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Patrimoine bâti. Témoignage du savoir faire des esclaves , nègres à talents

Jean Laurent ALCIDE
Patrimoine bâti. Témoignage du savoir faire des esclaves , nègres à talents

« L es esclaves détestent les sciences
et détruisent les monuments des arts;
les hommes libres les aiment et les conservent.
 » 
L'abbé Grégoire
(discours de la Convention 1794 )

Comme chaque année les journées du patrimoine en septembre donnent   l'occasion d'un coup de projecteur sur le bâti patrimoniale de l’île.

La sensibilisation des jeunes générations à la connaissance et la préservation du  patrimoine est un objectif prioritaire « Dixit madame la ministre de la Culture »                        

La Martinique est riche d'un patrimoine bâti qui témoigne de sa culture singulière  mais la disparition progressive constitue une perte définitive pour l'ensemble de la société et les générations à venir. 

Mais comment faire ? 

Et qui peut dire aux élus de ce pays que le développement  économique, culturel ou urbain passe par la conservation  de cette richesse.  Comment leur faire admettre que la préservation des sites patrimoniaux ' ne peut être vécu  comme une contrainte à leurs projets de modernisation du territoire. 

La sensibilisation des jeunes générations dont fait état la ministre est plus qu'un devoir, elle est le premier pas vers une éducation de l'Histoire Caribéenne.

Cette reconnaissance de notre patrimoine bâti  doit être un sursaut  citoyen pour une prise en considération de cette valeur unique et irremplaçable

Mais comment faire si les adultes de ce pays ne ressentent rien pour cet héritage laissé par nos ancêtres les esclaves ? Comment  éduquer la jeunesse  sur l'Histoire du Savoir aux Antilles  si on est  insensible voire  indifférent à tout ce qui nous appartient véritablement ?

Que ce soit le canal Beauregard, 1760/1770  nommé  « Canal des esclaves, » car mis en place et construit par des esclaves, pour l'alimentation des moulins. Il a servi aussi pour   l'irrigation et à l'alimentation en eau des villes du littoral comme Saint-Pierre ou le Carbet. Malgré le grand intérêt de nos visiteurs pour  ce site, la population semble insensible à l'ingéniosité des travaux effectués  et l'ouvrage et ses petits murets en pierre, véritable travail artisanal qui a résiste jusqu'à ce jour au temps qui passe Combien d'experts antillais se sont penchés sur l'adresse  de ceux d'hier et leur savoir-faire ?  Sait-on combien de ces hommes enchaînés ont fini par  périr  sous les piqûres de serpents ou sous le poids du travail

Ainsi, la commune de Case Pilote  et son patrimoine bâti.

Situé à l'entrée du littoral du Nord Caraïbe, ce village de pêcheurs  a connu une population importante d'esclaves, en raison  du nombre d'habitations qu'elle comptait. Son église et le presbytère qui l'accompagne font partie  dit-on,  du patrimoine bâti le plus remarquable et des plus anciens de l'île, Ces bâtiments sont  la sueur et le travail des nègres esclaves.  Pourtant, aux yeux des pilotins, cet héritage n'a, semble-t-il,  aucune valeur et la préservation du bâti est loin d'émouvoir

Ainsi donc le presbytère de la commune érigé en 1835, sa construction est à l'origine  un travail exceptionnel de nègres à talents et leur connaissance dans la pierre, le bois  et l'art de la charpente. Recouvert d'un toit de tuile en écaille, le presbytère  a été plusieurs fois rénové, sa dernière réfection date de 1890,  depuis 1991 l'édifice est inscrit au titre des monuments historiques

En 2014, pour sa rénovation, le presbytère a connu  des travaux d'importance qui ont été réalisés et  financés par la DAC, le FEDER, l'ex Région, la commune. Le montant total  étant 445.000€ Le bâtiment apparaît dans un grand livre intitulé "101 monuments historiques" édité par la DAC 

La valorisation de ce type d'habitat, est d'une grande importance pour les nouvelles générations. Situé au cœur d’un jardin colonial, il permet de  découvrir  la vie et le savoir-faire des nègres esclaves sur  la commune de Case Pilote.  Par ailleurs, le presbytère rénové permet des réunions artistiques (exposition, rencontres chant choral etc...)   

Rien de tout cela ne paraît  possible car cette année, le curé de la paroisse, et les membres de l'association diocésaine, considérant que le patrimoine bâtit n'avait aucun intérêt, on a fait construire au milieu du bâtiment récemment rénové, deux pièces pour des besoins personnels.  Un vrai scandale ! 

Pourtant aujourd'hui la notion de patrimoine porte en elle une notion de transmission. Tel est le sens étymologique. La question du témoignage d'une activité passée représentative de l'activité humaine ou de la richesse de notre environnement doit être l’affirmation principale de ce que nous portons, notre identité.

Commentaires

jean-michel caraibes | 16/09/2017 - 12:56 :
Scandaleux:est-il possible d’intenter une action en justice contre ce crime:si le bâtiment est classé ou inscrit à l'inventaire des bâtiments historiques ,il est normalement interdit d'y faire des modifications inconsidérées. D'autre ,part on trouve à Case-PIlote au milieu du bourg ,pas loin de ce presbytère une superbe demeure coloniale datant du XVIIIème siècle qui n'est malheureusement pas entretenue et qui s’abîme. Il ne faudrait pas qu'elle disparaisse et mérite d’être classé monument historique.