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POSITION DU MOUVEMENT DES FEMMES HAÏTIENNES SUR LE CHOIX DE MADAME MICHELE DUVIVIER PIERRE-LOUIS COMME PREMIERE MINISTRE

Depuis plus de 2 mois, le Sénat a limogé le Premier Ministre Jacques-Edouard Alexis en évoquant la crise alimentaire et la cherté de la vie. Le Mouvement des Femmes a pris acte du fait que, conformément aux prescrits de la Constitution, le Président de la République, M. René Garcia Préval, a désigné à 2 reprises des personnes pour occuper la fonction de Premier Ministre. Les parlementaires de la chambre basse, en particulier ceux et celles du bloc CPP (Concertation des Parlementaires Progressistes) n’ont pas ratifié ces choix. En attendant, les populations continuent à subir les contre coup de la crise alimentaire et de la cherté de la vie.

Depuis plus d’une semaine, le Président Préval a désigné un nouveau Premier Ministre, une femme, Madame Michèle Duvivier Pierre-Louis. Les parlementaires, tout comme le bloc CPP, sont restés dans l’immobilisme et n’ont pas fait diligence pour inviter la Première Ministre désignée à venir déposer ses pièces au Parlement.

La CONAP (Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes) constate que certains parlementaires, sans même avoir procédé à l’analyse du dossier de la Première Ministre désignée, s’adonnent à toutes sortes d’interventions. Parmi ces interventions, La CONAP en retient 2 qui reviennent sans cesse: la question politique et la question de la moralité.

Quelle est la nature de ce problème politique? Les parlementaires qui, hier déclaraient que la Constitution était leur seul guide et invoquaient son article 157 pour ne pas ratifier les 2 Premiers Ministres pressentis, seraient-ils prêts à rejeter Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis pour résoudre leur problème politique? Quelle est donc cette question politique? S’agit-il de marchandages pour obtenir des postes ministériels ou d’autres postes dans l’appareil d’État? S’agit-il d’obtenir plus de latitude pour se faire de l’argent, pour garantir son pouvoir politique par la suite?

Pour ce qui est de la question de la moralité, de quelle moralité s’agit-il? S’agit-il des prélèvements opérés sur les taxes payées par les populations? S’agit-il de pratiquer la politique de chaise vide au Parlement? S’agit-il de multiplier les voyages à l’étranger pour obtenir des per diem? S’agit-il de la dilapidation des deniers publics dans la location de véhicules, pour des prétendus achats de pneus? S’agit-il de l’utilisation d’arme à feu dans l’enceinte du Parlement? S’agit-il du silence fait sur les dossiers de la corruption et de la drogue? Les déclarations du sénateur Lambert et d’autres de ses collègues sur la moralité ne sont-elles une manière de masquer les vrais problèmes?

Le pays est bloqué depuis 2 mois. Les populations ne peuvent obtenir de services, la cherté de la vie les terrasse et l’essence est hors de prix. Alors que les populations n’ont pas un gouvernement par devant qui présenter leurs revendications, chaque parlementaire défend ses intérêts personnels et n’accorde pas son attention à l’intérêt collectif.

Tout en reconnaissant le pouvoir de contrôle dont est investi le Parlement, la CONAP considère que ce pouvoir ne peut pas être utilisé pour bloquer le pays.

La CONAP constate que chaque fois qu’une femme est en situation d’occuper un poste politique important, il y a toujours des groupes qui se rebiffent et orchestrent des campagnes de diffamation. Ainsi, la machine machiste se met en marche. Les valeurs éthiques sont ignorées au profit des attaques sur le corps des femmes, sur leurs choix. Aucune considération n’est accordée à l’histoire politique de ces femmes et aux contributions énormes qu’elles ont apporté à la construction nationale.

Dans le cas de la Première Ministre désignée, Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis, la CONAP recommande aux parlementaires de considérer ses réalisations, ce qu’elle peut apporter au pays et aussi d’accorder l’attention à ses déclarations, notamment celle-là : « Mon horizon, c’est mon pays ». Cette déclaration atteste que c’est une femme qui veut prendre des engagements et assumer des responsabilités pour servir son pays.

La CONAP demeure convaincue que Mme Michèle Duvivier Pierre-Louis à toutes les compétences et les qualifications requises pour le profil d’un Premier Ministre. En référence aux principes qui guident son combat pour la participation politique des femmes, pour leur présence dans les espaces de décision, la CONAP demande aux parlementaires d’assumer leurs responsabilités en traitant le dossier de Madame Duvivier Pierre-Louis sans discrimination, sans préjugés, dans le respect des normes et selon les exigences de la Constitution en matière d’éligibilité.

La CONAP invite les populations à rester vigilantes. La vigilance s’impose pour pouvoir distinguer les questions politiques concernant l’intérêt collectif des manœuvres visant à satisfaire les intérêts personnels d’un petit groupe. La CONAP appelle les organisations du Mouvement Social à rester mobilisées autour de leurs revendications, afin de pouvoir être des citoyens et citoyennes actifs dans la reconstruction de notre pays.

Pour le Comité de Coordination de la CONAP : Olga Benoit, Jesi Chancy-Manigat, Magalie Marcelin, Guyrleine Justin, Marie Ange Noël

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