pourtant ces décennies de négociations ont permis de consolider le mouvement autochtone et de faire pénétrer les idées de peuples autochtones et de droits collectifs au niveau international. Ces deux points furent difficiles à comprendre et à accepter pour les États-nations.

Pénétrer les Nations Unies

L’instauration d’un groupe de travail sur les populations autochtones aux Nations Unies remonte à 1982. Auparavant, dans les années 1970, le sujet est évoqué dans le cadre de conférences internationales, comme le raconte Augusto Willemsen-Diaz dans un chapitre du livre collectif La Déclaration des droits des peuples autochtones dirigé par Claire Charters et Rodolfo Stavenhagen. Ce Guatémaltèque qui travailla aux Nations Unies à partir des années 1950 y évoque le scepticisme initial d’Autochtones avec lesquels il évoque la possibilité d’être présents dans les discussions onusiennes. La question de l’accréditation se pose. Comment participer aux sessions des organismes de l’ONU ? Les voix autochtones pénétrèrent finalement les Nations Unies via les ONG.

Le groupe de travail fondé en 1982 s’étoffa progressivement avec des représentants des peuples autochtones du monde entier et aboutit à une première version de déclaration en 1994. Durant les années 1980, les enjeux d’une déclaration des droits des peuples autochtones ne retiennent pas l’attention de la communauté internationale. C’est au cours de la décennie 1990 que le sujet prend de l’ampleur.

Le tournant des années 1990

1993 est déclarée Année internationale des populations autochtones par les Nations Unies et la décennie 1994-2004 est également placée sous le signe des populations autochtones. C’est au même moment qu’est mise en place la journée internationale des peuples autochtones, qui a lieu le 9 août. En Guyane, elle se concrétise par les journées des peuples autochtones organisées par la CTG, qui sont par ailleurs de plus en plus contestées par des organisations autochtones (Les Journées des peuples autochtones boycottées par l’ONAG : Guyaweb du 6 juillet 2017 et Les peuples autochtones défilent sans la Jeunesse autochtone : Guyaweb du 10 août 2017)

En 1994, le groupe de travail prend le nom de groupe de travail sur le projet de déclaration. L’idée qu’un texte international sur les droits des peuples autochtones puisse être adopté à l’ONU a fait son chemin. A partir de 1997, les Amérindiens de Guyane y sont représentés via la Fédération des Organisations Autochtones de Guyane (FOAG).

De populations à peuples

L’un des principaux enjeux des négociations onusiennes pour les Autochtones est d’obtenir la désignation de peuples et non de population. Le terme de peuple inquiète certains États-nations qui y voient une remise en question de l’unité nationale.

Lors de la conférence de Vienne sur les droits humains en 1997, des représentants des peuples autochtones manifestent avec des pancartes portant la lettre S faisant référence au fait qu’ils souhaitaient être désignés comme « peoples » en anglais et non « people ». Ce dernier terme renvoyant à des groupes d’individus plutôt qu’à des peuples, explique Marie Léger. En français, la guerre des mots se joue entre population et peuple.

« Jusqu’à la dernière minute des guillemets accompagnaient l’expression « peuples autochtones », et une astérisque renvoyait en note à l’information suivante, dans la version anglaise qui servait de base aux discussions : « L’expression peuples autochtones dans ce document ne peut être entendue comme ayant une implication quant aux droits attachés à ce terme [peuple] en droit international ». On peut dire que l’enjeu des vingt-cinq ans de négociations fut de lever les guillemets, les réserves et les marques d’un traitement inégal entre des peuples de « première catégorie », soit les peuples des Etats-nations, et ceux qui apparaissaient, du fait de ces réserves, comme de seconde catégorie : les peuples autochtones » lit-on dans Les droits des peuples autochtones. Des Nations unies aux sociétés locales d’Irène Bellier, Leslie Cloud, Laurent Lacroix, publié en mai 2017 chez L’Harmattan.

Les droits collectifs

Autre enjeu de taille : faire reconnaître les droits collectifs. Pour de nombreux Etats, ce concept pourrait entrer en contradiction avec les droits individuels de l’homme. Les peuples autochtones eurent à expliquer que les droits collectifs étaient en fait une condition de l’exercice des droits individuels.

Les négociations permirent de remplir ces deux objectifs : la désignation en tant que peuples et la reconnaissance de droits collectifs. Après d’âpres discussions, la Déclaration des droits des peuples autochtones est adoptée il y a dix ans par les Nations Unies avec 143 voix pour, 4 voix contre (Australie, Canada, États-Unis et Nouvelle-Zélande) et 11 abstentions (Colombie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Géorgie, Burundi, Fédération de Russie, Samoa, Nigéria, Ukraine, Bhoutan et Kenya).

Si l’application des principes contenues dans la Déclaration reste partielle à travers le monde, ce texte a au moins une portée symbolique en faisant une place aux peuples autochtones et aux droits collectifs sur la scène internationale
 

+ Petit guerrier pour la paix ; "J'avais ce livre dans les cartons" (Alexis Tiouka) ; article du journaliste Gérôme Guitteau sur franceguyane.fr le mercredi 6 septembre 2017 : le lien ici http://www.franceguyane.fr/actualite/culture-et-patrimoine/j-avais-ce-li...

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