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Pour de bon la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

Nady NELZY-ODRY
Pour de bon la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

Depuis une semaine, je suis enfin en vacances. Comprenez, nous, Hub et moi, avons quitté Lajus, le Carbet et la mer, pris l’avion pour une première halte en Alsace.

 La suite s’envisage comme  un vrai périple sur la Méditerranée, car depuis Marseille où nous devons rejoindre une partie de notre tribu, nous traverserons la mer, pour Naples et Florence en Italie.

Pour le moment, je tente de m’aimer un peu…oublier les autres …. Oublier que nous avons choisi  de vivre en pays natal , dans nos îles , un luxe à nul autre pareil.  Mais c’est sans compter le temps qui passe à toute vitesse et l’évolution de cette société qui veut uniformiser le Monde et globaliser l’économie dans une configuration déshumanisante. Nous des îles, nous ne sommes pas formater pour ce genre d’évolution qui ressemble plus à une nouvelle transgression.

Ce qui constitue l’originalité et la réalité  de nos régions, c’est encore et toujours ce phénotype qui  imprègne les interrelations d’une altérité  issue du colonialisme. Je crois bien que  cet « autrefois » a encore besoin de temps pour soigner les blessures mémorielles. Ce n’est pas parce que la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité,  que la messe est dite. Pour nous, c’est un peu plus qu’une subtilité juridique qui pour moi plait aux politiques, mais on ne peut  ignorer le poids de notre héritage, la victimisation n’est pas une solution, mais le reniement non plus . 

Yo pa touché fwa nou, mé yo félé tjè nou
Lè moniman yo ka ritapé yo
Lè estati yo ka déplasé yo
An tjè félé pa fasil pou djéri
Sa ki sav sav, sa ki pa sav pa sav
Lè yo ba'w kou ou pé pwan ben la bou
Lè ou ni mal kou ou pé fwotéy sendou
An tjè félé pa fasil pou djéri

Ce miroir que nous a offert notre poète-chanteur Eugène Mona, il y a plus d’une décennie, nous pouvons, aujourd’hui plus qu’hier, aisément en faire la lecture. Au-delà des ans, et parmi toutes les histoires des corps, le cœur de nos sociétés se désagrège et quoi qu’il en soit, les plus touchés seront toujours nos jeunes pour qui l’exil ou la voie facile de la délinquance donnent un peu le même résultat. La preuve que la loi du 21 mai 2001 n’est pas autre chose qu’une habileté, regardons dans quel état se trouve nos Universités, un acteur majeur de production et d’enseignement scientifiques. Certains de ses professeurs se conduisent encore en commandeurs de plantation. Force est de constater que, après avoir  subi l’omerta et  dépouillée par certains de ses animateurs pendant des années, le Campus de Schœlcher et l’Education ont été méprisée, les règles même de la bienséance ont été bafouées. Comment concevoir qu’un doyen de la faculté des lettre, des arts et des sciences humaines,  fasse l’objet de menaces de violences physiques, par ses propres collègues lors de réunion d’enseignants, sans que jamais la présidence de l’Université, ni celle de la Collectivité, n’aient bougé le plus petit doigt ?

Pour  de bon, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

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