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POUR SAUVER L’IRAV

Par Patrick Chamoiseau

{{ {L’IRAV (Institut Régional d’Arts Visuels) de la Martinique est en crise grave depuis deux ans. Cet institut qui forme de jeunes Martiniquais et Guadeloupéens n’a toujours pas de directeur et ne s’est toujours pas mis en conformité avec la réforme du LMD (Licence-Master-Doctorat) pourtant obligatoire pour tous les organismes d’enseignement supérieur. En outre, le personnel est en conflit avec le président du conseil d’administration, Michel Michalon, conseiller régional du MIM (Mouvement Indépendantiste martiniquais). Pour protester contre cette situation, le plasticien bien connu, Ernest Breleur, professeur à l’IRAV, avait décidé hier (mercredi 27 septembre) de se mettre en grève de la faim, grève à laquelle il aurait renoncé suite à un entretien avec le président de la Région Alfred Marie-Jeanne.

L’écrivain Patrick Chamoiseau vient d’écrire une lettre ouverte sur les problèmes de l’IRAV que nous publions ci-après…} }}

La présence d’une école de l’Art dans un pays qui cherche à se construire est essentielle. Les lieux de l’Art sont ceux de la liberté, de la créativité libre, de l’audace conceptuelle, de l’insurrection des imaginaires. Ce sont donc des lieux de résistances — de celles qui dépassent les impossibles d’un réel et qui fournissent à notre futur sa plus sûre origine. Ce sont les lieux de la beauté, donc du renouvellement constant par lequel les hommes et les cultures fondent leur vision du monde et les projections qu‘ils peuvent y déployer. Ces lieux sont essentiels à la prise en main de ce que nous voulons ou que nous saurons être. Dans une politique culturelle, les lieux de l’Art, et singulièrement celui de l’école, sont de l’ordre du vital.

C’est pourquoi on ne saurait l’abandonner à l‘appétit d’un potentat dérisoire, dont la seule perspective est de s’assurer un pré-carré, voire un petit joujou, et d’invalider non seulement tout projet pédagogique mais la présence de celui ou de celle qui saurait le mettre en œuvre, à savoir d’un directeur, responsable devant le Conseil d’Administration, mais disposant d’une pleine autonomie de gestion et de mise en oeuvre.

L’Institut Régional d’Arts visuels (I.R.A.V.) est en train de mourir dans une désorganisation insidieuse et une asphyxie insupportable. Les voix internes se taisent car la précarité des situations sous l’autoritarisme ambiant anesthésie bien des indignations.

Nous rendons hommage au plus considérable de nos plasticiens. En mettant sa santé, sa vie même en péril, il nous a fait la démonstration qu’une conscience d’artiste, qu’un rapport à la beauté, est toujours un rapport à l’exigence sans faille. Que c’est surtout une affaire de courage. M. Ernest Breleur n’a poursuivi aucun intérêt personnel. Son retrait de la vie enseignante est déjà programmé. Il a seulement eu le souci de ne pas laisser mourir un outil qu’il considère — et nous le considérons avec lui — indispensable à la vitalité de nos imaginaires, donc à notre futur.

C’est pourquoi nous demandons de manière solennelle au Président du Conseil Régional :

De remplacer l‘actuel président du Conseil d’Administration de l’ I.R.A.V. par un homme politique sérieux et responsable ;

D’inscrire, dans la gouvernance constitutionnelle de cette école, le partage non négociable entre le politique et le pédagogique ;

D’ouvrir ce Conseil d’Administration à des personnalités impliquées dans la vie artistique et culturelle des Amériques, du monde, et de veiller à son véritable fonctionnement ;

De nommer sans attendre, — sur la seule base non d’un simple profil mais d’un projet pédagogique accordé à notre souci de plénitude et de responsabilité collective — un directeur pédagogique disposant d’une pleine autonomie de conception, d’adaptation et de mise œuvre ;

Enfin, d‘assurer financièrement à l’ I.R.A.V. les moyens d’un audit financier et d’une refondation.

Pour le collectif « Konvoi ba l’I.R.A.V. »

{{Patrick CHAMOISEAU}}

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