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Place des Noirs (es) dans le cinéma : il faut regarder la réalité en face

Place des Noirs (es) dans le cinéma : il faut regarder la réalité en face

   L'Egypte produit ses propres films qui, depuis, plus d'un demi-siècle inondent le monde arabe et arabo-musulman. L'Inde et son Bollywood sont en train de conquérir la planète. La Chine, le Japon et le Brésil sont, eux aussi, de gros producteurs de films, tant pour le cinéma que pour la télévision.

   Ces pays se sont donnés les moyens de résister à l'impérialisme de Hollywood.

   Or, que fait le soi-disant "monde noir" ? Où en est sa production cinématographique ? que fait-il pour la promotion d'acteurs et d'actrices sélectionnés par lui et non par le "monde blanc" ? Réponse : le cinéma noir américain d'une part et Nollywood, le cinéma nigérian, de l'autre.

   Examinons le premier : depuis des décennies, il produit de très bons films, tant commerciaux ("blockbusters" comme le tout récent "BLACK PANTHER") que des oeuvres d'auteur tels ceux du fameux réalisateur Spike LEE. Ce cinéma Black US est désormais reconnu dans le monde entier. Problème : il est très américano-centré, très "black-anglo-saxon-protestant"-centré et n'accueille guère d'acteurs noirs non-étasuniens. Même quand ces derniers sont anglophones (originaire des Caraïbes ou d'Afrique anglophone), certaines barrières sont dressées afin de favoriser les Noirs américains (qui, du coup, oublient qu'ils s'auto-désignent comme "Africains-Américains" !). Or, la langue n'est jamais un problème au cinéma et des tas d'acteurs français, italiens, espagnols, russes et autres ont tourné à Hollywood sans bien maîtriser l'anglais ni même parfois le parler. Des acteurs noirs francophones pourraient donc fort bien réussir aux Etats-Unis, mais à part Omar SY, on n'en voit pas.

   Il y existe donc un certain chauvinisme noir-américain qu'il ne faut pas nier.

   Venons-en au deuxième exemple : le fameux "Nollywood", petit frère de Hollywood et cousin de Bollywood. Cinéma produit par le pays le plus peuplé d'Afrique, le Nigéria qui compte 200 millions d'habitants. Là, il ne faut pas se voiler la face : il s'agit d'une usine à fabriquer des navets. Hormis une poignée de films de qualité, la quasi-totalité de la production est bâclée du point de vue technique, médiocre du point de vue des sujets (dans lequel le sexe est omniprésent) et douteuse du point de vue des comédiens choisis. Sans même parler de l'idéologie qu'il promotionne : culte de la grosse villa avec piscine, de l'énorme voiture, de l'argent vite gagné, de la femme avec de faux cheveux ou à la peau décolorée etc...On comprend pourquoi si le cinéma arabe, chinois, indien, latino-américain et africain (celui qui est non-inféodé à Nollywood) parviennent à séduire le monde entier, les productions de l'usine à navets du Nigéria, pourtant dotées de budgets non négligeables, sont inconnues au bataillon sur le plan international.

   Donc, oui, il faut protester contre l'absence de Noirs (es) dans le cinéma français ou contre les rôles stéréotypés, voire racistes, qu'on leur propose, mais il faudrait aussi, dans le même temps, questionner le cinéma noir américain pour son chauvinisme et le cinéma de Nollywood pour sa nullité. Car c'est dans ce cinéma-là que les acteurs noirs ('s) de toutes nationalités et de toutes langues pourront donner la pleine mesure de leur talent et non dans le cinéma du "monde blanc".

   Cela, les acteurs indiens, arabes, chinois, latino-américains l'ont compris depuis très longtemps...

Commentaires

Louis Augé | 08/05/2018 - 07:33 :
Bravo!!